Le taux de couverture vaccinale complète oscille à 66 % en Estrie alors qu’il est de 69 % dans l’ensemble du Québec.

Un enfant sur trois n’a pas tous ses vaccins

Un enfant de deux ans sur trois en Estrie n’a pas reçu tous les vaccins recommandés pour son âge. Ce taux de couverture vaccinale complète de 66 % est qualifié de faible par Dre Geneviève Baron, médecin-conseil à la Direction de santé publique du CIUSSS de l’Estrie, et est en deçà de la moyenne provinciale qui se situe à 69 %.

En raison d’un changement dans le système informatique du CIUSSS, ces chiffres n’englobent que les enfants qui ont reçu au moins un vaccin dans leur vie. Les enfants qui n’en ont reçu aucun ne figurent donc pas dans ces données. Le taux de couverture de vaccination complète réel est donc plus bas que 66 % en Estrie.

« La dernière fois qu’on avait sortie ce type de données, on avait plus des couvertures vaccinales complètes aux alentours de 80 %, admet Dre Baron. On n’a pas reçu les bordereaux de tout le monde donc est-ce qu’on sous-estime la couverture? Est-ce qu’il y a eu vraiment une baisse à cause de la réforme du système de santé? Est-ce que les services offerts sont différents? On explore ces questions et on essaye de s’organiser le plus rapidement possible pour le faire parce que malheureusement le taux est bas. »

Un phénomène peut peut-être expliquer ce faible taux de vaccination complète : la vaccination à la carte.

« Certains parents veulent avoir un vaccin, mais pas un autre, explique Dre Baron. Les vaccinateurs doivent jongler avec ça, mais les vaccins qui sont prescrits sont pour des maladies qui valent la peine d’être évitées. Ça peut être des maladies mortelles ou qui peuvent causer des séquelles importantes. Elles ont toutes été analysées. Il y a des vaccins par contre pour lesquels on a de bonnes couvertures comme le méningocoque à 91 %. D’autres performent moins bien comme la varicelle qui est à seulement à 79 %. C’est un vaccin que les parents jugent moins important. »

Plusieurs refus

L’ancien système informatique du CIUSSS permettait de connaître le nombre de refus complet de vaccination. Ces données remontent à 2014, mais peuvent encore être utilisées selon Geneviève Baron.

« Ça variait entre 2 et 14 % en Estrie, ça dépend des endroits, explique-t-elle. Ça me surprendrait que ça ait changé beaucoup. Les refus de vaccin sont faits par des personnes qui sont vraiment convaincues. Ce ne sont pas des personnes qui hésitent. »

Sans vouloir nommer des endroits en Estrie, Dre Baron admet qu’il y a plus de refus dans certaines communautés.

« Il y a la sécurité des vaccins qui en inquiètent plusieurs, souligne Dre Baron. Je les rassurerais, les vaccins sont sécuritaires. Une raison souvent citée est que les maladies pour lesquels on vaccine n’existent plus. C’est vrai qu’elles n’existent plus au Canada, mais les gens voyagent. Des maladies qu’on pensait disparues ici réapparaissent parce que les gens se font infecter ailleurs. La vaccination est le meilleur moyen de protéger les enfants contre des maladies mortelles ou qui amènent des séquelles qui entraînent des handicaps importants. Je pense aux méningites, à la rougeole ou à la coqueluche pour les tout petits bébés. »

L’efficacité des vaccins est également parfois remise en question.

« Les enfants peuvent faire certaines maladies atténuées, mais c’est très rare. Pour la plupart des vaccins, le nombre de doses est calculé pour qu’ils soient à leur efficacité maximale »

Protection de groupe

Pour plusieurs raisons, certains enfants ne peuvent pas être vaccinés. Ils peuvent être atteints d’une maladie qui affecte le système immunitaire par exemple. Ces enfants dépendent donc beaucoup de la protection de groupe pour ne pas contracter de maladies mortelles.

« On aime dans ce cas là que tous les enfants qui l’entourent dans sa classe ou dans sa garderie soient vaccinés, lance Dre Baron. La protection de groupe est très importante pour une maladie comme la rougeole par exemple. C’est une maladie qui est très contagieuse. Des éclosions sont possibles surtout dans les endroits où il y a peu de gens protégés par la vaccination. On recommande des couvertures vaccinales de 95 % justement parce que ça prend des couvertures de cette ampleur pour être capable d’arrêter la transmission. On travaille fort pour avoir ces taux-là dans les écoles du Québec. »

Geneviève Baron déplore qu’il y ait encore de nos jours des enfants qui meurent au Québec en raison de complications qui auraient pu être évitées.

« Chaque année, on est capable d’identifier des enfants qui n’auraient pas eu leur maladie ou qui ne se seraient pas retrouvés aux soins intensifs s’ils avaient été vaccinés, résume-t-elle. Ce sont des vaccins utiles et faciles à obtenir. Faites vacciner vos enfants. C’est la meilleure protection que vous pouvez leur donner. »