Danny Roulx, directeur des relations de travail sur l’exécutif de l’APTS-Estrie.

Un «exode» des employés se dessine au centre jeunesse

Assistera-t-on à un exode des employés de l’ancien centre jeunesse de l’Estrie vers d’autres secteurs d’activités du CIUSSS de l’Estrie-CHUS? Tout porte à croire que oui, indique-t-on à l’APTS-Estrie, le syndicat qui représente une grande partie des employés du centre jeunesse. De son côté, la direction du CIUSSS estime qu’il est beaucoup trop tôt pour tirer un tel constat puisque le processus d’attribution des postes est complexe.

Pour la première fois, les employés du centre jeunesse ont accès au répertoire de tous les postes disponibles au sein du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Cela signifie qu’ils ont la possibilité d’obtenir des postes ailleurs dans l’établissement sans perdre leur ancienneté. Par exemple, un employé de l’ancien centre jeunesse comptant 20 années d’expérience pourrait obtenir un poste au CLSC sans voir son ancienneté retomber à zéro comme c’était le cas auparavant.

« On ne souhaitait pas voir un exode, mais ça ressemble à ça ce qui se dessine », indique Danny Roulx, directeur des relations de travail sur l’exécutif de l’APTS-Estrie.

« Nous, on ne regarde pas ce qui se fait actuellement, qu’elles sont les priorités que les gens indiquent, parce que ça prend toute une mécanique pour savoir qui obtiendra finalement quel poste. C’est un processus qui prend au moins six semaines », indique Gaëlle Simon, directrice adjointe à la direction des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le répertoire de postes fermera le 20 février. Les nominations seront annoncées en avril et les transferts seront effectifs à une date ultérieure.

Nouveaux irritants

Les employés du centre jeunesse travaillent dans des conditions difficiles, souligne Danny Roulx. Dans ces conditions, l’APTS a fait de nombreuses représentations auprès de la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS afin que l’employeur « rende ses postes plus attractifs » au centre jeunesse. En vain, estime M. Roulx. La mise en place de « centres d’activités » beaucoup trop gros en est le meilleur exemple, ajoute-t-il.

« Si un éducateur est intéressé de travailler auprès des jeunes contrevenants, avant, il pouvait appliquer sur un poste dans cette unité spécifique de Val-du-Lac. Si l’éducateur s’intéresse à une clientèle de « petits 6-12 ans » hébergés à Val-du-Lac, là aussi il pouvait appliquer directement sur ce poste. Or maintenant, l’employeur a créé un gros centre d’activités, comme « ados garçons », qui comprend quatre unités avec trois vocations différentes. Donc, c’est impossible pour un éducateur de savoir, quand il applique sur un poste, s’il pourra travailler avec la clientèle qui l’intéresse ou, au contraire, avec une clientèle avec laquelle on n’est pas du tout à l’aise », mentionne M. Roulx.

« Il y a des gens qui auraient envie d’aller travailler avec certains collègues ou dans certaines unités avec tel ou tel horaire, mais c’est impossible avec la mise en place des gros centres d’activités », ajoute Danny Roulx.

L’employé peut refuser quand on lui offre un poste. « Mais cela crée beaucoup de stress chez les gens. Changer de poste, changer d’équipe, changer d’horaire, ce ne sont pas des décisions qui se prennent facilement », précise-t-il.

La direction du CIUSSS mentionne de son côté qu’elle travaille « sur plusieurs fronts » pour convaincre ses employés de rester en poste au centre jeunesse.

« En septembre, nous avons titularisé 114 postes, uniquement dans ce secteur-là, pour consolider la base au centre jeunesse, pour donner des conditions gagnantes aux plus jeunes. Nous sommes en train d’introduire un nouveau titre d’emploi, les aides sociales, nous avons aussi ajouté des agentes administratives pour enlever des tâches cléricales aux employés... » énumère Mme Simon.

« Concrètement, on n’est pas immobiles, on travaille en continu pour améliorer les conditions de travail », ajoute-t-elle.

Et finalement, la direction prend un pari : « Notre pari, c’est que les employés qui travaillent en protection de la jeunesse sont des gens passionnés et qu’ils vont vouloir de continuer de travailler pour le bien-être des enfants », ajoute la directrice adjointe des ressources humaines.