Gilles Matteau est un entrepreneur en construction.
Gilles Matteau est un entrepreneur en construction.

[AU FRONT] Changements multiples dans la construction

Le déconfinement progressif ramène au boulot des travailleuses et travailleuses de plusieurs secteurs. Mais la COVID-19 a changé leur travail. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux dont le métier ne sera plus jamais vraiment pareil.

TROIS-RIVIÈRES — Gilles Matteau travaille dans le secteur de la construction depuis 32 ans. Le président de l’entreprise familiale Construction Julien Matteau et Fils 2007 de Trois-Rivières confie que les mesures sanitaires résultant de la COVID-19 forcent le milieu à changer ses habitudes non seulement ce qui a trait au travail sur les chantiers, mais aussi lorsque vient le temps de rencontrer des clients.

Q  À quoi ressemble votre quotidien, comparativement à il y a un an?

R  C’est sensiblement pareil, mais avec les mesures d’hygiène, ça prend plus de temps. On doit désinfecter les outils, ça prend 20 minutes à la fin de chaque journée. On se lave les mains avant de commencer la journée avec des outils qui sont déjà propres. On porte aussi un masque, surtout dans des projets de rénovation d’une salle de bain ou d’une cuisine, car il y a plusieurs corps de métier qui se côtoient. La distanciation est plus facile à gérer sur un chantier en démarrage de construction neuve. C’est plus facile qu’en rénovation. On touche les choses au minimum et on garde nos distances.

Q  En quoi l’épidémie a-t-elle changé les choses dans le monde de la construction?

R  Pour l’entreprise, il y a des frais pour la désinfection. Il faut fournir les gels, les masques, mais c’est mieux que passer l’été à ne rien faire. Ça entraîne une perte de temps. Mais ça amène les plus vieux entrepreneurs à se mettre à jour pour les commandes par internet. Le but est de passer moins de temps dans les magasins de matériaux de construction. On passe quand même, mais on prépare les commandes à l’avance et la facture est déjà dans la cour à bois. Ça demande un peu plus de planification, mais par contre, ça ne demande pas plus de temps. On va même en sauver. C’est une façon différente de procéder. Et pour le contact avec le client, ça se fait par internet, en vidéo-conférence. C’est plus compliqué au départ. Au bout du compte, ça va être avantageux pour tout le monde. Avant, je rencontrais les clients à mon bureau ou des fois chez eux. J’aime une rencontre face à face pour le premier contact. Pour l’instant, c’est impossible. Ça va revenir, mais avec le port du masque et la distance minimum. Mais les clients sont à l’aise avec la vidéo-conférence. Ils comprennent bien.

Q  Quelles ont été les réactions des travailleurs de la construction lors du retour au travail? Étaient-ils craintifs?

Je n’ai pas eu de commentaires des employés ou d’autres entrepreneurs concernant des craintes. Tout le monde fait attention. Quand il y a beaucoup d’employés sur un chantier, on porte un masque. Les gens sont à l’aise avec ça. C’est sûr que, quand il va faire 32 degrés, ce sera plus chaud! Avec la reprise de la construction dans le secteur résidentiel, on a eu la preuve que ça s’est bien passé.

Q  Quelles sont vos appréhensions concernant le marché?

R  Selon moi, le marché va ralentir. Les gens sont plus craintifs. J’avais approché des gens pour de bonnes rénovations, mais maintenant, c’est mis sur la glace. Les gens ne sont pas sûrs de travailler toute l’année. C’est tout à fait normal. Je n’ai aucun doute qu’il y aura un impact, mais je n’ai pas idée de l’ampleur. Les gens vont peut-être reporter des projets d’un an. On va voir comment va se régler la pandémie. C’est une chaîne. On voit le ralentissement. Mais j’ai trois employés à mon entreprise et je n’ai coupé personne.

Q  Avez-vous un message à lancer à la population?

R  La qualité de la construction va demeurer. La pandémie a mis beaucoup de contrats en retard. On fait plus d’heures pour récupérer le temps perdu. On peut entrer un samedi, étirer les journées. Mais ce n’est pas parce qu’il y a une pandémie que la construction sera moins bien exécutée. Ça ne change rien dans la qualité du travail. Les entrepreneurs sont habiles pour prendre les mesures afin de rassurer leurs clients. Je ne peux pas garantir que des entrepreneurs ne feront pas un moins bon travail. Mais quelqu’un qui fait ça ne dure pas longtemps dans le milieu.