Normand Therriault ne pouvait pas avoir d’enfant. Pourtant il a bâti, avec son épouse, une famille de huit enfants. Ses matériaux : l’ouverture, la collaboration, l’honnêteté, l’entraide et l’amour.

Un clan collé les uns aux autres

Normand Therriault s’est marié avec Marcelle Lafontaine en 1960. Il avait rencontré celle qui allait devenir son épouse des 55 années suivantes, jusqu’au décès de cette dernière en 2015, par l’intermédiaire du petit frère de Marcelle qui était dans les scouts avec lui. Avoir des enfants était une volonté commune pour les jeunes mariés et constatant que la nature tardait à exaucer leur vœu d’être parents, le couple décida en 1963 d’adopter leur premier enfant, Pierre.

« Marcelle était une personne intelligente, organisée et très généreuse. Elle aimait beaucoup les enfants et malheureusement à cause de moi, nos chances d’avoir notre propre famille étaient restreintes. On avait donc décidé qu’on adopterait un enfant tous les deux ans si Marcelle ne tombait pas enceinte entre temps », explique le Sherbrookois de 81 ans.

C’est ainsi que Hélène, Michel et Marie-France ont agrandi la famille. Adoptés dans des crèches à Montréal ou à Sherbrooke, ils avaient entre 5 semaines et un an à leur arrivée dans le clan.

Leur projet d’adoption devait se limiter à quatre enfants. Pendant près de dix ans, la famille comptera six personnes.

Puis M. Therriault, ingénieur diplômé de l’Université de Sherbrooke, accepte un poste de directeur des services techniques au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, où un de ses collègues le convainc de le remplacer au conseil d’administration de Collaboration Santé Internationale, une œuvre que le père Célestin Marcotte avait fondée. Son implication dans l’organisme le mène au Honduras où son épouse et lui visitent un couvent qui sert aussi d’orphelinat.

« Sachant que nous avions déjà des enfants adoptés à la maison, sœur Maria Rosa, qui dirigeait le couvent, nous a demandé si nous accepterions de considérer l’adoption d’un jeune de 13 ans qui vivait à l’orphelinat depuis qu’il était bébé. Elle ne trouvait pas normal qu’un enfant vive toute son enfance uniquement entouré de religieuses », se souvient-il.

Sans jamais avoir rencontré le jeune Guillaume, le couple accepta de le prendre dans le nid familial. « Il ne parlait pas un mot français quand il est arrivé. Ma femme lui a enseigné pour qu’il puisse entrer l’école comme les autres en septembre. Il a appris facilement. C’était un petit vite, Guillaume. Malheureusement, il est aussi parti vite. Il est décédé à l’âge de 20 ans dans un accident d’automobile », raconte le père de famille.

Lors d’un voyage subséquent où Marcelle était partie en solo, elle décide de rendre visite à sœur Maria Rosa pour voir comment elle se porte. La religieuse lui parle alors d’une fillette de 8 ans qui avait été abandonnée après sa naissance, une blessure à la tête, dans un cimetière.

« Marcelle m’a téléphoné à la maison, au moment où je soupais avec les cinq enfants, pour nous proposer l’addition d’une petite fille à la famille. Après une courte consultation autour de la table, un accord immédiat a été donné pour entamer les démarches. Glenda est arrivée en 1985 », mentionne M. Therriault.

Toujours engagé dans le travail humanitaire, le couple crée un organisme en Haïti en collaboration avec un ordre religieux. L’organisme parraine un orphelinat, construit des classes pour les enfants les plus démunis du village de Gros-Morne et des ateliers d’apprentissage pour les plus vieux. Le clan familial parrainait déjà un enfant de six ans, David, lors du décès prématuré de Guillaume.

« Comme on avait perdu un garçon, mon épouse proposa qu’on adopte David. Finalement, nous avons appris que David avait un frère de 4 ans nommé Philippe qui était venu le rejoindre à la suite du décès de leur mère à sa naissance », note celui qui a, par ailleurs, créé la Fondation du CHUS il y a 40 ans.

Il n’en fallait pas plus pour que le couple adopte le duo de frères en 1990.

Les enfants se sont ajoutés, un à la fois, au clan de Normand et Marcelle sans qu’il n’y ait de friction, de décalage, de tension. La colle pour garder tout ce monde ensemble? « L’amour bien sûr. Et l’entraide, la collaboration. Un est toujours là pour aider les autres. C’est encore comme ça aujourd’hui. On essaie des garder proches. »

C’est réussi. Son fils Pierre habite la maison voisine. Sa fille Hélène demeure sur la rue d’à côté. Seulement un des enfants vit à l’extérieur de Sherbrooke, mais visite la famille régulièrement. Comme quoi l’amour est la meilleure colle des familles unies.