Après 36 ans de services pour l’église, Martin s’est fait suspendre après avoir trouvé l’amour.

Un diacre suspendu pour avoir trouvé l’amour

Martin (nom fictif) a passé les 36 dernières années à servir l’Église catholique en tant que diacre permanent. Trois ans après la mort de sa femme, l’homme vit une nouvelle flamme et décide d’acheter une maison avec sa conjointe, avec qui il n’est pas marié. C’en était trop pour l’évêque, qui a décidé de lui retirer ses pouvoirs.

Une plainte serait à l’origine du congédiement de Martin, envahi par un grand sentiment de tristesse et de colère. « Ça a été comme un coup de poing dans le front et un peu, un rejet de l’église, explique-t-il, visiblement déçu. Tu essaies de donner une image de l’Église qui est près des gens. Tu baptises des personnes qui, 99,9 % du temps, sont peu ou pas pratiquants. Tu maries des gens qui vont à l’église très rarement. Mais tu les accueilles. Moi, comme diacre, j’ai œuvré et on me dit que je suis dans le champ et que j’ai un choix à faire. Soit je flushe ma conjointe ou je me marie avec. »

« Je ne suis pas prêt à me marier tout de suite, continue l’homme. On dit aux jeunes couples de prendre le temps, mais là, ce n’est pas la même chose. L’évêque m’a écrit une belle lettre me disant qu’on me retirait tous les droits de pratiquer ma vocation de diacre permanent. Je n’ai plus le droit d’être en avant, je ne peux plus faire de célébrations en lien avec l’Église », exprime-t-il, ajoutant qu’il n’a pas vraiment eu de réponses à ses questions.


«  Où est la compassion dans ce cas-là?  »
Martin (nom fictif)

Martin doit même demander une autorisation s’il veut se marier. « Même si je voulais me marier, je devrais demander à Rome, car j’ai dit il y a 40 ans que je ne remarierais pas. On ne peut pas faire n’importe quoi. L’évêque dit que ce serait facile à avoir. Tu ne peux pas vivre avec une personne que tu aimes, mais si tu es marié, tu peux. Il y a une certaine hypocrisie », déplore celui qui a dédié une bonne partie de sa vie à Dieu.

Selon lui, la décision du clergé n’a pas de lien avec la sexualité. « Si c’est une question de sexe, ce n’est pas une bonne raison, car la fornication est impossible pour moi. J’ai été opéré, car j’avais un cancer et ils m’ont tout enlevé. »

Au fil des années, Martin a célébré de nombreux événements, mais a également agi comme une sorte de psychologue, aidant même des personnes suicidaires à se sortir de la noirceur. « J’ai fait un choix il y a 40 ans. En 40 ans, il y en a de l’eau qui coule sous un pont. Ai-je le droit de vivre heureux à deux ou je dois vivre malheureux tout seul? C’est la question que je me pose. »

« J’ai fait la job durant 36 ans, continue Martin. Je suis parmi les premiers diacres ordonnés à Sherbrooke », indique celui qui a suivi ses cours de théologie à l’Université de Sherbrooke.

Celui qui a aidé bien des gens se sent maintenant délaissé. « J’ai aimé mon épouse et je l’ai soutenue jusqu’à la toute fin de sa vie. Où est la compassion dans ce cas-là? Comment peut-on interpréter cela? Je vis une situation “ irrégulière, qui va à l’encontre des engagements que j’ai pris il y a 40 ans ”, comme dit Monseigneur », affirme-t-il, ajoutant que la rencontre avec monseigneur Cyr a été très correcte.

Une chose est sûre, Martin n’a pas de regrets. « Tomber en amour n’est pas une connerie, c’est un état de vie qui va me permettre d’être encore plus heureux. Depuis que je suis avec elle, je suis plus joyeux et avenant, selon mes enfants, et ça me fait chaud au cœur », sourit-il.

Martin a pris un petit pas de recul quant à l’église afin de protéger la communauté. « Je me pose des questions par rapport à l’humain qu’est l’église, et non pas l’église en tant que telle. Je vais y retourner, mais je vais digérer », résume Martin.

L’archevêché de Sherbrooke n’a pu répondre aux questions de La Tribune, puisque le personnel est en vacances jusqu’au mois d’août.