Les infirmières et les infirmières auxiliaires œuvrant au CIUSSS de l’Estrie-CHUS se sont réunies mercredi soir pour se faire entendre lors de la séance publique du conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Elles ont réitéré leur ferme intention de ne pas faire du temps supplémentaire obligatoire (TSO) lundi prochain, comme l’ensemble des professionnelles en soins de la province.

Un « projet ratio » réussi à Argyll

Les infirmières et les infirmières auxiliaires œuvrant au CIUSSS de l’Estrie-CHUS refuseront de faire du temps supplémentaire obligatoire (TSO) lundi prochain, comme l’ensemble des professionnelles en soins de la province. Elles se sont réunies mercredi soir pour se faire entendre lors de la séance publique du conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Le TSO devrait être une mesure d’urgence, mais depuis un certain temps, il y a des horaires qui sortent et le TSO est déjà inscrit à l’horaire! C’est ça qu’on dénonce. Le TSO met en péril la sécurité des soins », soutient Jérôme Rousseau, vice-président de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ).

« Nous avons averti les employeurs une semaine à l’avance pour qu’ils puissent s’organiser. On espère que ce sera respecté, qu’ils vont faire les efforts nécessaires pour qu’il n’y ait pas de TSO le lundi 8 avril. On ne demande pas grand-chose : on demande seulement une journée de répit, une journée de travail normale, une journée où les employés vont pouvoir partir à l’heure après leur journée de travail », clame-t-il.

« C’est un moyen de répit, pas un moyen de pression », ajoute Sophie Séguin, présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la FIQ.

Succès du projet ratio

Le vice-président de la FIQ était aussi venu au conseil d’administration pour parler des suites à donner au « projet ratio ». Rappelons que ce projet a été mis sur pied il y a un an, quand l’infirmière Émilie Ricard avait lancé un poignant cri du cœur sur Facebook après une nuit infernale à gérer un trop grand nombre de patients dans un CHSLD de Sherbrooke. « Après cette crise, le gouvernement a enfin accepté de mettre sur pied 17 projets ratios au Québec, un par région », rappelle M. Rousseau.

En Estrie, ce sont les départements « Argyll 1 et 2 » du CHSLD Argyll qui ont fait l’objet du projet ratio. Ces étages hébergent des clientèles qui ont des troubles graves du comportement.

Pendant plusieurs mois, on a veillé à ce qu’il ne manque aucune infirmière ni infirmière auxiliaire sur le département où les ratios entre les professionnelles en soins et les patients avaient été déterminés de façon rigoureuse.

Résultats? Que du positif, soutient Jérôme Rousseau, celui-là même qui a négocié pour la FIQ toutes les modalités des projets ratios avec l’ancien gouvernement libéral.

« Les infirmières ont pu mettre à jour des plans d’intervention qui n’étaient pas complétés depuis plus d’un an parfois. Elles ont été capables d’intervenir plus rapidement. Il y a eu des impacts chez certains patients qui sont passés de 7-8 médicaments pour contrôler leurs crises à… 0. Dans un autre CHSLD à Québec, on a pu mettre un programme de marche en place et on a assisté à des petits miracles, des patients ont recommencé à marcher » se réjouit Jérôme Rousseau.


« Il y a eu des impacts chez certains patients qui sont passés de 7-8 médicaments pour contrôler leurs crises à… 0. »
Jérôme Rousseau, vice-président de la FIQ

Pour réussir le projet ratio, il a fallu augmenter de 40 % le nombre d’infirmières et d’infirmières auxiliaires à l’horaire. « Dans d’autres projets, il a fallu augmenter le personnel de 50 pour cent. C’est significatif. Mais ça fonctionne », ajoute le vice-président de la FIQ.

Ce projet a notamment fonctionné en Californie où est née l’idée des projets ratios. « Là-bas, ils étaient plongés dans une crise comme la nôtre. En dix ans, le portrait a complètement changé. Les gens sont revenus travailler. Ils ne s’épuisaient plus. Les cohortes ont augmenté dans les écoles. Le nombre d’infirmières a doublé en dix ans. Nous aussi, on peut y arriver. Ça ne peut pas s’implanter en six mois, il faudra le faire graduellement, mais on peut y arriver », assure le vice-président de la FIQ.

Le CIUSSS en voie d’atteindre l’équilibre budgétaire

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS semble en bonne voie de boucler son année financière 2018-2019 avec un équilibre budgétaire. Si l’année financière est terminée depuis le 31 mars, il reste toutefois encore toutefois plusieurs demandes de financement qui sont en attente de confirmation au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour un total de 26,6 millions $.

Si le CIUSSS devait recevoir une réponse négative pour chacune de ses demandes en attente de confirmation, son budget annuel 2018-2019 pourrait donc plonger dans le déficit. Soulignons toutefois qu’un déficit de 26 millions $ sur un budget de 1,5 milliards $ représente 1,7 % du budget annuel de l’établissement.

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre et d’augmentation du volume des activités, cette nouvelle a de quoi réjouir les gestionnaires de l’un des plus grands CIUSSS du Québec.

« C’est une bonne nouvelle », a expliqué Lyne Jutras, la nouvelle directrice des ressources financières du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui vient tout juste d’entrer en fonction.

Les demandes de financement en attente concernent le blitz ministériel en lien avec l’augmentation des volumes en imagerie et en chirurgie pour 8 millions $, les places pour les usagers nécessitant un niveau de soins alternatifs pour un autre 8 millions $ et enfin l’équité interrégionale pour 10,5 millions $.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS continue par ailleurs à se battre pour aller chercher du financement sur des nouvelles dépenses. C’est notamment le cas pour de nouvelles molécules pour lutter contre le cancer, qui sont très onéreuses. Le CIUSSS a dû dépenser 13 millions $ pour les acheter et a réussi à n’obtenir qu’un financement partiel de 2,4 M$.