Laura Gagnon-Tremblay et son père Pierre Tremblay participent à « l’effort de guerre » en effectuant la livraison de paniers d’épicerie à des personnes âgées de leur quartier.
Laura Gagnon-Tremblay et son père Pierre Tremblay participent à « l’effort de guerre » en effectuant la livraison de paniers d’épicerie à des personnes âgées de leur quartier.

[AU FRONT] La solidarité en héritage

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Lorsque le premier ministre François Legault et le directeur de la santé publique Horacio Arruda ont fait appel à la solidarité de tous les citoyens du Québec afin « d’aplatir la courbe » de propagation de la COVID-19, Pierre Tremblay et sa fille Laura Gagnon-Tremblay se sont tout de suite sentis interpellés.

Conscients des limites de chaque citoyen face à l’effort collectif que requiert la pandémie, Pierre Tremblay s’est donné pour mission de venir en aide aux aînés de son quartier en livrant à leur domicile les paniers d’épicerie qu’ils auront pris la peine de commander par téléphone.

Pour l’aider dans sa démarche, outre sa fille, le conseiller municipal sherbrookois s’est tourné vers le Groupe des 100, formé de concitoyens qu’il consulte régulièrement dans le cadre de ses fonctions d’élu municipal. La réponse fut à la hauteur des attentes.

Grâce à eux, depuis le début de la pandémie, des dizaines de personnes âgées reçoivent leurs paniers d’épicerie à la maison, sans avoir à se soucier d’enfreindre les règles liées au confinement.

Q  Expliquez-nous d’où est partie cette initiative?

R  Cela a commencé avec le Groupe des 100, un groupe de citoyens qui travaille avec moi, qui me donnent leur opinion sur différents dossiers politiques à Sherbrooke. À partir de là, on s’est demandé ce qu’on pourrait faire comme « effort de guerre » étant donné que la plupart des bénévoles sont déjà des personnes âgées. On s’est dit qu’on pourrait leur venir en aide à leur tour. Et ce qu’on a retenu comme initiative, c’est de faire leur marché et de leur livrer directement leur panier d’épicerie à la maison. C’est ce qu’on fait, ma fille et moi, avec l’aide de cinq ou six autres bénévoles. On se partage la tâche, à raison de cinq à dix livraisons chaque jour.

Q  Quel impact a eu cette initiative dans votre quartier?

R  Cela a eu deux types d’impact. D’abord, les gens sont extrêmement reconnaissants du fait qu’ils peuvent ainsi recevoir leur épicerie et avoir accès à des produits frais et à tout ce qu’ils ont envie de manger pendant la période de confinement.

Ensuite, on sent que ça leur fait du bien de voir des gens lorsqu’on arrive avec leur épicerie. On peut rester quelques minutes à jaser avec eux tout en respectant, évidemment, les consignes de distanciation sociale. On s’informe d’eux, s’ils vont bien, etc. On voit qu’ils sont bien heureux de pouvoir parler à des gens de l’extérieur.

Q  Que souhaiteriez-vous laisser de cette initiative dans votre quartier une fois la pandémie passée?

R  Je dirais l’entraide. Ça vaut la peine de pouvoir rendre service aux gens. Certains citoyens sont confinés, non seulement à cause de la COVID-19, mais souvent pour des raisons personnelles ou de santé. L’entraide nous amène à réaliser que, comme être humain, on a tous besoin les uns des autres dans la société dans laquelle on vit.

Il ne faut jamais oublier que les gens âgées, que ce soient nos parents, des membres de notre famille ou encore des amis, ont besoin des plus jeunes qu’eux. On leur doit bien ça. Ce sont eux qui bâti la société dans laquelle on vit. Il faut donc être plus près d’eux. On a vu depuis le début de la crise à quel point ils ont été laissés à eux-mêmes. Donc, si on a des voisins plus âgés, il ne faut leur porter une attention particulière, leur demander comment ça va, leur demander si on peut les aider, etc. En assurant une présence auprès d’eux on leur procure en même temps une certaine sécurité.

Sur le plan plus personnel, ce que je retiens de cette expérience-là, c’est qu’elle m’aura permis de passer de bons moments avec ma fille à chaque fois que nous avons eu à effectuer des livraisons. Je suis très heureux de voir qu’elle a cette sensibilité à vouloir aider les autres, elle aussi.

Et pour elle, comme elle aura bientôt 17 ans, et qu’elle est sur le point d’obtenir son permis de conduire, cela lui aura permis de pouvoir conduire l’auto de papa plus souvent…