TSO : pas de moyens de pression en fin de semaine

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
Comme leurs homologues de la province, les infirmières du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ne devaient pas accepter d’heures supplémentaires obligatoires en fin de semaine à moins d’une situation exceptionnelle. Pendant 48 heures, les membres du FIQ avaient le mot d’ordre de refuser le temps supplémentaire obligatoire (TSO). Mais vendredi matin, le syndicat a annoncé avoir annulé son moyen de pression.

Tôt vendredi matin, la FIQ a annoncé par communiqué avoir accepté « la main tendue de la présidente du Conseil du trésor ».

« Alors que nous étions au Tribunal administratif du travail à la suite de la demande d’intervention du Comité patronal de négociation du secteur de la santé et des services sociaux (CPNSSS), la présidente du Conseil du trésor (CT), Sonia Lebel, s’adressait aux représentants des médias pour dire aux professionnelles en soins qu’elle avait bien entendu leur message et qu’elle souhaitait trouver rapidement des solutions pour améliorer leurs conditions de travail. Elle a souligné vouloir régler la surcharge de travail, rendre attrayant les postes à temps complet et s’attaquer à la problématique du temps supplémentaire obligatoire (TSO) », a expliqué la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, dans ce communiqué. 

« Nous acceptons de bonne foi sa main tendue et si elle a vraiment bien saisi le message des professionnelles en soins, on espère que cela se traduise dans quelques heures à la table de négociation. Mme Lebel et son gouvernement seront imputables face à ses déclarations publiques. La présidente du CT devra concrétiser rapidement ses engagements, car notre patience sera de courte durée! Ses négociateurs doivent être prêts à négocier jour et nuit avec des mandats clairs et ainsi se concentrer réellement, comme elle l’a dit ce matin, sur les enjeux cruciaux. »

Jeudi soir, la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affilié à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin, déplorait que le TSO soit « fréquent, pas exceptionnel ».

TSO

Les infirmières peuvent être soumises à des sanctions si elles refusent de faire des heures supplémentaires obligatoires? « Dès qu’on refuse de se conformer à ce que nous dit notre employeur, on peut toujours être soumises à des sanctions, répond Mme Séguin. Cependant, nous sommes professionnelles. Quand on refuse de rester, notre code de déontologie nous dit qu’on doit s’assurer qu’il y a une relève pour les patients. À la minute où il y a une relève et qu’il a une manière de se réorganiser, la personne peut prendre la décision de s’en aller ou pas. »

De son côté, la directrice des ressources humaines au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Josée Paquette, assurait que cette fin de semaine était planifiée comme toutes les autres. « Durant la semaine, on travaille très fort avec tous nos leviers, on déplace du personnel en vue de la fin de semaine. Malheureusement, il arrive parfois à la dernière minute qu’on demande aux personnes de rester pour la sécurité des usagers », explique-t-elle, commentant que chaque heure supplémentaire obligatoire en est une de trop.

« Notre objectif est comme celui de la FIQ, le moins possible [de TSO]. Si on doit avoir recours, on va prendre les leviers pour le minimiser et pour rendre ça le plus adéquat pour le membre du personnel », confirmait Mme Paquette, soulignant le professionnalisme des infirmières. 

Heures

Sophie Séguin affirme ne pas savoir combien d’heures supplémentaires obligatoires sont exécutées par ses membres. « On ne sait pas, car ce n’est pas toujours codé comme il le faut. Ils ne veulent pas nous donner les chiffres [...] On ne réussit pas à mettre la main sur ces chiffres. On sait qu’il y en a tous les jours et à tous les quarts de travail. On ne peut pas le chiffrer, mais il y en a beaucoup trop », mentionne-t-elle, témoignant qu’il y a 15 ans, très peu d’heures supplémentaires étaient nécessaires. 

Josée Paquette, elle, dit que 4500 heures supplémentaires obligatoires de moins que l’an dernier ont été exécutées jusqu’ici à pareille date. « Pourquoi ? On a observé durant la pandémie qu’on a fait du délestage de nos services. Maintenant, c’est très variable. Par exemple, au dernier quart de travail qui s'est terminé jeudi matin, six personnes ont dû faire du TSO sur tout le territoire. Je ne veux pas minimiser, c’est trop. Ces six personnes ont fait 33 heures en tout, donc de 5 à 6 heures chacune. Parfois, ça peut se rendre à 20 personnes en TSO, donc, loin de moi de dire qu’on minimise. Au contraire, c’est une optique de gestion que nous sommes obligés d’utiliser pour assurer la sécurité des soins et des services », argue la directrice des ressources humaines.