Dans un document de l’Institut national de santé publique du Québec, on recommande que les travailleurs souffrant de maladies chroniques non contrôlées, de pathologies associées à des problèmes respiratoires ou d’une obésité « importante (à titre indicatif, IMC égal ou supérieur à 40) » soient exposés le moins possible aux patients ayant contracté la COVID-19.
Dans un document de l’Institut national de santé publique du Québec, on recommande que les travailleurs souffrant de maladies chroniques non contrôlées, de pathologies associées à des problèmes respiratoires ou d’une obésité « importante (à titre indicatif, IMC égal ou supérieur à 40) » soient exposés le moins possible aux patients ayant contracté la COVID-19.

Un emploi refusé à une infirmière qualifiée à cause de son poids [VIDÉO] 

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Sherbrooke — L’infirmière Marie-Christine Lanoue a lancé un virulent cri du cœur sur les réseaux sociaux lundi après que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS eut refusé de l’embaucher en raison de son poids élevé. En quelques heures, sa vidéo a été partagée près de 5000 fois.

Mme Lanoue voulait revenir au travail après une pause passée avec ses quatre enfants. Après le processus d’entrevue, sa candidature a été retenue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS à la condition que son questionnaire médical soit approuvé.

Or Mme Lanoue le dit elle-même : elle est obèse. Son indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 40. Même si elle est en bonne santé, cela justifie qu’on la disqualifie pour venir prêter main-forte dans le réseau de la santé.

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Une infirmière empêchée de travailler parce qu’elle est obèse, cela est déjà choquant aux yeux de Mme Lanoue. Mais les mots utilisés pour le lui dire sont venus amplifier sa douleur.

« La technicienne m’a dit : "Excusez-moi Mme Lanoue, vous êtes refusée à l’emploi parce que vous êtes grosse. Mais d’ici là, si vous perdez du poids, vous pouvez reprendre le processus d’embauche à la case départ." »

Mme Lanoue s’arrête de parler. Elle lutte contre ses larmes.

« Je me suis sentie dégueulasse, je me suis sentie très mal… Je me suis sentie anormale. Sincèrement, c’est de l’incompétence pure », dit-elle sans cacher ses larmes.

« Je suis en processus de plainte », ajoute-t-elle.

Le questionnaire de santé que Mme Lanoue a dû remplir est basé sur un document de l’Institut national de santé publique (INSPQ): les « Recommandations intérimaires pour la protection des travailleurs avec maladies chroniques ».

Dans ce document, on recommande que les travailleurs souffrant de maladies chroniques non contrôlées, de pathologies associées à des problèmes respiratoires ou d’une obésité « importante (à titre indicatif, IMC égal ou supérieur à 40) » soient exposés le moins possible aux patients ayant contracté la COVID-19.

Mme Lanoue était quand même prête à aller travailler dans ces conditions parce qu’elle se considère en bonne santé. « L’employé a le droit de choisir, de façon éclairée, d’accepter de travailler dans ces conditions-là ».

Dans ce document, on peut effectivement lire « que le travailleur conserve son droit de rester en poste dans la mesure où celui-ci a été adéquatement informé sur les risques reliés à son travail et que l’employeur a pris toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé du travailleur ».

Après avoir « pleuré en petite boule » pendant quelques heures, Mme Lanoue a décidé de dénoncer publiquement, même si ça fait mal.

« Je crie haut et fort, je me sens vraiment mal là-dedans. (…) Les problèmes financiers vont s’accumuler… Les problèmes alimentaires aussi, je pense, vont s’accumuler, parce que sincèrement j’ai pu le goût de manger, parce que le message qui est envoyé est ridicule… »

Le CIUSSS s’engage à la rappeler

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS s’engage à revoir le dossier complet de l’infirmière Marie-Christine Lanoue après avoir visionné sa vidéo sur l’heure du souper lundi soir.

« Il existe effectivement des situations où on ne peut pas embaucher des personnes avec un indice de masse corporelle (IMC) de plus de 40. C’est dans les cas où elles ont besoin de mobiliser des personnes, dans des milieux COVID positif, ou dans des contextes où elles doivent marcher beaucoup », exprime Annie-Andrée Émond, porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Toutefois, nous avons regardé le dossier de cette personne rapidement ce soir. Dans ce cas, est-ce que toutes les avenues ont été explorées pour trouver du travail à une infirmière avec un IMC élevé? On s’engage à appeler la personne demain pour voir si toutes les avenues ont été explorées pour lui offrir une affectation », ajoute Mme Émond.


« Je me suis sentie dégueulasse, je me suis sentie très mal… Je me suis sentie anormale. Sincèrement, c’est de l’incompétence pure. »
Marie-Christine Lanoue

Lundi soir, la direction des ressources humaines n’avait pas pu faire un tour complet de ce dossier. Elle continuera le travail mardi matin.

« Nous voulons voir s’il y a eu des manquements dans ce dossier. On va refaire la boucle. S’il y a des correctifs à faire, nous allons les faire avec diligence », assure la porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Nous allons faire un rappel à l’ensemble des équipes des ressources humaines qu’il y a des avenues à explorer avant de rejeter la candidature d’une personne qualifiée, surtout dans un contexte où nous avons des besoins aussi importants », explique la porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Dans sa vidéo, Mme Lanoue dit qu’elle a été traitée de « grosse » par la personne au bout du fil. Un fait qui n’a pas pu être vérifié par le CIUSSS lundi soir. Mme Émond ne voulait donc pas commenter ces allégations.

« S’il y a eu des manquements, s’il y a des correctifs à faire, nous les ferons avec diligence », promet-elle.