En tournée pancanadienne pour entretenir les liens avec les citoyens, le premier ministre Justin Trudeau s'est arrêté à Sherbrooke, mardi, où il a causé un impair en répondant en français à une dame qui lui posait une question en anglais.

Trudeau aurait dû répondre en anglais

Si la communauté anglophone s'offusque que le premier ministre Justin Trudeau ait répondu en français aux questions qui lui étaient posées en anglais, lors d'une assemblée citoyenne mardi à Sherbrooke, la Société nationale de l'Estrie assure que l'usage de l'anglais lui aurait semblé tout à fait normal dans le contexte sherbrookois.
C'est du moins ce qu'en a dit le président de la SNE, Étienne-Alexis Boucher, vendredi, en marge de la célébration du Jour du drapeau à l'hôtel de ville de Sherbrooke.
« J'ai salué l'ouverture du premier ministre Trudeau et je trouvais intéressant qu'il respecte le caractère francophone, puisque le français est quand même la seule langue officielle au Québec, maintenant je pense qu'il aurait tout à fait respectueux de répondre à la question dans la langue dans laquelle elle lui avait été posée », a dit M. Boucher à La Tribune.
« Comme président d'un organisme qui promeut le français, j'étais content de voir le premier ministre s'exprimer en français, mais en même temps, on n'en fait pas un dogme. Il aurait été tout à fait normal qu'il parle en anglais », ajoute-t-il.
Est-ce que cet impair est de nature à réveiller de vieilles tensions entre les communautés anglophone et francophone, comme le craint l'Association des Townshippers?
« Pas du tout, tranche M. Boucher. On n'en est pas là. M. Trudeau peut avoir lésé des gens et c'est bien malheureux, mais de là à dire que ça sous-tend des conflits linguistiques, on est rendu ailleurs au Québec. »
Le député fédéral de Sherbrooke Pierre-Luc Dusseault abonde dans le même sens.
« Le premier ministre a probablement été mal conseillé, car s'il avait su où il était, à Sherbrooke, en plein coeur des Cantons-de-l'Est, il aurait su qu'on a vécu depuis toujours avec une dualité linguistique et que dans la salle il y aurait des personnes des deux langues qui allaient être présentes. C'est sûr que c'est un mauvais jugement de sa part (d'avoir répondu en français à une anglophone qui lui posait une question en anglais) et que la meilleure décision qu'il aurait pu prendre ç'aurait été de répondre dans les deux langues parce qu'on s'entend qu'il y a peut-être des gens dans cette salle qui n'auraient pas compris la réponse en anglais non plus. »
Pour M. Dusseault, l'incident n'aide certainement pas les anglophones de l'Estrie à se sentir respectés, mais il serait étonné que l'affaire aille beaucoup plus loin, malgré les onze plaintes qui ont été déposées au commissaire des langues officielles.
« La loi sur les langues officielles s'applique pour les services qui sont rendus par le gouvernement du Canada, mais est-ce qu'un premier ministre qui répond à des questions dans une assemblée citoyenne, c'est couvert par la loi? Ce sera au commissaire de le déterminer. Ça va être intéressant de voir la suite. »