La présence d’un plus grand nombre d’étudiants en situation de handicap pose des défis importants d’adaptation à l’Université de Sherbrooke.

UdeS : les étudiants en situation de handicap grimpent

Le nombre d’étudiants en situation de handicap est passé de 227 à 1184 entre 2007 et 2016-2017 à l’Université de Sherbrooke, montrent les données de l’institution.

Du nombre, les étudiants ayant un trouble neurocognitif sont passés de 35 à 83 %.

Les troubles neurocognitifs regroupent notamment le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, d’apprentissage, de santé mentale et les troubles du spectre de l’autisme (TSA).

Le portrait est très varié, note la vice-rectrice aux études de l’UdeS, Christine Hudon.

« Dans le total, si on le décompose, la majeure partie, ce sont des troubles du déficit de l’attention : 56 %, ce sont des troubles du déficit de l’attention. On a vraiment eu une augmentation importante ces dernières années. »

La complexité des besoins des étudiants force l’UdeS à adapter ses services en conséquence.

« C’est un défi de le faire. Ceci dit, le Ministère donne depuis plusieurs années un budget spécial pour permettre des mesures d’accommodement. Ces mesures sont assez nombreuses et diversifiées en fonction des besoins des étudiants. »

Par exemple, un étudiant qui a un trouble du déficit de l’attention peut bénéficier de locaux « à distraction réduite » pour un examen. Certains peuvent avoir une heure supplémentaire pour réaliser l’examen. « Ça peut être d’autres formes aussi : des accompagnateurs en déplacement, des interprètes, des preneurs de notes, des logiciels spécialisés... »

Meilleure compréhension

« On accommode du mieux qu’on peut. Pourrait-on faire mieux? Certainement. Pour faire face à l’augmentation du nombre d’étudiants qui avaient besoin de locaux à distraction réduite, une faculté a développé un logiciel qui permet de gérer ce nombre important de demandes. D’autres facultés ont fait la demande pour pouvoir l’implanter. On essaie du mieux qu’on peut de suivre et d’accommoder... évidemment, dans le respect des principes pédagogiques des programmes. Il y a un principe d’égalité des chances. C’est de permettre à ces personnes-là d’avoir les mêmes chances que les autres étudiants qui n’ont pas de handicap, mais il faut respecter les objectifs des programmes... »

Les données de l’UdeS font état seulement des étudiants qui ont reçu formellement un diagnostic. « C’est à l’étudiant de déclarer sa situation. C’est possible que des étudiants ne le déclarent pas. »

Comment explique-t-on ces hausses importantes?

« Il y a certainement une augmentation des diagnostics. Au cours des années, il y a eu une meilleure compréhension de ces troubles », pense également la vice-rectrice aux études. Il a cependant été impossible d’avoir le taux de diplomation universitaire pour ces étudiants qui ont reçu un diagnostic.

Le milieu universitaire doit réfléchir à de nouvelles stratégies pour les étudiants qui ont besoin de plus de temps, note Mme Hudon. « On réfléchit à nos méthodes pédagogiques et nos méthodes d’évaluation, avec la pédagogie inclusive. Il faut penser autrement notre façon d’enseigner, d’évaluer, pour avoir moins d’accommodements à faire. »

« Plutôt que de faire des examens en classe, on pourrait imaginer des travaux qui permettent de mesurer la même chose, mais qui évitent de placer les étudiants dans des contextes où ils auraient besoin d’accommodements », note Mme Hudon.

Une réalité connue du primaire au collégial

L’Université de Sherbrooke n’est pas la seule à faire face à un tel défi : la hausse se reflète aussi dans le réseau universitaire, et ailleurs dans le monde de l’éducation.

« Cette augmentation, on l’a connue dans le réseau scolaire au primaire et au secondaire, au collégial... Au fur et à mesure qu’on a déployé dans le réseau des mesures pour accompagner les étudiants, on voit la progression aux différents ordres d’études... » commente la vice-rectrice aux études de l’UdeS, Christine Hudon.

« On s’attend à une hausse dans les prochaines années. On regarde la tendance au collégial... »

Le rapport annuel 2016-2017 de l’Association québécoise interuniversitaire des conseillers aux étudiants en situation de handicap fait aussi état de cette hausse.

« Depuis 20 ans, le portrait de nos statistiques a grandement changé. Il suffit de jeter un coup d’œil dans le rapport 2002-2003 où il y avait un total de 1645 étudiants en situation de handicap dans l’ensemble des universités québécoises. Cette année, nous en comptons 14 652 », peut-on lire dans l’introduction du rapport.

Selon la directrice générale du Cégep de Sherbrooke, Marie-France Bélanger, 13 % de la population étudiante au Cégep de Sherbrooke a reçu un diagnostic.

« On est en surnombre. Les chiffres disent que dans la population en général, on serait à 10 %. »

Les quelque 1184 étudiants en situation de handicap de l’UdeS représentent 8 % de ces étudiants au Québec, et les 178 étudiants de Bishop’s ayant un tel profil, 1 %. L’UdeS accueille plus de 30 000 étudiants et Bishop’s, quelque 2700 étudiants.

Un signe que, malgré les difficultés, les étudiants réussissent à se rendre à l’université. « On a réussi, au fil des ans, à mieux accompagner ces étudiants pour qu’ils bénéficient de services adaptés. »