Dodz Daye, Chloé Salaün-Dahl, Marianne Lavalée, Skylar Grant, Lucille Tang-Levac, Josué Saoares-Méthot, Riziki Mkandama et Mélanie Jolin, tous membres du collectif anti-violence sexuelle systémique qui a organisé la manifestation contre les agressions à caractère sexuel, hier dans les rues de Sherbrooke.
Dodz Daye, Chloé Salaün-Dahl, Marianne Lavalée, Skylar Grant, Lucille Tang-Levac, Josué Saoares-Méthot, Riziki Mkandama et Mélanie Jolin, tous membres du collectif anti-violence sexuelle systémique qui a organisé la manifestation contre les agressions à caractère sexuel, hier dans les rues de Sherbrooke.

Trouver le moyen de s’exprimer

Andréanne Beaudry
Andréanne Beaudry
La Tribune
Sherbrooke − « Lorsque nous observons le système judiciaire, ça crève les yeux à quel point il n’est pas adapté à la réalité des violences sexuelles. Au criminel, c’est le fardeau de la preuve qui importe pour déboucher sur un verdict de culpabilité. Mais dans les agressions à caractère sexuel, il n’y a souvent pas de preuves ni de témoin. »

Intervenante du Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) Agression Estrie, Laurence Morin fait partie des gens nombreux qui ont pris la parole, dimanche, au terme d’une marche de manifestation contre les agressions à caractère sexuel qui avait lieu à Sherbrooke.

Partis en fin d’avant-midi du parc Victoria, entre 100 et 200 personnes se sont retrouvées quelques kilomètres et une heure plus tard devant les quartiers du Service de police de Sherbrooke pour les prises de parole.

L’équipe du CALACS s’était jointe au comité de la manifestation organisée par le collectif anti-violence sexuelle systémique. Chloé Salaün-Dahl et Dodz Daye sont deux membres au cœur de ce collectif de sensibilisation.

« Nous aimerions que les gens comprennent que nous sommes à la recherche d’une évolution de la conscience collective, de l’éducation sexuelle et du système judiciaire. Parce qu’on ne dénonce pas la culture du viol et les violences dirigées vers les minorités visibles. Nous voulons une société de consentement respectueuse et sécuritaire pour ceux qui partagent leur histoire », expliquent Dodz Daye et Chloé Salaün-Dahl.

Pour Dodz Daye, les présentes dénonciations sur les réseaux sociaux se font parce que les gens n’ont pas la « satisfaction » qu’ils souhaitent avec le système de justice actuel. Les dénonciations n’ont pas comme but de détruire la réputation de quelqu’un, mais de s’offrir la justice recherchée estime aussi l’organisateur.

« Ils vont mettre tout de suite en doute le témoignage. Ce n’est jamais un « d’accord, je te crois », et ensuite nous allons faire les démarches pour voir. Ils ne croient pas la victime, et ils vont tout de suite croire l’agresseur et dire qu’ils n’ont pas assez de preuve », ajoute de son côté Chloé Salaün-Dahl.

Laurence Morin constate aussi beaucoup de fausses conceptions de la problématique des violences sexuelles. « Des préjugés qui culpabilisent la victime et déresponsabilisent l’agresseur ou qui banalisent diverses formes d’agressions à caractère sexuel, par exemple », note-t-elle. 

Près de 200 manifestants ont marché dans les rues de Sherbrooke.

Les organisateurs sont aussi conscients que ces dénonciations sur les réseaux sociaux peuvent entraîner des cas de poursuite en diffamation.

« Mais la personne oppressée va toujours trouver un moyen de parler, et si ce n’est pas avec le système de justice, bien ce sera d’une autre façon », souligne Chloé Salaün-Dahl sur la vague actuelle de dénonciations sur les réseaux sociaux.

Outre les prises de parole de la représentante du CALACS et du collectif anti-violence sexuelle systémique, une trentaine de victimes se sont levées à tour de rôle pour raconter leur histoire, parler de leur cheminement ou pour simplement féliciter tous les survivants.

Vers la fin de la manifestation, l’une des survivantes s’est exprimée à nouveau devant les autres pour conclure l’événement de dimanche sur une note positive.

« Les manifestations sont pour moi des lieux sociaux pour aller plus loin », souligne-t-elle en ajoutant que c’est le temps de rencontrer ces personnes et changer les choses.