Les nombreux plaisanciers sur les lacs de la province, en cet été de pandémie, doivent être sensibilisés à la menace que représente le myriophylle à épis pour les plans d’eau.
Les nombreux plaisanciers sur les lacs de la province, en cet été de pandémie, doivent être sensibilisés à la menace que représente le myriophylle à épis pour les plans d’eau.

Un été inquiétant pour la lutte au myriophylle

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
 L’été achalandé qu’on connaît sur les lacs du Québec est à haut risque d’amplifier le problème des plantes envahissantes dans les plans d’eau, dont le fameux myriophylle à épis que plusieurs associations de riverains et municipalités craignent par-dessus tout.

« L’inquiétude est réelle. Tous les gens qui restent au Québec cette année se promènent sur les lacs. C’est un trafic additionnel et donc un risque additionnel auquel on fait face avec des gens qui n’ont pas l’habitude et qui ne connaissent pas aussi bien que nous le myriophylle. Au-delà des riverains qu’il faut encore sensibiliser, on a une population additionnelle qui ne sait pas de quoi on parle ou si peu », déplore Constance Ramacieri.

Membre de la Société de conservation du lac Lovering, dans la région de Magog, Mme Ramacieri est porte-parole de l’Alliance pour un Programme national de gestion du myriophylle à épis, une coalition qui a pris naissance en Estrie et qui a l’appui de plus de 200 municipalités, MRC, et organisations écologiques, scientifiques, économiques, récréatives et touristiques. 

Mise sur pied en 2018, l’Alliance milite pour que le gouvernement adopte une stratégie provinciale pour freiner la propagation du myriophylle, également appelée plante zombie. 

À l’heure actuelle, selon les données de l’Alliance, au moins 28 plans d’eau en Estrie et 188 au Québec sont atteints. 

Or quand il est implanté dans un lac, le myriophylle a une croissance effrénée puisqu’un seul petit fragment peut prendre racine et former un nouveau plant, tandis qu’il se propage facilement d’un lac à l’autre en restant accroché sur les petites comme les grosses embarcations.

« C’est clair que lorsqu’il se présente des massifs de myriophylle sur un plan d’eau, ça fait mal. Ça fait mal à sa réputation, aux activités nautiques, à la valeur des propriétés autour et, conséquemment, à la valeur de l’assiette foncière municipale », professe depuis longtemps Jean-Claude Thibault, aussi porte-parole de l’Alliance et président fondateur du RAPPEL, une coopérative de solidarité en protection de l’eau basée à Sherbrooke. 

L’Alliance relève d’ailleurs que le Tribunal administratif du Québec a déjà rendu deux jugements de dévaluation foncière à cause du myriophylle à épis, dont une en baisse de 20 % sur un lac dans les Laurentides.

Jean-Claude Thibault est professeur et porte-parole de l’Alliance et président fondateur du RAPPEL.

D’ici l’automne

Si Québec n’a pas encore répondu aux attentes de l’Alliance, M. Thibault comme Mme Ramacieri sentent pour la première fois, « trois ministres plus tard », une écoute de la part de l’actuel ministre de l’Environnement Benoit Charette.

Ils ont aujourd’hui le mandat d’organiser une rencontre avec un groupe d’experts pour conseiller le Ministère sur les premiers gestes à poser. Sauf que cette rencontre pourrait se tenir au plus tôt à la mi-septembre, après la saison nautique, deux ans et demi après la naissance de l’Alliance. 

« Le délai est décevant, mais il y a eu une pandémie pour nous et il y a eu une pandémie pour le gouvernement aussi », convient M. Thibault, en ajoutant que si la volonté politique y est, le gouvernement peut agir de façon massive et efficace dès le printemps prochain en s’alliant par exemple les nombreuses organisations de protection des cours d’eau qui sont très bien branchées sur leur milieu. 

Il faudra toutefois une réelle volonté politique, insiste le duo, en pointant un rapport de juin 2020 du commissaire au développement durable qui relève des lacunes de gestion aux ministères de l’Environnement et des Affaires municipales « compromettant la conservation des ressources en eau pour les générations actuelles et futures ».

Le myriophylle, aussi appelé plante zombie, se propage facilement puisqu’un seul petit fragment peut prendre racine.

Lavage des embarcations

En attendant que Québec s’organise, l’Alliance veut marteler le message d’urgence et inciter les plaisanciers à redoubler de précautions, d’abord en lavant leurs embarcations avant de changer de plan d’eau puisque 95 % du myriophylle vient des humains qui le transportent avec leurs embarcations, et pas juste celles à moteur.

« On sait déjà qu’il y a une job à faire, dit Mme Ramacieri. Si on attend l’application de quelque chose qui va peut-être arriver l’année prochaine, on va continuer d’amplifier les dommages. Le Québec s’est peut-être mis en pause, mais le myriophylle, lui, ne s’est pas mis en pause. »

« Le gouvernement a abandonné les lacs depuis plusieurs années et on commence à peine à s’apercevoir qu’on est en train de perdre cette richesse naturelle qu’on a osé appeler l’or bleu, plaide M. Thibault. Si on ne fait pas attention, on va dévaluer notre or bleu de façon magistrale. Nous connaissons les solutions. Nous sommes rendus à les mettre en application. »