Cody Rozon et Annie Lévesque ont reçu respectivement des diplômes en sciences, lettres et art ainsi qu’en techniques de santé animale, samedi lors de la cérémonie de remise au Cégep de Sherbrooke. Pour Cody, c’est l’aboutissement de deux années qui l’ont « changé ». Pour Annie, c’est la concrétisation d’une victoire attendue depuis longtemps, malgré les embûches.

Un diplôme « malgré les intempéries »

Annie Lévesque recevait samedi son deuxième diplôme d’études collégiales, à l’âge de 45 ans. Après deux retours aux études, des périodes d’épuisement professionnel et un diagnostic de trouble de personnalité limite (TPL), elle peut enfin accrocher au mur son diplôme de techniques de santé animale, juste à côté de son diplôme d’études en éducation spécialisée reçu 25 ans plus tôt.

C’est un grand projet de vie qui l’anime depuis 2006, année où elle a amorcé ses études techniques en santé animale au Cégep de Sherbrooke. « Je voudrais faire une maison en campagne avec des animaux, où les gens pourraient se ressourcer au contact de la nature et des animaux », partage celle qui est née sur la Côte-Nord et a été élevée à Québec.

L’idée lui est venue alors qu’elle œuvrait comme missionnaire en Afrique, puisque pendant une partie de sa vie, Mme Lévesque a exploité ses compétences d’éducatrice au profit de la communauté religieuse Bon-Pasteur.

« C’est en allant à Haïti, alors que je faisais mes études en éducation spécialisée au Collège Mérici, que ma foi a pris naissance. Ça a modelé qui je suis maintenant. Je crois que ça m’a humanisée et apporté une ouverture d’esprit, un sens de l’adaptation et un respect pour ce qui vit », dit-elle en traçant un parallèle avec son amour pour les animaux.

Ce fut donc une lourde décision pour l’ancienne sœur — prise pour plusieurs raisons — de sortir des rangs de la communauté à son retour d’Afrique afin de se lancer à la poursuite de son projet.

Mme Lévesque a ainsi fourni le temps et les efforts nécessaires à la réussite de ses deux premières années. « J’ai dû quitter pour des raisons de santé. L’Afrique m’avait déjà fatiguée, j’étais au bout du rouleau », confie-t-elle.

Puis, elle est revenue terminer le travail commencé entre 2017 et 2019, période où elle s’est penchée sur la complétion de sa troisième année de techniques de santé animale.

« Ça a été difficile de retourner directement en troisième année sans rafraîchissement de la mémoire. C’est aussi particulier de se retrouver parmi une cohorte d’étudiants dans la vingtaine. Mais ça s’est bien passé. J’ai bûché, tout en étant médicamentée pour mon TPL et en composant avec mon anxiété. J’ai même pu retourner à Haïti, dans la même région, pour faire mon stage pédagogique. J’ai bouclé la boucle. C’est une véritable victoire de recevoir mon diplôme, malgré les intempéries. »

Aujourd’hui, la nouvelle diplômée travaille comme technicienne dans un hôpital vétérinaire de Saint-Hubert. L’anxiété fait toujours partie de son quotidien, mais elle espère bientôt pouvoir renoncer à la médication. Et son grand projet n’est jamais bien loin.

Pour l’amour de l’humain

Qui a dit qu’on ne pouvait avoir de yeux que pour une discipline ? Cody Rozon, 19 ans, a encore des étincelles dans les siens en racontant son parcours au sein du programme préuniversitaire de sciences, lettres et arts. Ses camarades et lui ont certes ratissé large, lors des deux dernières années, mais il semblerait qu’un élément bien central soit à la source de sa ferveur : l’humain.

Cette même étincelle l’a mené jusqu’à des études en médecine, qu’il a amorcées cet automne à l’Université Laval. « C’est une façon privilégiée d’aider l’humain, je trouve. Je peux aller chercher dans la médecine le côté qui m’a toujours intéressé en psychologie en plus d’avoir de grandes bases de science », établit le Sherbrookois.

Il a longtemps hésité avant de se lancer dans le programme qu’il a achevé ce printemps au Cégep de Sherbrooke. « Ça m’intéressait beaucoup, mais je n’avais pas eu les tripes de m’inscrire, parce que j’avais entendu dire que c’était difficile et que c’était une “gang de crinqués” là-dedans », confie-t-il. Ce n’est qu’au troisième tour d’inscriptions, après que des étudiantes soient venues livrer leurs témoignages à son école, le Séminaire de Sherbrooke qu’il a pris « la meilleure décision de sa vie ».

Non seulement le parcours de Cody a été parsemé d’amitiés qu’il « espère ne jamais perdre », il a aussi été l’occasion pour lui de s’impliquer sous plusieurs formes.

Selon ce qui circule dans sa cohorte, Cody aurait joué un grand rôle d’animateur durant son passage entre les murs de l’établissement. Il aurait notamment organisé des journées thématiques comme « les cowboys vs les gangsters », des journées « bonne fête » ou encore des journées « gothiques », ce qui en aurait aidé plusieurs à oublier le stress des études.

Pour Cody, c’est plutôt le groupe restreint d’étudiants dans ce programme qui a été marquant.

« J’en suis sorti changé, même si ça peut sembler quétaine à dire. L’atmosphère du programme était incroyable; il n’y avait pas de compétition, que de l’entraide. On est des gens avec des intérêts diversifiés, c’est certain, mais au bout du compte, on se ressemble vraiment. [...] Je nous qualifierais de tripeux », avance-t-il.

Parmi ses réalisations charnières, Cody compte notamment un projet de recherche en sociologie et un court-métrage sur l’« absurde » réalité des étudiants au collégial lors de leur passage à l’âge à adulte.

Samedi après-midi, 1457 étudiants se sont ajoutés aux 60 000 personnes diplômés par le Cégep de Sherbrooke.

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1450 nouveaux diplômés de « cette génération »

Samedi après-midi, le Cégep de Sherbrooke a célébré la réussite des 1457 étudiants composant sa cohorte 2019. Une promotion d’étudiants qui, comme l’a établi la directrice générale Marie-France Bélanger, ont réussi leur projet à eux. 

De ce nombre, 657 ont obtenu un diplôme préuniversitaire alors que 750 ont achevé un diplôme d’études techniques. Du côté de la formation continue, 76 étudiants ont reçu leur attestation d’études collégiales. 

Pour l’établissement, ce rituel marque également l’arrivée d’une partie de ces diplômés sur le marché du travail estrien, de même que leur apport économique, social et culturel.

« Le monde change à une vitesse incroyable et chacun et chacune doit être en mesure non seulement de suivre cette évolution, mais d’y participer activement et de l’influencer. Sachez être de cette génération qui imposera des changements radicaux sur nos façons de consommer, d’utiliser des ressources, et de protéger l’environnement », a prononcé la directrice générale du cégep, Marie-France Bélanger, en début de cérémonie devant près de 1000 invités. 

Issus d’un des 9 programmes préuniversitaires ou d’un des 24 programmes d’études techniques, les nouveaux diplômés se sont ajoutés aux près de 60 000 individus qu’a formé l’établissement d’enseignement. 

« Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, beaucoup de possibilités vous étaient offertes, mais vous êtes allés jusqu’au bout de votre projet d’études collégiales. Par ce diplôme, vous vous êtes assuré un avenir prometteur, que vous pourrez construire à votre image, selon vos aspirations », a également lancé le membre du conseil d’administration David Létourneau une fois tous les diplômes remis.