Une quinzaine de travailleuses ont brandi des pancartes, lundi, sur le viaduc du boulevard de Portland, au-dessus de l’autoroute 410.
Une quinzaine de travailleuses ont brandi des pancartes, lundi, sur le viaduc du boulevard de Portland, au-dessus de l’autoroute 410.

Un congé payé pour l’isolement, réclament les travailleuses des CPE

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Les travailleuses des CPE se sont fait voir et entendre, lundi matin, afin de réclamer des congés payés en cas d’isolement pour la COVID. Environ 25 % des travailleuses des CPE de l’Estrie ont dû prendre un congé en raison de la COVID. Or, ces absences ne sont pas rémunérées. 

Selon un sondage mené dans l’ensemble de la province auprès de quelque 5000 travailleuses, la proportion est la même au Québec, indique la présidente du Syndicat des travailleuses et des travailleurs des CPE de l’Estrie (STTE-CSN), Stéphanie Vachon, également responsable du secteur des CPE pour la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

Une quinzaine de travailleuses ont brandi des pancartes sur le viaduc du boulevard de Portland, au-dessus de l’autoroute 410.

« Le gros de notre message, c’est principalement ça. Présentement, c’est à leurs frais : si elles ont des symptômes, si elles ont été en contact avec un cas de COVID. Même si la Santé publique leur dit qu’elles sont à risque faible et qu’elles sont relocalisées ailleurs dans le CPE, il faut se battre pour qu’elles soient rémunérées quand elles commencent à avoir des symptômes. Il y a des travailleuses qui sont inquiètes quand il y a un enfant atteint de la COVID. Si elles veulent passer un test, les congés se retrouvent à leurs frais. Plusieurs travailleuses ont pris des congés de maladie, d’autres ont eu à le prendre sans solde; certaines n’ont plus de congé, elles ont dû en prendre dans leurs vacances. » Le portrait est le même dans l’ensemble de la province, note Mme Vachon. 

Les éducatrices en CPE sont aux premières loges des petits nez qui coulent : il leur arrive donc elles aussi d’avoir des symptômes… qui ne seront pas nécessairement liés à la COVID. 

Stéphanie Vachon observe que, dans les milieux scolaires, les employées peuvent être payées si elles sont retirées de leur milieu lorsqu’elles sont en attente des résultats du test. 

Si la COVID a été contractée en milieu de travail, les employées des CPE seront payées. « La zone grise, c’est en attendant le résultat du test. En CPE, on a souvent des petits symptômes. »  

« L’autre chose que l’on dénonce, c’est que la fratrie n’est pas retirée par la Santé publique. Si un enfant a la COVID, le parent doit le garder à la maison, mais les frères et sœurs peuvent continuer à venir en CPE. Ça n’a pas de sens. » 

Un travail non reconnu

Émilie Gagnon et Mélissa Hamel, du CPE Le Jardin des merveilles, étaient sur place, lundi matin. Elles voient comme un manque de reconnaissance le fait que l’isolement ne puisse être rémunéré. « On n’a pas de prime, pas de reconnaissance, pas de congé salarié (pour le retrait) », note Mélissa Hamel. « Il ne faut surtout pas arrêter de travailler. Si on arrête, on prend les parents en otage », commentent les deux collègues. 

En début de pandémie, les CPE ont été mis à profit rapidement afin d’accueillir les enfants des travailleurs essentiels. 

Ce manque de reconnaissance, plaident-elles, survient dans un milieu où la pénurie de personnel se fait déjà sentir et n’aide en rien à valoriser la profession. La pandémie change aussi grandement la dynamique de travail : les travailleuses doivent faire preuve de vigilance avec tous les gestes des enfants, de la manipulation des jouets à la surveillance des gestes de prévention.

La Tribune a interrogé la Santé publique de l’Estrie sur les doléances des travailleuses lors du point de presse quotidien. Selon le directeur Alain Poirier, si un enfant est testé positif, il s’agit d’un contact étroit et la fratrie devrait être retirée. 

Quant au fait que les travailleuses sont relocalisées ailleurs dans le CPE après un contact, Dr Poirier explique que ce sont les catégorisations, de contact étroit à faible, qui permettent de guider les décisions, a-t-il fait savoir en faisant allusion à la présence de « protection » dans ces milieux, principalement des masques.