Les principaux partis n’ont pas hésité à augmenter les dépenses afin de courtiser l’électorat, de sorte qu’on a l’impression de naviguer davantage dans les années 60 et 70 que dans le 21e siècle : places en garderie, prématernelle 4 ans, soins dentaires, augmentation des dépenses en santé et en éducation...

Un début de campagne à gauche

ANALYSE / Le début de cette campagne électorale est marqué par un virage à gauche important, et ce pour l’ensemble des formations politiques. D’ailleurs, les principaux partis n’ont pas hésité à augmenter les dépenses afin de courtiser l’électorat, de sorte qu’on a l’impression de naviguer davantage dans les années 60 et 70 que dans le 21e siècle : places en garderie, prématernelle 4 ans, soins dentaires, augmentation des dépenses en santé et en éducation, gratuité scolaire de la petite enfance à l’université, et on n’en est encore qu’au début. Bref, la « rigueur budgétaire », pourtant si présente à l’occasion des élections de 2014, semble aujourd’hui reléguée au second plan.

S’il n’est pas très surprenant de voir ces thèmes au centre de la plate-forme de Québec solidaire ou, dans une moindre mesure, celle du PQ, il est plus surprenant de voir la CAQ et le PLQ jouer sur ce terrain. Cela prouve cependant que les partis politiques du Québec, sauf dans le cas de QS, sont profondément centristes et qu’il n’existe pas de véritable fracture idéologique en ce qui concerne la place qu’occupe l’État dans l’économie et la société. Une campagne électorale oblige les partis à être à l’écoute des électeurs et comme le « modèle québécois » semble toujours avoir l’appui d’une majorité, ils doivent en tenir compte pour espérer être en phase avec l’électorat. Quel impact aura cette campagne plus à gauche et quel parti devrait en tirer avantage? Cette question devrait être au centre des stratégies déployées par les formations politiques.

Le PQ entre l’arbre et l’écorce

Malgré un bon début de campagne, ce virage au centre gauche devrait inquiéter passablement le PQ, car il a misé depuis longtemps sur les thèmes des services publics et de l’intervention de l’État. Si ce choix est logique, il paraît aujourd’hui peu rentable puisqu’il sera plus difficile pour lui de se démarquer du PLQ ou de la CAQ. Bien sûr, le PQ fera valoir que le réinvestissement proposé vise à réparer l’austérité ou encore qu’il ne faut pas remplacer l’austérité libérale par celle des caquistes. Or, la CAQ propose davantage une administration efficace et décentralisée que de l’austérité. Quant au PLQ, il prétendra simplement que la rigueur (et non l’austérité) permet aujourd’hui de dégager la marge de manœuvre nécessaire à ces investissements. Noyé dans le discours interventionniste et accusé par QS de s’être converti au libéralisme économique, le PQ aura de la difficulté à faire sa place sur le plan idéologique. Comme si cela n’était pas suffisant, le report d’un référendum en 2022 ne devrait pas inciter sa base électorale à rester captive, provoquant des mouvements probables à droite (CAQ) ou à gauche (QS).

L’influence de QS?

Québec solidaire n’est plus un jeune parti politique. Arrivé en 2006, il en est à sa cinquième élection générale et est plus vieux que la CAQ, fondée en 2011. Même si QS est encore un parti marginal au niveau de sa députation et de son appui populaire (8 % lors des élections de 2014), il insuffle un dynamisme et une vigueur démocratique à la vie politique québécoise. Idéologiquement à gauche de la gauche, perçu par certains comme un parti radical, il joue cependant pleinement son rôle d’orienter le débat idéologique. Ce début de campagne à gauche est donc peut-être le résultat de la nouvelle influence de QS. Reste à voir cependant si ce rôle réussira à dépasser le succès d’estime et se matérialisera dans les urnes le 1er octobre prochain.

Il est fort probable de voir les partis politiques, particulièrement le PLQ et la CAQ, revenir vers le centre droit d’ici la fin de la campagne. N’oublions pas que gauche et droite sont des concepts à géométrie variable qui englobent non seulement la place de l’État, mais aussi les valeurs morales et identitaires. C’est peut-être sur ces enjeux que la CAQ et le PQ réussiront à se démarquer, car, pour l’instant, force est de constater que la ligne de démarcation entre le PLQ, la CAQ et le PQ est plutôt mince…

Antonin-Xavier Fournier, professeur de sciences politiques au Cégep de Sherbrooke, nous livrera son analyse de la présente campagne électorale chaque semaine jusqu’aux élections le 1er octobre.