L'Estrienne Danielle Mercier pratique la médecine à Kuujjuaq depuis 31 ans. Depuis l'ouverture du Centre de santé de la Vallée Massawippi, en 2015, elle partage son temps entre le Nord et l'Estrie. 
L'Estrienne Danielle Mercier pratique la médecine à Kuujjuaq depuis 31 ans. Depuis l'ouverture du Centre de santé de la Vallée Massawippi, en 2015, elle partage son temps entre le Nord et l'Estrie. 

Entre l'Estrie et le Nunavik : adapter sa médecine

Il y a maintenant 31 ans que l’Estrienne Danielle Mercier exerce la médecine à Kuujjuaq, d’abord à temps plein, puis à temps partiel. Alors que son dernier séjour dans le Nord s’est largement étiré en raison de la crise sanitaire, celle-ci a pu faire bénéficier pour une première fois ses patients du Centre de santé de la Vallée Massawippi (CSVM) de consultations téléphoniques, une méthode de travail à laquelle son poste au Nunavik l’avait déjà en partie initiée, et qui pourrait perdurer.  

Normalement en poste au Centre de santé Tulattavik de l’Ungava du 15 mars au 2 avril, puis de retour en Estrie deux semaines pour s’occuper de ses patients du CSVM et retrouver sa famille, l’omnipraticienne a plutôt choisi de demeurer au Nunavik lorsque la pandémie a éclaté dans la province, et ce afin de limiter les risques de propagation. 

« Je ne fais pas pitié ! tient à préciser la sexagénaire. J’ai même pu prendre le temps de faire du ski de fond et de découvrir un peu les environs, puisque quand je suis ici, je travaille pas mal tout le temps. J’ai vu des lièvres arctiques, une envolée de lagopèdes... » 

Malgré tout, il n’était pas question pour elle de laisser tomber ses patients du CSVM, une coopérative de santé rurale située à Ayer’s Cliff qui accueille de nombreux patients sans médecin de famille. Elle a donc pris les arrangements nécessaires pour offrir un rendez-vous médical téléphonique de 30 minutes aux patients qu’elle devait voir pendant son « congé ». 

« Honnêtement, je n’avais jamais fait ça comme ça. C’est certain que l’internet passe par satellite ici et que c’est plutôt lent, surtout ces jours-ci, alors j’ai vécu quelques petites frustrations pour la consultation des dossiers médicaux, ce qui rallongeait les rendez-vous. Cela dit, ce n’était pas inintéressant. Je trouve même que c’est appelé à se développer. Je pense par exemple aux personnes âgées qui ont de la difficulté à trouver quelqu’un pour les apporter à leur rendez-vous. Ne serait-ce que pour essayer de réduire les déplacements, surtout dans ce contexte. C’est bon pour l’environnement aussi. Je pense que c’est une voie d’avenir de faire une partie du travail avec le téléphone », plaide la Dre Mercier. 

« Ça ne pourra pas être utilisé pour n’importe quel type de rendez-vous, mais ça peut servir pour réviser les habitudes de vie, faire des enseignements au sujet de l’alimentation et de l’exercice, prescrire certaines médications, renouveler des prescriptions et faire des suivis de santé mentale pour des patients en arrêt de travail, renchérit-elle. L’examen physique demeure cependant important. » 

Un patient de la Dre Mercier qui a expérimenté cette approche, Terry Loucks, démontre une très grande satisfaction. Son rendez-vous téléphonique lui a permis d’obtenir une prescription pour soulager sa douleur chronique alors qu’il se trouvait bien isolé chez lui, en pleine forêt de Fitch Bay. 

« J’ai trouvé ça très original et c’était formidable, témoigne l’homme de 72 ans, qui n’a pas de médecin de famille. Ça a été très positif pour moi psychologiquement, et je le referais assurément. Je crois aussi que cette manière permet au patient de s’ouvrir beaucoup plus, seulement en communicant avec la voix. Dans le bureau du médecin, on voit le sarrau blanc et la pression monte. Là, j’étais chez moi, dehors au bord du lac. C’est réconfortant. » 

Dans le Nord

Le Centre de santé Tulattavik de l’Ungava couvrant sept villages éloignés le long de la baie d’Ungava, la Dre Mercier collabore régulièrement avec les infirmières des CLSC des différents villages pour pratiquer son métier à distance. 

« Ça a toujours été comme ça. Il n’y a qu’un médecin à temps plein pour les environs, sinon ce sont des médecins qui passent quelques jours dans les villages. Le reste du temps, ce sont des infirmières cliniciennes ou avec des formations particulières qui traitent les patients et qui nous expliquent au téléphone ce qu’elles voient. D’après leur description, on décide du plan de traitement. » 

D’ailleurs, le médecin spécialiste en santé publique de l’établissement, qui y a déjà exercé, œuvre à distance en direct du Texas, note la Dre Mercier. 

La région de la baie d’Ungava est « relativement épargnée pour l’instant », assure-t-elle.  

« Les gens se sont mis à respecter les consignes très rapidement. Je n’ai pas fait partie de ceux qui ont reviré l’établissement sur un dix cents, mais la manière dont tout a été adapté est vraiment impressionnante. De nouveaux départements ont été créés, notamment avec notre ancienne hôtellerie, qui a été déplacée dans l’hôtel du village. C’est en cheminement constant, on a l’avantage d’avoir le temps de se préparer et de s’adapter », dit-elle. 

La grande région sociosanitaire du Nunavik compte 14 cas confirmés de COVID-19 depuis le début de la crise. Cinq de ces 14 cas répartis dans trois communautés distinctes étaient guéris en date du 19 avril.  

La Dre Mercier doit rentrer en Estrie dimanche par le biais d’un vol nolisé. Elle devrait retourner en poste à Kuujjuaq le 7 juin prochain, après une période d’isolement volontaire à son domicile.