Aidées de la promotrice Isolina Semperi Borja, Ilda Timpia Timpia et Milagros Timpia Timpia, deux jeunes machiguengas, transmettent l’information aux autres femmes d’Alto Timpia.

Traverser la jungle pour promouvoir la santé

Dans des communautés autochtones éloignées comme Alto Timpia au cœur de la jungle du Pérou, où les notions d’hygiène de base comme se laver les mains restent encore à acquérir, la sensibilisation à la santé prend tout son sens.

Virginia Saringabeni Pangoa, Danilue Mahon Perez et Isolina Semperi Borja ont laissé leurs enfants à la maison pour remplir leur mission de promotrice de santé dans le cadre du projet de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants de l’ONG péruvienne Ayni Desarrollo, un organisme partenaire du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke.

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Comme elles le font régulièrement, ces trois femmes de la communauté autochtone machiguenga de Timpia ont parcouru plus de deux heures par la rivière puis à travers la jungle pour aller transmettre leurs connaissances aux femmes du village voisin.

« Si vous n’avez pas de savon, vous pouvez prendre de l’eau avec de la cendre blanche refroidie du feu pour vous laver les mains », adapte Isolina Semperi Borja afin de se plier à la situation de la communauté éloignée d’Alto Timpia.

Une dizaine de familles vivent dans ce village sans eau courante ni électricité aux confins de la zone accessible du Pérou.

Les femmes d’Alto Timpia assistent à une formation sur les notions d’hygiène.

Les promotrices de santé accompagnées de deux formatrices de l’ONG Ayni Desarrollo ont fait le trajet en « péké-péké », un canot traditionnel équipé d’un moteur.

Après avoir remonté la rivière Timpia bordée de falaises d’argile rouge, elles atteignent un endroit où il n’est plus possible de naviguer.

Le trajet doit se poursuivre à la marche à travers la végétation luxuriante. Si les agents d’Ayni Desarrollo enfilent des bottes de caoutchouc pour se protéger des morsures de serpent, les femmes de Timpia font le trajet pieds nus. La Tribune a accompagné la délégation. On atteint Alto Timpia après une heure de marche dans la jungle.

En cas d’accouchement difficile, les femmes d’Alto Timpia doivent faire ce trajet à rebours sur un bateau dont la stabilité n’est pas assurée, mais surtout sur une rivière qui n’est pas toujours propice à la navigation.

Danilue Mahon Perez, Isolina Semperi et Borja Virginia Saringabeni Pangoa traversent la jungle pour remplir leur mission de promotrice de santé.

Vie rudimentaire

Poissons fraîchement pêchés placés dans des feuilles qui cuisent dans une braise entre deux troncs d’arbres, abris faits en feuilles de palmier, quelques habitations rudimentaires en bois, petite école, terrain de jeu, cuisine communautaire en plein air, Alto Timpia est une communauté machiguenga que la modernité a encore peu transformée.

Une à une, les femmes de la communauté arrivent sous le toit de la cuisine commune pour assister à la formation. Certaines allaitent en chemin avec leurs bébés placés dans un tissu traditionnel machiguengas permettant de le transporter.

Aidées de la promotrice Isolina Semperi Borja, Ilda Timpia Timpia et Milagros Timpia Timpia, deux jeunes machiguengas, transmettent l’information aux autres femmes concernant les notions d’hygiène de base pour assurer la santé de leur enfant, soit se laver les mains avant de donner à manger aux enfants, avant d’allaiter, après être allé aux toilettes ou avant et après avoir changé la couche du bébé.

La promotrice de santé Isolina Semperi Borja mentionne qu’il faut répéter souvent les notions d’hygiène parce que les femmes des communautés éloignées les oublient.

« Il y a un travail d’apprentissage, mais aussi de mise en pratique », signale-t-elle.

Les deux nouvelles promotrices de santé, âgées de 18 et 19 ans, semblent intimidées de prendre la parole devant les leurs.

« Je suis contente d’enseigner ces choses à ma communauté », mentionne malgré tout Ilda Timpia Timpia.

« Nous pouvons enseigner ces notions d’hygiène à nos enfants. Ces connaissances ne doivent pas se perdre et doivent se transmettre à la prochaine génération », ajoute Milagros Timpia Timpia.