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Des étudiants de l'Université de Sherbrooke ont reçu le mandat de tracer une trame noire dans le parc du mont Bellevue.
Des étudiants de l'Université de Sherbrooke ont reçu le mandat de tracer une trame noire dans le parc du mont Bellevue.

Un corridor de noirceur pour les animaux au mont Bellevue

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
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Un corridor de noirceur utilisé par des animaux a été établi au mont Bellevue, alors qu’une oasis de nuit étoilée est en voie d’être créée.

Le principe est d’atténuer le plus possible l’éclairage nocturne dans un certain corridor afin de permettre à la faune de se déplacer sans être perturbée par la lumière. 

Le mandat de tracer une trame noire dans le parc urbain a été confié à des étudiants de l’Université de Sherbrooke, explique Johanne Roby, professeure au cégep de Sherbrooke qui travaille à la concrétisation du projet d’oasis avec son collègue, le professeur Martin Aubé du Cégep de Sherbrooke. 

« On veut que ce soit un corridor de noirceur. Environ 60 % des animaux qui vivent dans le mont Bellevue sont nocturnes. L’an passé, on a fait un inventaire des lumières le long de ce parcours-là. Cette année, l’équipe va tenter de voir si c’est toujours le meilleur parcours et identifier les interventions qu’on doit faire au niveau de l’éclairage pour améliorer la situation », explique Martin Aubé.

« C’est peut-être une première en Amérique du Nord. Ça s’est fait un peu en Europe, surtout en France. C’est un concept vraiment intéressant. C’est une nouvelle façon de voir l’écologie », note Martin Aubé.

Les deux professeurs travaillent en collaboration avec le Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’UdeS (CUFE). 

Mme Roby trace un parallèle entre cette trame noire pour les animaux et les corridors écologiques, comme les ponceaux en Colombie-Britannique construits pour permettre aux animaux de traverser une route. Éventuellement, cette trame noire pourrait mener vers les Appalaches et la réserve de ciel étoilé.

« La lumière est quelque chose qui nuit aux activités des animaux. Ça perturbe leurs déplacements et ça altère leurs façons de vivre. C’est une façon de fractionner les habitats », résume Jean-François Comeau, directeur adjoint au CUFE. 

Il y a différentes façons de fractionner un habitat, illustre-t-il en donnant en exemple le passage de l’autoroute 410. 

« Ça réduit la circulation naturelle de la faune sur le territoire et ça pose une problématique. » 

La lumière, ajoute-t-il, est un impact parmi d’autres, comme les routes et la circulation. 

« Comme municipalité, comme ville, on a tendance à vouloir occuper le territoire de plus en plus, et ça fait en sorte qu’on grappille dans les territoires naturels, dans les habitats des animaux », illustre M. Comeau, en ajoutant qu’une telle initiative permet de reconstruire un « semblant d’habitat naturel », notamment au bénéfice de la circulation de la faune.

L’implication des étudiants dans ce projet s’est faite à travers un cours à la maîtrise en environnement appelé « projet intégrateur ». « On leur demande de répondre à des besoins qui sont issus de la communauté, ça peut être des municipalités, des groupes environnementaux ou des entreprises. Pour les étudiants, ça développe autant leurs compétences en environnement et leurs compétences de professionnels, parce que ce sont des programmes en gestion de l’environnement », note M. Comeau. 

Des données espérées

De façon plus large, Johanne Roby aimerait éventuellement que les chercheurs aient accès à des données au sujet des animaux la nuit. 

Beaucoup d’organismes vivants sont régulés par le cycle de la mélatonine (l’hormone du sommeil), explique-t-elle.

« On connaît bien le cycle de la mélatonine chez l’humain, mais toutes les espèces animales sont beaucoup plus complexes (…) On aimerait faire des recherches et voir des corrélations. » 

« Là où il y a de la lumière, il y a beaucoup d’animaux qui ne passent pas », illustre Mme Roby. 

« On va caractériser tout ça et on va aller voir l’indice de mélatonine, parce qu’on sait que les animaux sont affectés au niveau du cycle circadien avec la lumière et la pollution lumineuse. » 

Des conséquences multiples

Une des premières conséquences de la pollution lumineuse sur les animaux est la fragmentation de l’habitat. 

« Par exemple, les chauves-souris, quand il y a des autoroutes avec plein de lampadaires, elles ne traversent pas. C’est comme s’il y avait un mur de béton. Sitôt qu’elles voient ce mur de lumière, elles reviennent. Elles sont prises dans une zone restreinte. S’il y a de la lumière tout le tour, on vient mettre une clôture autour de leur habitat. » 

Le fait d’être concentrées au même endroit aura aussi des conséquences sur la consommation et la population d’insectes et, par le fait même, sur les autres animaux qui s’en nourrissent, créant ainsi un déséquilibre de la chaîne alimentaire. 

« Il se fait beaucoup d’études en Europe sur le comportement des chauves-souris et la pollution lumineuse. C’est assez bien documenté. » 

Une étude menée au parc national du Mont-Mégantic avance que la lumière blanche attire davantage une grande quantité d’insectes comparativement à la lumière plus jaunâtre. 

Les lampadaires entraînent aussi la mort des papillons de nuit, dont plusieurs sont des pollinisateurs. Ces populations sont fragiles, remarque Mme Roby.

Un plan de vulgarisation et de sensibilisation au sujet de cette trame noire doit être monté par les étudiants.