Horacio Arruda, François Legault et Danielle McCann en conférence de presse à Québec, mercredi
Horacio Arruda, François Legault et Danielle McCann en conférence de presse à Québec, mercredi

Trois nouveaux décès au Québec: «La plus grande bataille de notre vie», dit Legault

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Trois autres personnes âgées sont mortes du coronavirus au Québec. Cela fait sept décès depuis le début de l’épidémie. Et 1339 cas officiels, six fois plus qu’il y a trois jours. «Ça risque d’être la plus grande bataille de notre vie», clame le premier ministre François Legault.

Malgré les critères moins stricts pour catégoriser les cas et une capacité de tests accrue, reste que la hausse vertigineuse depuis trois jours des cas avérés d’individus infectés à la COVID-19 au Québec s’avère impressionnante.

Le décompte officiel du gouvernement du Québec est dévoilé chaque jour, à 13h. En ligne sur quebec.ca et au point de presse journalier tenu par M. Legault, le directeur national de la Santé publique, Horacio Arruda, et la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann.

Mercredi, avec 326 cas de plus, il s’agissait d’une troisième augmentation significative de suite, mais aussi la plus faible des trois. Lundi, c’était 409 nouveaux cas et mardi, 385.

«On a beaucoup augmenté les tests puis les analyses de tests, on a maintenant 26 600 cas négatifs, 3000 en attente de résultat. Donc, quand vous analysez les chiffres, quand vous tenez compte de la grande augmentation du nombre de tests, ce sont quand même des résultats qui sont encourageants. Mais la partie n’est pas gagnée et il faut garder nos bonnes habitudes», a affirmé le premier ministre du Québec.

Du même souffle, il a tenté de convaincre de ne pas comparer notre nombre de cas avec ceux des autres provinces, beaucoup plus bas. Par exemple, l’Ontario affiche environ la moitié moins de cas pour une population de 14,7 millions d’individus, contre 8,5 millions au Québec. La stratégie de tests n’étant pas la même partout, toute comparaison est futile, dit-il.

Ne pas mourir isolé

Le Québec compte 78 malades de la COVID-19 hospitalisés, près de 6 % des cas, dont 35 aux soins intensifs.

Trois décès se sont ajoutés à ceux des quatre résidents d’un centre d’hébergement de Lavaltrie, dans Lanaudière, la semaine passée.

Il s’agit encore de deux personnes «d’un âge avancé», a d’abord dévoilé le Dr Arruda. Sauf qu’elles n’habitaient pas en résidence ni en région métropolitaine, a-t-il ajouté.

«Ça veut dire que même une personne âgée qui vit chez elle, qui a des maladies chroniques, parce que ce n’est pas tous les Québécois qui sont en résidence pour personnes âgées, il y a plein de gens qui vivent dans leur maison. Ça veut dire qu’eux aussi peuvent être à risque», a indiqué le directeur de la Santé publique.

En plus de la résidence de Lavaltrie, où «les mesures nécessaires ont été mises en place», insiste le premier ministre, deux autres résidences de personnes âgées de Montréal et de Sherbrooke sont aux prises avec le coronavirus.

À moins que le décès survienne subitement, les gens qui décèdent du coronavirus ne mourront pas isolés de leurs proches, assurent MM. Legault et Arruda.

«Quand on sait que la personne, que ça soit de la COVID-19 ou d’autres causes, est sur le point de mourir, on ne va pas interdire à la famille de venir voir pour une dernière fois ses parents. On va prendre les mesures, des masques pour tout le monde, etc.» a rassuré M. Legault.

Ce qui ne veut pas dire que les gens âgés peuvent recevoir de la visite.

«Il y a beaucoup de monde qui m’écrit parce qu’ils veulent aller visiter leur mère ou leur père dans les résidences de personnes âgées. Ce n’est vraiment pas une bonne idée! La pire affaire qu’on souhaite… Là, on a trois résidences de personnes âgées qui sont infectées, c’est là qu’ils sont, nos trois plus grands risques. Et il faut arrêter ça, il faut limiter le nombre de résidences de personnes âgées infectées», martèle-t-il.

Pas de marche pour les snowbirds

Une autre tranche des personnes âgées inquiète, les snowbirds. Les Québécois retraités qui s’apprêtent à rentrer de régions situées plus au sud, comme la Floride, où ils passent l’hiver.

«Non! Les snowbirds ne peuvent pas aller prendre une marche dehors!» a rétorqué avec force le premier ministre à une question posée sur le sujet en anglais, en fin de point de presse.

Cela démontre toute la crainte qu’éprouve la Santé publique à voir ces aînés, des personnes déjà à risque, rapporter le virus des États-Unis, pays fortement touché par l’épidémie. Et pas juste l’État de New York, où l’on affiche beaucoup de cas.

«Vous êtes à risque, donc vous restez à la maison pour deux semaines, tous ceux qui reviennent de la Floride ou d’autres endroits comme ça», implore le premier ministre.

«Quand on regarde les résultats pour l’État de New York, il faut tenir compte aussi que c’est un État qui teste beaucoup plus que la moyenne des États aux États-Unis. Donc, on peut se demander si on avait testé autant dans les autres États qu’on a testé dans New York, est-ce qu’on aurait la situation qui serait la même finalement dans plusieurs États aux États-Unis?

«C’est pour ça que c’est très, très important, tous les Québécois qui reviennent au Québec des États-Unis, peu importe où, il faut s’isoler. Il faut rester à la maison. Il ne faut pas sortir pendant deux semaines, parce qu’il y a quand même une étendue qui est assez grande aux États-Unis. C’est sûr que dans l’ensemble des États-Unis, on a beaucoup moins testé, toute proportion gardée, qu’ici, au Québec, donc on ne sait pas vraiment quel est l’état de la situation dans tous les États aux États-Unis.»

«Comme une grosse anecdote»

Pour les plus récalcitrants, le gouvernement canadien a mis en action la Loi sur la quarantaine, mercredi. Un voyageur qui refuserait de se plier à l'isolement obligatoire s’exposerait à une amende maximale de 750 000 $ et à purger jusqu’à six mois de prison.

Des pouvoirs que le premier ministre Legault n’est pas encore prêt à utiliser. Les corps policiers du Québec poursuivent donc leur travail d’information.

«Nous ne sommes pas rendus, je crois, à imposer des amendes. Mais, nous avons les pouvoirs de le faire. Mais, en ce moment, nous voulons seulement informer la population», assure-t-il.

Côté personnel, M. Legault dit bien tenir le coup. Il se prévoit un premier congé depuis le début de la crise, samedi. La vice-première ministre Geneviève Guilbault prendra la relève pour 24 heures.

«La vie continue. Il y a des bonnes nouvelles. J’en ai eu moi aussi, des nouvelles de naissance dans ma famille. Il faut essayer de voir après la crise. Notre défi, c’est de dire : on racontera ça un peu comme une grosse anecdote qui est arrivée pendant une période de notre vie, mais on est capable de passer au travers», souhaite-t-il de tout cœur.

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FAITS SAILLANTS DU POINT DE PRESSE DE FRANÇOIS LEGAULT DU 25 MARS

Voici les principaux points de la conférence de presse du 25 mars du premier ministre François Legault la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann et du directeur national de la santé publique Horacio Arruda sur l’épidémie de COVID-19.

- Trois nouveaux décès au Québec pour un total de sept

- 1339 personnes sont maintenant infectées par la COVID-19 au Québec, 78 hospitalisées dont 35 aux soins intensifs. 

- «On a beaucoup augmenté les analyses de textes 26 600 cas négatifs. Des résultats encourageants» a dit le premier ministre François Legault

- Trois résidences pour personnes âgées sont infectées. Les probabilités sont plus élevées chez les personnes âgées d’avoir des «conséquences graves», rappelle le premier ministre François Legault.

Il souligne de nouveau les consignes : pas de sortie pour les aînés en résidence.

- «De plus en plus de Québécois suivent les consignes et je suis très fier de la réaction des Québécois. Il ne faut pas arrêter.», a dit le premier ministre François Legault.

- Très important pour les snowbirds qui reviennent de voyage de rester à la maison.