Copropriétaires du Wakamé Sushi et du Planète Poutine de Granby, Kevin Lefebvre et Jean-Philippe Lussier doivent travailler environ 70 heures par semaine chacun, faute d’avoir de l’aide.
Copropriétaires du Wakamé Sushi et du Planète Poutine de Granby, Kevin Lefebvre et Jean-Philippe Lussier doivent travailler environ 70 heures par semaine chacun, faute d’avoir de l’aide.

Des entreprises boudées par leurs employés

Après avoir été forcées de réduire, voire d’interrompre leurs activités, certaines entreprises tentent de reprendre du poil de la bête. Or, ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît quand des employés mis à pied refusent de retourner au travail.

Les copropriétaires des franchises Planète Poutine et Wakamé Sushi, Jean-Philippe Lussier et Kevin Lefebvre, travaillent actuellement environ 70 heures par semaine chacun, faute d’avoir de l’aide. «On n’a pas le choix», mentionne M. Lefebvre.

Les restaurants de la rue Robitaille roulent actuellement deux jours par semaine chacun, en alternance, du mardi au samedi. Seuls les services de livraison et de commande pour emporter sont offerts.

La demande de la clientèle étant à la hausse, les entrepreneurs, qui opèrent également un service de mets préparés, souhaiteraient ouvrir leur friterie cinq jours par semaine et leur restaurant de sushis, quatre jours.

«Dans l’idéal, on ouvrirait les deux restaurants à temps plein, vu la demande, mais on serait satisfaits d’ouvrir de quatre à cinq jours plutôt que seulement deux», précise leur associée Marie-Audrey Lussier. En congé de maternité depuis février, celle-ci continue de s’impliquer dans l’entreprise familiale, notamment en gérant les commandes virtuelles des deux restaurants.

«Je n’ai jamais travaillé aussi intensément!» lance-t-elle.

La réouverture totale des deux établissements semble impossible sans le retour au travail des employés mis à pied il y a quelques semaines. Or, plusieurs ont refusé de reprendre le collier, préférant demeurer à la maison tout en bénéficiant de la prestation canadienne d’urgence (PCU).

«On peut comprendre ce choix, indique M. Lussier. On embauchait surtout des étudiants pour des horaires de 15h à 20h par semaine, et là, ils touchent 2000$ par mois pendant un maximum de quatre mois.»

«Ils habitent pour la plupart chez leurs parents avec peu de comptes à payer, poursuit-il. Dans certains cas, ce sont les parents qui ne veulent pas que leur enfant revienne travailler, de peur qu’ils attrapent le coronavirus. On comprend tout ça, mais ça nous rend la tâche difficile.»

Actuellement, de 120 à 150 heures de travail sont à combler entre les deux restaurants pour atteindre une ouverture de cinq jours. «On en aurait encore plus à offrir si on ouvrait tous les jours», indique M. Lefebvre.

Les restaurateurs seraient loin d’être les seuls dans leur situation. Ceux-ci indiquent que le propriétaire de deux franchises d’une chaîne de restauration rapide a été contraint de cesser de servir des petits-déjeuners, faute de personnel pour assurer ce quart de travail. Notre tentative pour contacter ce franchisé est demeurée sans réponse.

Une reprise qui risque d’être difficile

Embaucher d’autres personnes pourrait être une solution, mais le bassin de candidats est limité, croient les entrepreneurs. «Avec toutes les subventions et le chômage, les gens sont mieux chez eux, croit M. Lussier. Il nous reste les travailleurs autonomes et ceux qui ne sont pas admissibles à la PCU.»

«Autrement, l’aide est prévue pour quatre mois et on ne sait pas si elle va être reconduite ensuite. Est-ce qu’on va devoir attendre tout ce temps-là avant de pouvoir ouvrir?» se questionne-t-il.

«L’économie ne repartira pas par magie, estime M. Lefebvre. Granby, comme les Cantons-de-l’Est, est un secteur où le tourisme et la restauration sont importants. Si on doit attendre après l’été, la reprise risque d’être très difficile. J’ai l’impression qu’il y aura plusieurs entreprises qui ne passeront pas à travers.»

«On a travaillé fort depuis trois ans pour monter nos restaurants: on espère juste qu’on sera pas obligés de tout recommencer à zéro à la fin de cette crise», complète Mme Lussier.

«Pas un problème généralisé»

Le directeur du développement industriel chez Granby Industriel, Éric Tessier, reconnaît que certaines entreprises doivent composer avec des travailleurs qui préfèrent vivre de la PCU en ce moment plutôt que de retourner en poste. «Là où les employés gagnent 13$ ou 14$ de l’heure, l’écart avec la PCU est moindre, donc les gens peuvent privilégier cette option. Ça a amené les employeurs à revoir leurs quarts de travail en raison de l’absentéisme de quelques employés. Mais ce n’est pas partout que les opérations sont paralysées. C’est quelque chose qu’on a constaté à certains endroits, mais ce n’est pas un problème généralisé», nuance-t-il.

D’autres facteurs expliquent également les réticences de certains travailleurs à retourner en poste pendant la crise, souligne M. Tessier, dont l’anxiété de contracter la COVID-19 et de contaminer sa famille et le fait de ne pas avoir de place en garderie.

Malgré tout, mentionne M. Tessier, d’autres entreprises, notamment dans le secteur industriel, ont plutôt offert une prime salariale aux travailleurs qui restent en place, ce qui leur a permis de poursuivre leurs activités sans trop de difficulté.

«On a beaucoup d’entreprises qui sont demeurées ouvertes pendant la crise, même avec du personnel réduit, soit parce qu’elles assuraient un service essentiel, soit parce qu’elles faisaient partie de la chaîne d’approvisionnement des services essentiels», poursuit le directeur.