Justin Trudeau

Trudeau met en garde ses militants

Même si les sondages le placent bon premier, Justin Trudeau a profité de son passage à Sherbrooke mardi soir pour mettre en garde ses militants contre les risques d'un excès de confiance. Il a en effet exhorté les quelque 400 militants réunis à l'hôtel Delta à poursuivre la bataille « jusqu'au bout » afin de mettre un terme au règne de Stephen Harper et du Parti conservateur, le 19 octobre.
« Il nous reste moins de deux semaines à cette campagne. Treize jours. Ne perdons pas une minute. Il faut redoubler d'effort jusqu'au bout », leur a lancé le chef libéral au terme d'une journée qui l'aura fait voyager de Montréal à Sherbrooke, en passant par Granby. Je compte sur vous, a-t-il continué. Soyez optimistes, continuez de travailler fort. Ces élections sont l'occasion de changer les choses pour le mieux, de mettre fin à la politique de la peur et de la division, de contrer le cynisme avec le travail acharné », a-t-il soumis.
« Et le Québec a un rôle fort à jouer dans ce pays que nous allons bâtir ensemble, a prévenu Justin Trudeau. Les Québécois ont tellement à apporter à la table des décisions. Et les candidats de la région, ici, savent de quoi je parle. Vous avez ici toute une équipe prête à faire la différence. Ils seront à Ottawa pour défendre les enjeux de votre région. Des députés qui seront des voix fortes pour leur communauté », a lancé JustinTrudeau en se tournant vers les candidats Tom Allen (Sherbrooke), Pierre Breton (Shefford), Denis Paradis (Brome-Missisquoi), Marc Desmarais (Richmond-Arthabaska) et Marie-Claude Bibeau (Compton-Stanstead), debouts derrière leur chef.
Au sortir du rassemblement, plusieurs militants ont exprimé leur satisfaction quant à la façon dont JustinTrudeau fait campagne jusqu'à présent.
Membre du PLC depuis 30 ans, Colette Gagnon voit en Justin Trudeau « un homme rafraîchissant », qui, contrairement à ce qu'on raconte, ne manque pas d'expérience politique pour devenir premier ministre, dit-elle. « Son manque d'expérience? Mais il est né dans la politique. Il ne manque pas d'expérience du tout », s'insurge-t-elle en rappelant qu'il est le fils de l'ancien premier ministre Pierre-Élliot Trudeau.
Militant libéral de longue date lui aussi, Peter Murray s'est dit impressionné par la fougue et l'aisance avec laquelle le chef libéral maîtrise les enjeux de cette campagne.
« Il est peut-être jeune, mais il a quand même franchi toutes les étapes. Il s'est instruit, il a voyagé partout, il s'est fait élire député et il est devenu chef du parti. Il est prêt à passer à une autre étape », croit M. Murray.
Candidat libéral aux élections de 2008 et 2011, William Hogg a quant à lui souligné le côté « toujours positif » du discours de M. Trudeau, lequel contraste avec celui de ses deux principaux adversaires.
« Ce que j'aime, c'est qu'il garde le cap sur la croissance économique et sur la classe moyenne. Pendant ce temps-là, Stephen Harper et Tom Mulcair, eux, tentent de nous faire peur avec un faux débat sur le niqab...».
« Il est encore trop tôt pour parler de victoire, ajoute M. Hogg, mais ce qu'on ressent comme engouement actuellement, à treize jours du scrutin, on ne le sentait pas en 2008, ni en 2011...».
Oui à la voie de contournement à Lac-Mégantic
S'il devient premier ministre le 19 octobre, Justin Trudeau a l'intention de mettre fin aux inquiétudes des résidants de Lac-Mégantic en appuyant la construction d'une voie de contournement. Le chef libéral croit que tous les moyens dont dispose le gouvernement fédéral doivent être mis en oeuvre pour corriger la situation et faire en sorte qu'une tragédie ferroviaire comme celle du 6 juillet 2013 ne se reproduise plus.
Lors d'un entretien téléphonique avec La Tribune mardi après-midi, pendant qu'il faisait route vers Sherbrooke, M. Trudeau s'est dit sensible à la situation que vivent les citoyens de Lac-Mégantic. Il s'est notamment dit d'accord avec l'idée d'une voie de contournement afin d'éviter que des convois remplis de pétrole puissent à nouveau circuler au centre-ville, comme le réclament à la fois les citoyens et les élus municipaux.
« Je comprends tout à fait les inquiétudes des gens de Lac-Mégantic. J'ai d'ailleurs eu l'occasion de rencontrer des citoyens dans les jours qui ont suivi la tragédie et je peux vous dire que leurs craintes et leurs démarches sont tout à fait justifiées », a exprimé le chef libéral avant d'assister au rassemblement libéral tenu en fin d'après-midi au Centre des congrès de Sherbrooke.
Si Justin Trudeau reconnaît « la situation particulière » de Lac-Mégantic, il s'empresse toutefois de préciser que d'autres villes et villages dans le reste du Canada réclament aussi des correctifs liés à la sécurité du transport ferroviaire et qu'il devra en tenir compte, advenant qu'il soit porté au pouvoir.
« Il y a actuellement des analyses qui se font concernant Lac-Mégantic, mais aussi dans d'autres communautés à travers le pays. Notre responsabilité est de nous assurer que ces analyses ont été faites de façon rigoureuse afin que les mesures adéquates soient prises, a précisé M. Trudeau. Nous allons travailler à trouver des solutions et, dans ce sens, nous allons travailler avec Lac-Mégantic », a promis Justin Trudeau, dont l'agenda ne prévoit toutefois pas d'arrêt dans cette ville d'ici la tenue du scrutin, le 19 octobre.
Classe moyenne
Invité à dire comment un éventuel gouvernement libéral entendait s'y prendre pour « remettre de l'argent dans la poche de la classe moyenne », M. Trudeau n'y est pas allé par quatre chemins : « Nous allons tout simplement augmenter de 1 % les impôts des plus riches. Pour ce faire, nous allons augmenter le taux d'imposition de ceux qui gagnent 200 000 $ et plus à 33 %. Cette mesure va nous rapporter 3 milliards $, que nous allons redonner aux ménages de la classe moyenne qui gagnent entre 44 000 et 89 000 $ par année », notamment par une nouvelle allocation aux enfants, laquelle sera « non imposable, contrairement à celle de M. Harper », a laissé entendre M. Trudeau.