Paramédic depuis 17 ans, Jean-Philippe Guyon et ses collègues assurent un service de première ligne en cette crise de COVID-19 en intervenant auprès des patients.

[AU FRONT] Jean-Philippe Guyon, paramédic: «On est des acteurs de première ligne»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l'arrêt d'un nombre incalculable d'activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Paramédic depuis 17 ans et superviseur au sein de l’entreprise ambulancière Dessercom à Granby, Jean-Philippe Guyon est au cœur de l’action. En carrière, il n’a jamais vécu une crise de l’ampleur de celle de la COVID-19 qui frappe présentement le monde entier. Ses collègues de travail et lui sont sur la ligne de front. Malgré l’inquiétude et la peur, ils gardent le moral et sont prêts à intervenir auprès de la population.

Q À quoi ressemble le quotidien des paramédics depuis le début de la crise?

R C’est un peu de peur et d’insécurité. Avec tout ce qui se passe, c’est de l’inconnu pour tout le monde. Notre quotidien, c’est d’arriver chez des patients qui ne diront pas la vérité pour ne pas se faire juger. Notre quotidien, c’est aussi des protocoles qui peuvent changer toutes les 15 minutes. 

Q Quelles tâches ont changé depuis la pandémie de la COVID-19?

R L’entretien des camions, des équipements. La désinfection. Il y en a plus. Nos façons de faire ont changé. C’est du nettoyage par-dessus du nettoyage pour s’assurer que tout soit propre pour le prochain patient. Et pour nous. On a maintenant un questionnaire à remplir à deux mètres du patient. Une fois que c’est fait, on peut intervenir de façon plus adéquate. Quand on arrive à l’hôpital, si on a des cas possibles, on appelle le personnel pour l’aviser. De là, ils vont enclencher leur protocole. Quand ils sont prêts, on amène le patient dans une aire conçue pour les accueillir. Entre nous, les paramédics, on s’observe. C’est comme un pompier qui entre dans une maison en flammes qui surveille ses collègues. C’est un travail d’équipe.

Q La situation actuelle vous rappelle-t-elle d’autres événements semblables à celui que nous sommes en train de vivre?

R On a eu le H1N1 et le SRAS. Ça ne nous avait pas trop, trop touchés, mais quand même. On était prêts. On avait ces protocoles-là. On a eu l’Ebola aussi. Au niveau de l’ampleur, c’est différent. Cette fois-ci, on est vraiment dedans. Dans la population, c’est l’effet du petit grain qui se promène et qui touche à l’autre petit grain et ça se multiplie. 

Q En tant que professionnel du milieu préhospitalier, quel est le sentiment que vous éprouvez au fait d’être au front pour aider la population?

R On est des acteurs de première ligne. C’est nous qui allons chercher les patients à la maison. C’est nous qui allons donner les conseils. On commence aussi à faire des interventions auprès de personnes en détresse psychologique. Elles ont peur. Je ne sais pas où on s’en va dans cette crise-là, mais on va peut-être en faire plus que ce qu’on fait en ce moment. Dans certains secteurs, en Ontario, ce sont les paramédics qui font les tests de dépistage. 

Q En tant que travailleur du domaine de la santé, quel message souhaiteriez-vous faire parvenir à la population pour minimiser les risques de propagation?

R Premièrement, c’est d’écouter les consignes du premier ministre et du docteur Horacio Arruda. C’est très judicieux de le faire. Moins il y a de monde qui va se promener, plus longtemps les gens vont rester à la maison, moins le virus va se propager. Quand un patient nous sollicite, il doit dire la vérité. Autant au 911 qu’au moment où on arrive. Il faut utiliser les consignes de base de nettoyage, de désinfection à la maison et minimiser les déplacements. Ça va aider énormément. Il faut faire ce que le gouvernement nous dit de faire pour réussir. 

Q Est-ce qu’il y a une image qui décrit ce que vous vivez en ce moment?

R La solidarité. Beaucoup de gens nous encouragent. Des restos viennent nous donner des repas gratuits. Ils sentent qu’on travaille fort, qu’on fait beaucoup d’heures. Granby est l’un des secteurs très touchés. 

Q Qu’est-ce qu’on va apprendre de la pandémie actuelle?

Notre quotidien va changer. Sur le plan sanitaire, ça va beaucoup changer, et ce, dans tous les domaines. On va prendre beaucoup plus de précautions.