La crise de la COVID-19 ne forcera pas la Ville de Sherbrooke à repenser la planification de son territoire. Au contraire, elle y voit la confirmation du bien-fondé des transformations qu’elle souhaite accélérer.
La crise de la COVID-19 ne forcera pas la Ville de Sherbrooke à repenser la planification de son territoire. Au contraire, elle y voit la confirmation du bien-fondé des transformations qu’elle souhaite accélérer.

Un accélérateur pour transformer la ville

La distance sociale imposée par la COVID-19, les risques de contagion qu’elle a mis au jour et les tendances vers le télétravail pousseront-ils les Villes à redéfinir leur vision de l’urbanisme? Sherbrooke, qui s’engage dans un modèle de village vertical, au centre-ville, en proposant des commerces, des bureaux et des appartements dans le futur Quartier Well Sud, devra-t-elle mettre la pédale douce dans les chantiers qui s’amorcent à peine?

Non, répond d’emblée Yves Tremblay, directeur du Service de la planification et de la gestion du territoire à la Ville de Sherbrooke. Parce qu’il est vrai que, sur papier, la densité qu’on cherche à créer au centre-ville de Sherbrooke pourrait devenir une source de contagion. Mais il s’agirait d’une erreur de penser ainsi, selon M. Tremblay, qui cite des grandes villes asiatiques ayant réussi à contrôler le virus malgré une grande densité, entre autres Hong Kong.

« C’est le moment de créer un accélérateur de la transformation à grande échelle. La transformation doit se faire sur la même base que celle qui nous guidait avant la pandémie : la crise climatique. Le piège n’est pas dans la densité, mais dans la façon de se comporter. »

Selon Yves Tremblay, le temps d’arrêt imposé par la COVID-19 permet de réfléchir à la façon dont nous consommons notre espace. « Avons-nous les moyens de nous payer ce mode de vie? Notre premier geste doit être de créer la mobilité, de contrecarrer le tout à l’auto. La densité est un élément économique très fort. En ce moment, les gens redécouvrent les commerces, les services qu’ils aimeraient avoir dans leur quartier. Quand on parlera de proximité à l’avenir, les citoyens auront une référence. Cette pause vient replacer les grands thèmes sur lesquels nous travaillons. »

La Ville planche donc sur le concept de « pôles de centralité » où seront concentrés le travail, le volet social et les commerces de proximité. « Si on peut accéder à ces pôles à pied, on peut penser à délaisser la deuxième voiture. Et si les services sont concentrés, c’est plus facile d’organiser le transport collectif », laisse entendre M. Tremblay.

Patrick Dobson, directeur général de la Société de transport de Sherbrooke (STS), fait partie de la réflexion précisément pour cette raison. « Notre budget à la STS est d’environ 30 M$ par année. Savez-vous combien nous dépensons collectivement à Sherbrooke en frais de voitures, d’essence, d’assurances? C’est environ 825 M$ que nous payons pour faire rouler notre parc automobile, alors que la voiture représente 82 % de nos déplacements. »

Mais tous ces espaces à bureaux qu’on souhaite bâtir, au centre-ville, mais aussi le long de la rue King Ouest, seront-ils vides en raison du télétravail? « On aura toujours besoin d’espaces concentrés pour compléter nos relations de travail. Peut-être qu’on aura besoin de moins d’espaces à bureaux que prévu pour densifier notre centre-ville. Mais quand il y a une concentration, les commerces de proximité peuvent survivre », répond Yves Tremblay. Le directeur de la planification et de la gestion du territoire avoue que dans le passé, les Villes réalisaient leur schéma d’aménagement par pure obligation. « Maintenant, nous le réalisons par inspiration. » Il évoque même la possibilité de taxer certains comportements, comme le choix de s’établir en banlieue, pour éviter l’étalement urbain. « La taxation pourrait être modulée en fonction de la distance avec le centre-ville. »

Et en densifiant, on protège les zones agricoles, entre autres, qui permettent d’atteindre une certaine autonomie alimentaire. Ça tombe bien : le tiers du territoire sherbrookois se trouve en zone agricole.