Dr François Lamontagne

Un combat à finir contre l’Ebola... en zone de guerre

Le Dr François Lamontagne, médecin intensiviste et chercheur au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, revient d’un voyage humanitaire en République démocratique du Congo où il a travaillé à soigner des patients atteint de ce virulent virus qui, le 8 décembre, avait causé la mort de 271 personnes. Il s’agit de la deuxième pire épidémie du virus Ebola après celle de 2014-2015 qui avait fait près de 12 000 morts.

« J’étais à Béni, en République démocratique du Congo (RDC), là où tout se passe en ce moment », soutient le Dr Lamontagne.

Le médecin intensiviste avait déjà fait deux séjours en Afrique de l’Ouest lors des premières crises d’Ebola en 2014 et 2015. Il avait donc l’expérience du travail sur le terrain auprès de ces patients très malades. Toutefois, une variable non négligeable s’est ajoutée dans le tableau cette fois-ci : la RDC est une zone de guerre.

« C’est une guerre de groupes rebelles. C’est un peu imprévisible et c’est difficile de comprendre ce qui se passe exactement. Tous les groupes finissent par s’accrocher un jour ou l’autre. Les travailleurs humanitaires n’étaient pas ciblés, mais il y avait des risques que les escarmouches nous atteignent. Quand il y avait trop de tirs ou d’action, nous étions mis en « hibernisation », en sécurité. Ça compliquait les choses quand tu es tout habillé et que tu dois partir vite. Il y a aussi les collègues qui restent auprès des patients malgré le risque... Ça aussi il faut le gérer. C’est perturbateur pour le travail d’équipe », précise François Lamontagne.

Du personnel de santé traite un patient potentiellement atteint du virus Ebola dans un centre de traitement Ebola soutenu par Médecins sans frontières à Butembo, au Congo.

Du côté des risques sur la santé, le Dr Lamontagne n’a jamais craint de contracter le virus. « En 2014, il y a eu une sorte de psychose par rapport au risque pour les soignants. Moi je suis de ceux qui disent qu’on a exagéré les risques par rapport à la contagion. Quand on est capables de se protéger adéquatement avec des gants, des blouses et des masques, ce n’est pas dangereux, d’autant plus que l’Ebola ne se propage pas par voie aérienne comme l’influenza », nuance-t-il.

L’Ebola frappe des gens de tous les âges en RDC, des petits aux aînés. « Il y avait beaucoup d’enfants. Je ne suis pas pédiatre... J’ai dû m’habituer à soigner des gens de tous les formats. Il y a eu beaucoup d’enfants qui sont morts, surtout des tout petits... Je ne peux pas faire de statistiques, mais c’est certain que les enfants qui meurent nous frappent davantage », ajoute-t-il.

L’Ebola frappe des gens de tous les âges en République démocratique du Congo, des nourrissons aux aînés.

Des meilleurs soins qu’en 2015

Entre 2015 et 2018, « la qualité de soins a beaucoup progressé » sur le terrain, se réjouit François Lamontagne. « On est à des années-lumière de ce qu’on faisait avant en 2014-2015. »

« Sur place, il y avait des ONG (organisations non gouvernementales) qui avaient un réel souci de donner des bons soins aux patients. Ce n’est pas encore ce qu’on peut faire ici dans nos hôpitaux, mais c’est quand même beaucoup mieux qu’avant, notamment grâce aux CUBE (chambre d’urgence biosécurisée pour épidémies) de l’ONG Alima avec laquelle je travaillais cette fois-ci », ajoute-t-il.

Il s’agit d’unités de traitement autonomes, facilement transportables, conçues spécialement pour les maladies hautement infectieuses. La structure permet aux équipes médicales d’assurer une surveillance continue du malade en réduisant les risques de contamination, de contrôler ses constantes, d’administrer des solutés et adapter le traitement depuis l’extérieur sans avoir à porter un équipement de protection individuelle. La famille reste également en contact grâce aux parois transparentes sans risque de contamination.

Et quelle est la prochaine étape? Le Dr Lamontagne et d’autres médecins ailleurs dans le monde travaillent à essayer de développer une méthode pour pouvoir faire facilement de la suppléance rénale, qui s’apparente à la dialyse, pour aider les patients pendant la période où leurs reins guérissent, soit sept à dix jours environ. Sans ce soutien, des patients qui auraient pu récupérer autrement finissent par mourir à cause de leur problème aux reins.

Les CUBES sont des « chambre d’urgence biosécurisée pour épidémies ». Ces unités de traitement autonomes, facilement transportables, sont parfaites pour les maladies hautement infectieuses.

Un vaccin a aussi été mis au point depuis la crise de 2014-2015. Et il fonctionne.

« Beaucoup de gens s’intéressent aux nouveaux traitements, aux médicaments, mais moi, je fais partie de ceux qui disent qu’il faut aussi faire les choses de base très bien pour lutter contre l’Ebola », nuance le médecin intensiviste.

Résultat, celui qui est aussi chercheur au Centre de recherche du CHUS et professeur à l’Université de Sherbrooke a travaillé depuis 2014 à écrire les lignes directrices de ce qu’il faut faire dans le cas d’une telle épidémie. Ce travail a été publié dans un grand journal médical, ce qui a donné beaucoup d’échos à son travail de fond.

« Ces lignes directrices ont servi de références aux ONG, qui ont décidé de rehausser la qualité des soins », se réjouit-il.

« La base, c’est par exemple de favoriser la réhydratation, d’avoir une capacité de laboratoire minimale, d’avoir un plan pour corriger la douleur et la détresse des patients », cite-t-il en exemples. 

Dr Lamontagne aura peut-être l’occasion de retourner en Afrique avant que cette épidémie soit enfin éradiquée. « Entre deux, on se concentre sur l’objectif qui est d’arriver à mettre en place une méthode pour pouvoir faire facilement de la suppléance rénale pour pouvoir sauver plus de patients », ajoute le médecin sherbrookois.

La structure des CUBE permet aux équipes médicales d’assurer une surveillance continue du malade en réduisant les risques de contamination, de contrôler ses constantes, d’administrer des solutés et adapter le traitement depuis l’extérieur sans avoir à porter un équipement de protection individuelle. La famille reste également en contact grâce aux parois transparentes sans risque de contamination.