UdeS : 30 % des étudiants sont victimes de violence sexuelle

Plus de 30 % des étudiants de l’Université de Sherbrooke et de ses employés rapportent avoir vécu de la violence sexuelle en milieu universitaire depuis leur arrivée à l’UdeS, révèle une enquête menée par la professeure Geneviève Paquette.

« Dans 9,6 % des cas de harcèlement sexuel, 4,1 % des situations impliquant des comportements sexuels non désirés et 5,4 % de coercition sexuelle, ce sont des membres du personnel enseignant qui sont identifiés comme auteur(e)s des gestes commis à l’endroit des étudiant(e)s », peut-on lire dans le rapport.

La professeure a dévoilé les résultats de l’Enquête sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU) pour l’Université de Sherbrooke, mardi.

Rappelons que le portrait avait été tracé pour l’ensemble de la province dans le cadre d’ESSIMU. L’enquête québécoise a révélé qu’une personne sur trois a été victime de violence sexuelle à l’université. L’enquête provinciale regroupait six campus, dont celui de l’UdeS. Elle a été menée par Manon Bergeron, professeure de l’UQAM, et Mme Paquette était l’une des cochercheuses.

Cette fois, les données visent à cerner la problématique spécifiquement à l’UdeS.

La violence sexuelle comprend un éventail de comportements qui va du harcèlement sexuel aux contacts physiques non désirés, en passant par la coercition sexuelle, comme des conséquences négatives devant le refus d’activité sexuelle.

Les résultats s’apparentent à ce qui est ressorti pour l’ensemble de la province.

« La situation n’est pas plus alarmante, mais elle ne l’est pas moins non plus », commente Geneviève Paquette, auteure principale de l’étude.

Ainsi, 37 % des étudiants rapportent avoir subi au moins une forme de violence sexuelle depuis leur arrivée à l’UdeS (37 %) ou au cours de la dernière année (29,3 %).

Ces violences surviennent dans différents contextes, dont les fêtes et les activités sociales (excluant les initiations) dans une proportion de 67 %, et les activités d’enseignement (32,5 %).

Geneviève Paquette

Du côté des employés, environ 36 des employés de l’UdeS disent avoir été victimes d’au moins une forme de violence sexuelle « commise par une autre personne affiliée à l’UdeS » depuis leur arrivée au sein de l’établissement.

Fait inquiétant, parmi les victimes, 6 % atteignent le seuil clinique pour un trouble de stress post-traumatique. Cette proportion atteint 7,7 % plus spécifiquement chez les étudiants. Chez ce groupe, près de la moitié des victimes rapportent au moins une conséquence pouvant altérer leur fonctionnement.

Les femmes sont près de deux fois plus nombreuses que les hommes à avoir été victimes de violence sexuelle en milieu universitaire. Dans la majorité des cas, les auteurs des gestes sont de genre masculin.

Le rapport montre également que les étudiants appartenant à une minorité sexuelle ou étant incertains de leur orientation sont plus nombreux à avoir été victimes de violence sexuelle, tout comme ceux et celles vivant avec une situation de handicap ou un problème de santé.

Une majorité d’étudiants ont estimé que la situation n’était pas assez grave pour la signaler, ce qui peut s’avérer un reflet de la banalisation de cette problématique.

La vice-rectrice à la vie étudiante, Jocelyne Faucher, dit espérer changer les mentalités. « Depuis le début de 2018, ce sont 4600 étudiants du premier cycle qui ont été formés à ce que sont la gamme des violences sexuelles et la notion de consentement. Cela fait quatre ans qu’on est de plus en plus structuré pour accueillir les nouveaux étudiants et les sensibiliser... On ose croire qu’au fil des années, on va renverser cette culture. »

L’enquête dévoilée par Mme Paquette et trois étudiantes mardi a bénéficié d’une subvention de l’UdeS. Les étudiantes sont Stéphanie Lemieux, Sonn Castonguay-Khounsombath et Madeleine Prévost-Lemire.

L’UdeS préconise la déclaration obligatoire plutôt que l’interdiction 

L’Université de Sherbrooke n’entend pas interdire les relations intimes entre ses professeurs et ses étudiants. L’institution misera plutôt sur une déclaration obligatoire pour les personnes qui se retrouvent en situation d’autorité.

L’institution doit adopter, comme le prévoit la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements supérieurs, un code de conduite prévoyant les règles à suivre lorsqu’une personne « ayant une relation pédagogique ou d’autorité avec un étudiant » entretient des liens intimes, amoureux ou sexuels. Ce code de conduite s’inscrit dans une politique plus large, qui devrait être adoptée en décembre par l’UdeS. Une consultation est menée parmi la communauté universitaire.

« On a fait le choix de les gérer (ces relations). Les personnes en situation d’autorité divulguent qu’elles sont dans une telle situation amoureuse », commente la vice-rectrice à la vie étudiante, Jocelyne Faucher, qui précise que les modalités varieront au cas par cas. Le groupe de travail, ce qu’il nous mentionnait là-dessus, c’est que d’interdire va pousser les gens à vivre dans la clandestinité. »

« C’est déjà le cas : on le voit dans le rapport; dans les situations visées, il y a une clandestinité, des situations qui n’ont jamais été divulguées, renchérit la professeure Geneviève Paquette. Donc on est plus pour la déclaration obligatoire. Ça facilite le processus. Dans une université, ça devient difficile à gérer. »

Mme Paquette rappelle que tous les professeurs ne se retrouvent pas nécessairement en situation d’autorité. On peut penser, par exemple, à un adulte qui irait suivre des cours d’anglais à l’UdeS.

« J’ai été victime pendant plusieurs années de harcèlement psychologique et de harcèlement à connotation sexuelle par mon directeur de recherche, qui était (m’a-t-il dit) tombé amoureux de moi pendant notre relation directeur-étudiante. Malgré que je lui aie dit dès ses aveux que je ne ressentais pas la même chose (...), il a continué d’essayer de me convaincre », peut-on lire dans les témoignages consignés anonymement dans l’enquête.

« Lorsque la relation est directe, qu’un professeur doit évaluer, superviser les travaux d’une étudiante ou superviser le travail du personnel — parce que la politique va couvrir autant les membres du personnel que les étudiants — on pense que la déclaration est nécessaire pour s’assurer que la personne en statut inférieur puisse bénéficier du même traitement que n’importe qui... », précise Mme Paquette.

Prénom au choix

Par ailleurs, l’UdeS permet maintenant aux personnes trans d’utiliser le prénom choisi plutôt que celui figurant sur leur certificat de naissance pour ce qui est du courriel, de la carte étudiante et du bottin universitaire. L’UdeS vise aussi la même chose pour la liste étudiante, mais elle doit d’abord régler certains aspects en matière informatique, souligne Mme Faucher.

À ce sujet, Mme Paquette note que de telles actions font partie des recommandations qui ont été formulée. Une telle façon de faire permet à ces personnes — un sous-groupe plus vulnérable en matière de violence sexuelle — d’être obligées de sortir du placard alors qu’elles ne le souhaitent pas. Les salles de bain de l’UdeS sont aussi en voie de devenir non genrées. Le travail n’est pas terminé, mais il est commencé.