Les impacts psychologiques de la pandémie se font déjà sentir alors que le quart des répondants présentent des symptômes significatifs de stress post-traumatique et d’anxiété, selon les premiers résultats de l’enquête canadienne sur les impacts psychosociaux liés à la COVID-19 menée par une équipe interdisciplinaire de l’Université de Sherbrooke au cours des derniers jours.
Les impacts psychologiques de la pandémie se font déjà sentir alors que le quart des répondants présentent des symptômes significatifs de stress post-traumatique et d’anxiété, selon les premiers résultats de l’enquête canadienne sur les impacts psychosociaux liés à la COVID-19 menée par une équipe interdisciplinaire de l’Université de Sherbrooke au cours des derniers jours.

Un Canadien sur quatre durement affecté psychologiquement

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
Les impacts psychologiques de la pandémie se font déjà sentir alors que le quart des répondants présentent des symptômes significatifs de stress post-traumatique et d’anxiété, selon les premiers résultats de l’enquête canadienne sur les impacts psychosociaux liés à la COVID-19 menée par une équipe interdisciplinaire de l’Université de Sherbrooke au cours des derniers jours.

« C’est assez clair dans la littérature inspirée de toutes les catastrophes dans le monde qu’il y a toujours une proportion de la population qui est plus durement touchée sur le plan psychologique. Ce qui est particulier dans la situation actuelle et qui me perturbe, c’est que l’ensemble de la population est affecté, contrairement à la tragédie de Lac-Mégantic ou aux inondations où il était question de communautés géographiquement ciblées. En nombre absolu d’adultes affectés, on parle de millions de Canadiens, car on parle de 25 % de la population totale », mentionne la Dre Mélissa Généreux, professeure-chercheuse en santé publique et médecine préventive à l’UdeS et à l’Institut universitaire de première ligne en santé et services sociaux du CIUSSS de l’Estrie – CHUS.

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« C’est du jamais vu. Je ne peux pas faire de lien avec aucun fait passé. Il sera capital de suivre l’évolution de ces impacts psychologiques, au fil des prochaines semaines et d’adapter le soutien offert en conséquence », a-t-elle ajouté.

L’après COVID-19 inquiète particulièrement la Dre Généreux. « On est encore dans la phase aigüe et cette phase est très longue par rapport à celle liée, par exemple, à une catastrophe naturelle ou nucléaire dont la phase aigue est de courte durée. Ce qui me fait peur, c’est que normalement, ce n’est pas pendant la catastrophe qu’on vit le pire sur le plan psychologique, mais après. Pendant, on est sur l’adrénaline, on se bat. Mais c’est après qu’on réalise à quel point on est épuisé ou l’ampleur de ce qu’on a perdu », note-t-elle.

Le temps et l’aide psychologique seront importants dans le rétablissement de la population. « On devra avoir les ressources nécessaires en santé mentale, mais ce ne sera pas suffisant. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à demander de l’aide. Il faudra faire des actions communautaires pour aller chercher davantage de gens affectés, comme on a fait après la tragédie de Lac-Mégantic avec nos équipes de proximité », souligne la Dre Généreux qui croit qu’il faudra resserrer les mailles du filet social.

« On a beaucoup misé dans le passé sur les formations de premiers soins, mais il existe des cours de premiers secours psychologiques et il sera important de l’offrir plus largement dans les écoles et les milieux de travail pour prendre soin de nous et des autres. On a du travail devant nous », conclut-elle.

Dre Mélissa Généreux, professeure-chercheuse en santé publique et médecine préventive à l’UdeS et à l’Institut universitaire de première ligne en santé et services sociaux du CIUSSS de l’Estrie – CHUS

Faits saillants liés aux impacts psychologiques

Les données suggèrent qu’un Canadien sur quatre (25,5 %) souffre d’un trouble de stress post-traumatique probable lié à la pandémie et qu’une proportion tout aussi élevée (25,4 %) souffre d’un trouble d’anxiété généralisée probable.

Les troubles de stress post-traumatique probables liés à la pandémie sont toutefois plus fréquents hors Québec (27,5 %) qu’au Québec (18,8 %). ? Il en est de même pour l’anxiété généralisée (28,8 % hors Québec contre 14,2 % pour le Québec).

Les principaux stresseurs psychologiques sont liés à la stigmatisation et au fait que la pandémie soit perçue comme une menace élevée ou très élevée, tant sur le plan personnel que familial.

Les Québécoises et les Québécois semblent davantage se soumettre (88,6 %) aux mesures d’isolement volontaire ou obligatoire que les personnes hors Québec (72,8 %), ce qui ne semble pas être associé à un niveau plus élevé d’anxiété ou de stress post-traumatique.

En contrepartie aux différents facteurs de stress mentionnés, un facteur en particulier semble réduire les risques d’impacts psychologiques de la pandémie : la confiance envers les autorités. En effet, la moitié des Québécois ont un niveau de confiance très élevé envers les autorités (49,6 %), comparativement à 26,8 % pour les personnes hors Québec, ce qui pourrait expliquer les différences notées au niveau psychologique entre le Québec et le reste du Canada.

À propos du projet de recherche

Une équipe multidisciplinaire de l’UdeS a obtenu une subvention de 500 000 $ pour mener à bien une étude internationale sur la réponse psychologique et comportementale face à la pandémie et sur l’influence des stratégies de communication, du discours dans les médias traditionnels et sociaux et d’autres stresseurs et facteurs de protection.

À l’UdeS, l’équipe est composée du Pr Gabriel Blouin-Genest, de la Pre Marie-Eve Carignan, du Pr Marc D. David, de la Dre Mélissa Généreux et du Pr Mathieu Roy, complétée par des chercheuses et chercheurs internationaux en communication stratégique, épidémiologie, information et journalisme, médecine, politique, psychologie, santé publique provenant de six pays jusqu’à maintenant.

Le premier sondage a été réalisé auprès de 600 personnes (300 au Québec et 300 hors Québec) entre le 8 et le 11 avril.

Un 2e sondage sera réalisé d’ici quelques semaines au Canada et dans six autres pays. Ces résultats, basés sur un échantillon de quelques milliers de personnes, permettront à l’équipe de recherche de comparer les données entre diverses régions et de suivre l’évolution de la réponse psychologique et comportementale face à la pandémie ainsi que l’influence des stratégies de communication gouvernementales et des différents discours présents dans les médias traditionnels et dans les médias sociaux.