Atteint d’un trouble du spectre de l’autisme, Gabriel Buckley demande au ministre Jean-François Roberge d’intervenir afin de pouvoir conserver les services de son éducatrice spécialisée.
Atteint d’un trouble du spectre de l’autisme, Gabriel Buckley demande au ministre Jean-François Roberge d’intervenir afin de pouvoir conserver les services de son éducatrice spécialisée.

Un élève autiste de la Ruche interpelle le ministre Roberge

Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
À la veille de la rentrée, un élève autiste de l’école secondaire La Ruche de Magog lance un cri du cœur envers le système scolaire afin de pouvoir conserver les services de sa technicienne en éducation spécialisée (TES) grâce à qui il peut vivre une vie normale et obtenir de bonnes notes à l’école.

Âgé de 15 ans, Gabriel Buckley est atteint d’un trouble du spectre de l’autisme de niveau 2. Lors de son entrée au secondaire, il y a quatre ans, on lui a indiqué qu’il mettrait 10 ans à compéter son secondaire. Mais contre toute attente, celui-ci est sur le point d’entreprendre sa 4e secondaire et qui plus est, en concentration, parmi les élèves les plus doués de son âge.

Or, s’il a pu poursuivre un tel cheminement, malgré son handicap, Gabriel l’attribue à trois aspects de sa vie : ses parents, sa chienne Mira, nommée Asahi… et son éducatrice spécialisée, Jessica Lapierre, qu’il risque de perdre alors que s’amorce une autre année scolaire.

Anxieux et inquiet, le jeune homme a décidé d’écrire une lettre au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, afin que celui-ci intervienne pour qu’il puisse conserve les services de son éducatrice avec qui il a fait d’importants progrès depuis trois ans.

Dans sa lettre, Gabriel souligne l’impact incontournable que cette ressource a eu sur son cheminement scolaire et social.

« Elle fait une différence énorme pour moi. Écrit-il. Je n’ai pas à décoder une nouvelle aide et cela rend plus facile mes apprentissages. Elle me comprend et je la comprends. Elle me guide et mon anxiété diminue. J’ai fait de grands progrès en tout. Ceci est à cause de la continuité de ma relation avec ma TES. Elle met de l’huile dans toutes mes relations avec tout le monde. »

Sa mère, Nadine Robichaud, craint qu’une telle séparation aura pour effet d’éliminer tous les progrès qu’il a pu réaliser jusqu’à maintenant.

« C’est comme si on disait à un aveugle : dorénavant, tu vas devoir te passer de lire des textes en braille. Ou encore que tu vas devoir te déplacer sans ton chien-guide. C’est insensé. »

Nadia Robichaud rappelle que les personnes autistes ont besoin de stabilité pour pouvoir évoluer normalement. « En changeant d’éducatrice, il va devoir se réhabituer à une nouvelle personne, à décoder qui elle est, comment elle fonctionne, etc. Cela va lui occasionner de l’anxiété, de l’agressivité. Pendant ce temps-là, il ne pourra pas se concentrer sur ses apprentissages… »

Mme Robichaud insiste sur un fait : personne n’est à blâmer dans le fait que Gabriel soit sur le point de perdre les services de son éducatrice spécialisée.

« Toute la direction et le personnel de l’école la Ruche font des pieds et des mains pour aider Gabriel. On nous dit qu’on va lui trouver les meilleures ressources possibles, qu’on va s’occuper de lui de la façon la plus adéquate possible. Je n’ai aucun doute là-dessus. Le problème, nous dit-on, c’est le système. Compte tenu de son ancienneté, son éducatrice a peu de chance de pouvoir choisir Gabriel parmi les élèves qu’elle pourra accompagner. »

Or, pour Gabriel, les faits sont indéniables : sans la même éducatrice spécialisée à ses côtés, sa réussite scolaire est compromise.

« Jessica est ma porte d’entrée pour décoder le langage des professeurs qui ont tous des manières de dire et de faire différentes. Comme Asperger, je ne peux pas décoder facilement les langages verbaux, physiques et sociaux des professeurs et de mes amis, écrit Gabriel au ministre Roberge. La présence de la même TES va me permettre de reprendre ma scolarité dès les premiers jours, de suivre les cours avancés qui vont vite et d’avoir confiance en moi, d’avoir moins d’anxiété et peut-être même un peu de plaisir à aller à l’école. »

Le bureau du ministre Roberge n’avait pas répondu à notre demande d’entrevue au moment d’écrire ces lignes.