Les professeurs Harold Bérubé, François Furstenberg et François Charbonneau ont partagé leurs réflexions sur les États-Unis d'avant Donald Trump à l'Université de Sherbrooke.

Trump et les États-désunis d'Amérique

À quatre jours de l'investiture du 45e président des États-Unis, le département d'histoire de l'Université de Sherbrooke a pris quelques heures, lundi, pour comprendre le phénomène Donald Trump et faire le point sur les « États-désunis » d'Amérique.
Professeur agrégé au département d'histoire de l'Université de Sherbrooke, Jean-Pierre Le Glaunec avait convié sept collègues de Sherbrooke et des universités d'Ottawa, du Québec à Montréal, et de Baltimore pour cette journée d'étude à laquelle ont pris part près d'une centaine d'étudiants.
« Le constat de départ, c'est que les États-Unis sont une nation profondément déchirée et divisée », relate M. Le Glaunec, en pointant ce qui rend l'élection de Donald Trump pas si imprévisible que ce que la plupart des observateurs ont dit depuis le 8 novembre dernier, d'un point de vue d'historiens.
« La présidence Trump s'inscrit dans la longue durée de l'histoire américaine, mais surtout dans la montée des extrêmes, notamment de l'extrême-droite aux États-Unis, à partir de l'élection de Ronald Reagan en 1980. Trump est imprévisible, certes, la personne est imprévisible, mais le personnage politique qu'il représente, je crois, d'un point de vue historique, était prévisible. »
Société « revancharde »
Tirant quelques conclusions à la demande de La Tribune, à la mi-temps de la journée d'étude, M. Le Glaunec fait valoir qu'une partie de la société américaine est ainsi « revancharde » des droits acquis par les minorités en général (femmes, noirs, hispaniques et autochtones) depuis la fin des années 60 et qu'il est temps, selon elle, « de répondre aux besoins de la population blanche, oubliée, de l'Amérique ».
« Trump donne l'image d'un président qui semble répondre d'abord et avant tout aux besoins d'une classe moyenne blanche, habitant dans la région de Détroit, dans le Michigan, dans le Wisconsin, et qui souffre d'une impression de ne plus pouvoir participer au rêve américain, analyse M. Le Glaunec. Les électeurs de Trump ne sont pas des très, très pauvres puisque les très pauvres ne votent pas ou votent démocrate. Les électeurs de Trump sont une coalition improbable d'évangéliques traditionnels extrémistes, de très riches ou d'ultras riches, et de gens qui gagnent 50 000 $ par an et qui ne manquent de rien, mais qui ont peur. Peur pour leur salaire, pour leurs allocations familiales et pour leurs impôts. »
Cela laisse présager un mandat rempli de surprises, d'autant qu'on ignore encore si Donald Trump le milliardaire populiste saura modifier sa rhétorique pour « devenir » président.
« Il y a déjà eu des présidents élus qui étaient imprévisibles et tout à fait à l'extrême, dit M. Le Glaunec. Mais une fois qu'il revêtait l'habit présidentiel, il endossait littéralement la fonction. Maintenant Trump sera-t-il capable "d'habiter" la fonction présidentielle ? On peut en douter si on se fie à ce qu'on entend de sa personne ces derniers jours. »
À la lumière des observations de ses collègues, Jean-Pierre Le Glaunec convient que les inquiétudes sont nombreuses, et il se montre particulièrement inquiet pour la situation des femmes et pour celle des minorités en général aux États-Unis, qui ont acquis durement leurs droits et qui pourraient en perdre certains.
Et le ton pourrait être donné dès vendredi.
« La grande question qui se pose, lors du discours d'investiture, c'est de savoir quelle attitude aura Trump lorsqu'il sera face à la nation et face à ses partisans. Sera-t-il présidentiel ? Sera-t-il ouvert ? Est-ce qu'il va faire appel aux grands idéaux de la république américaine ou s'il va au contraire chercher à tout bousculer ? Parce que jusqu'à maintenant, c'est le président qui a bousculé les habitudes de l'Amérique. »