« On est dans une culture qui favorise beaucoup la performance (...) C'est un terreau fertile au développement des troubles alimentaires », observe Karine Lizée, responsable du volet prévention et sensibilisation chez Arrimage Estrie, accompagnée de la coordonnatrice de l'organisme, Julie Witty-Chagnon. Arrimage est l'un des partenaires qui travaillent au projet-pilote de prévention des troubles alimentaires

Troubles alimentaires : le Mont Notre-Dame en mode prévention

Le Collège Mont Notre-Dame lancera un projet-pilote, à la rentrée scolaire, qui vise à prévenir l'apparition des troubles alimentaires chez les jeunes filles. L'initiative est l'un des nombreux projets pilotés par le Centre RBC d'expertise universitaire en santé mentale de l'Université de Sherbrooke, dont la création a été annoncée cet automne. L'initiative de prévention pourrait aussi être déployée dans une autre école secondaire.
Psychoéducatrice au Collège du Mont Notre-Dame, Isabelle Côté est l'une des intervenantes qui travaillent sur ce projet.
« Quand on a regardé les facteurs de risque avec l'anxiété et les troubles alimentaires, on s'est rendu compte qu'il y a beaucoup de difficultés au niveau de la socialisation chez les jeunes, au niveau de la gestion du stress et tout le rapport à l'image. À partir de septembre, nos élèves participeront à un programme qui développera les bonnes habiletés de socialisation jumelées avec de la pleine conscience. Ce sera étalé sur 12 rencontres, animé par une stagiaire que j'aurai en psychoéducation. »
Selon le scénario sur la table, le programme devrait se pencher sur la socialisation en première année, la gestion du stress en deuxième année et, à l'an trois, l'image de soi.
À la rentrée, ce sont des élèves de première secondaire qui bénéficieront des activités.
« On pense que si on vient rapidement travailler tout ce qui touche le rapport à l'autre, la gestion des stresseurs, ça va avoir un impact considérable sur les risques de troubles alimentaires et de vulnérabilité alimentaire. Tant chez les jeunes femmes que chez les garçons, l'image prend une place importante et l'anxiété de performance aussi, note Isabelle Côté.
« Avec la littérature, on s'est rendu compte que les jeunes filles qui ont de la difficulté à socialiser vont être plus disposées à développer du stress et une image corporelle qui sera un peu plus négative. »
L'importance de la socialisation est très grande lorsque les jeunes passent du primaire au secondaire, précise Joëlle Lepage, coordonnatrice du centre.
Éventuellement, on aimerait que le programme s'étende dans les autres écoles. « Tous nos jeunes ont besoin d'apprendre à mieux se connaître, à apprendre à mieux socialiser, à mieux gérer le stress... » note Mme Côté.
Ce projet survient alors que les problèmes de santé mentale augmentent chez les jeunes. « Les services de deuxième et troisième lignes sont saturés. Quand on fait des références en pédopsychiatrie, au CSSS, etc, les délais sont longs. C'est nous au scolaire qui pallions ce trou de services en attendant. Notre charge augmente », renchérit-elle.
L'apparition des troubles alimentaires est multifactorielle, commente la coordonnatrice d'Arrimage Estrie, Julie Witty-Chagnon, un des organismes partenaires impliqués dans le projet. Parmi eux : les idéaux de beauté qui sont trop grands, dont la volonté d'être toujours plus mince. L'organisme travaille entre autres au développement de la pensée critique. « On va beaucoup travailler sur les facteurs de risque », dont l'anxiété, renchérit Karine Lizée, responsable du volet prévention et sensibilisation chez Arrimage Estrie. « On parle des jeunes, parce que ce programme-là les cible, mais on est dans une culture qui favorise beaucoup la performance (...) C'est un terreau fertile au développement des troubles alimentaires. »
Un projet pour les troubles anxieux
Le centre d'expertise de l'Université de Sherbrooke souhaite aussi prévenir les troubles anxieux chez les jeunes, et prévoit déployer un programme à l'école primaire Coeur-Immaculé, de même que dans les écoles secondaires du Triolet et à Mitchell-Montcalm, selon Mme Lepage.
La démarche ressemble à celle mise en place pour la prévention des troubles alimentaires : un comité interdisciplinaire travaille à développer le programme de prévention, qui se déclinera notamment par des ateliers de méditation pleine conscience et de la sensibilisation auprès des enseignants.
Quelques statistiques
Parmi les jeunes de secondaire ayant un poids normal
-41% des filles souhaiteraient être plus minces
-23% des garçons souhaiteraient avoir une silhouette plus forte
Parmi les jeunes de secondaire ayant un poids normal
-28% des filles rapportent essayer de perdre du poids
-23% des garçons essaient quant à eux d'en gagner
Hospitalisations pour les troubles alimentaires
Au cours de la dernière année, une soixantaine de personnes ont été hospitalisées pour un trouble alimentaire au CIUSSS de l'Estrie-CHUS.
*Statistiques estriennes de l'Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire et données fournies par Arrimage Estrie.