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Au front

[AU FRONT] Pierre Paquin, bénévole à la Saint-Vincent-de-Paul: continuer de penser aux autres

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) poursuivent une série de portraits de ceux pour qui il n’y a pas d’isolement à la maison. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Avec raison, on parle beaucoup des travailleurs de la santé, des commis d’épicerie, des camionneurs et des préposées dans les résidences pour personnes âgées, pour ne nommer que ceux-là, qui sont littéralement sur la ligne de front de cette pandémie. Mais il y a aussi de nombreux bénévoles qui, dans l’ombre, poursuivent leur mission d’aider les autres, et ce, tout à fait gratuitement. C’est le cas de Pierre Paquin, un bénévole de longue date de la Saint-Vincent-de-Paul de Chicoutimi, qui voit de quelle façon cette pandémie affecte les plus démunis. Humble et réservé, l’homme a accepté de répondre à nos questions, dans le cadre de la série Au Front.

Actualités

[Au Front] Vincent Bossé, chauffeur de taxi : essentiel, mais peu d’appels

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) poursuivent aujourd’hui une série de portraits de ceux pour qui il n’y a pas d’isolement à la maison. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Vincent Bossé est chauffeur de taxi, un travail jugé essentiel. Mais les temps sont difficiles pour ses collègues et lui, car le nombre d’appels a chuté drastiquement depuis la pandémie, une grande portion de la population ne travaillant pas et le gouvernement incitant chacun à demeurer à la maison. Pour survivre, les chauffeurs de taxi font des livraisons d’épicerie et de médicament. Mais l’inquiétude est grande face à l’avenir.

Q Comment votre travail a été transformé par la COVID-19?

R On a une perte de revenus incroyable. Je dirais que j’ai perdu entre 75 et 80 pour cent de mon chiffre d’affaires. Ça, c’est par jour et en plus on travaille juste une journée sur deux maintenant. 

Le temps d’attente entre les appels est effrayant. Alors qu’habituellement, les appels peuvent se succéder un après l’autre, présentement je peux attendre une heure, deux heures, même trois heures avant d’avoir un appel.

Lorsque les gens reçoivent leur chèque d’aide sociale ou de pension de vieillesse, on voit une légère augmentation, mais ça rien à voir avec le volume d’appels qu’on reçoit en temps normal. Avant, j’engageais un chauffeur pour être dans mon taxi quand je n’y étais pas. J’ai dû le congédier, car ça ne vaut plus la peine.

En même temps, les gens qui n’ont pas de voiture doivent pouvoir aller à l’épicerie, à la pharmacie et à l’hôpital. J’ai reconduit quelques personnes au centre hospitalier, mais personne encore qui s’en allait se faire tester pour la COVID-19.

Mais il y a beaucoup moins de personnes âgées, évidemment, et les transports adaptés ont été réduits à néant quasiment.

On est inquiet, car les paiements n’arrêtent pas, eux. J’espère que la crise ne dura pas six mois. L’aide gouvernementale, s’il y a aide, sera la bienvenue. Mais je te garantis qu’il y en a qui ne survivront pas.

Q Quelles mesures avez-vous prises pour vous protéger?

R Je ne prends pas de chances, j’ai toute une procédure de désinfection autant pour les clients et mon taxi que pour moi. J’ai installé un panneau de lexan, c’est comme un acétate mais c’est plus épais, dans mon taxi pour me séparer de mes clients. Ça évite toute projection, par exemple, dans le cas où un client éternuerait. Je désinfecte aussi mon taxi en entier entre chaque client. Le désinfectant sent fort et ça pogne un peu dans la gorge. C’est pas l’idéal, mais j’aime mieux que ce soit dur sur la gorge que me ramasser dans un lit d’hôpital. Et mes clients se sentent protégés.

Évidemment, j’encourage fortement les gens à payer par PayPass. Mais s’ils paient en argent comptant, papier ou monnaie, je le mets dans un pot et je désinfecte le tout au savon à vaisselle en arrivant à la maison.

Je suis aussi pompier, alors je suis sur deux fronts en même temps. Et ma conjointe est secrétaire médicale à l’hôpital, alors des fois au lieu de se demander si on attrapera le virus, on en vient à se demander : c’est quand qu’on l’attrapera. Mais on tente de réduire les risques au maximum. Je ne me suis jamais autant lavé les mains et je n’ai jamais utilisé autant de Purell de toute ma vie.

Q Vos clients vous parlent de la pandémie?

R C’est certain. C’est le sujet de l’heure alors tout le monde parle juste de ça. Tout le monde est inquiet et mon rôle est de les rassurer en prenant toutes les mesures d’hygiène possibles pour que mon taxi soit sécuritaire et ne permette pas la transmission de la pandémie.

C’est vraiment pas une belle période pour les chauffeurs de taxi, mais c’est vraiment pas une belle période pour tout le monde. Je parle pour ma paroisse, mais c’est la même chose pour ceux qui ont des boutiques ou des restaurants, par exemple.

Q Comment vous sentez-vous par rapport à cette situation jamais vécue?

R En fait, j’en suis pas à ma première épidémie, car j’ai travaillé quelques années en République démocratique du Congo comme chef de district aux incendies pour les Nations Unies pendant l’éclosion de l’Ebola. J’en ai vu d’autres et je suis encore vivant aujourd’hui. J’ai déjà eu la malaria, j’ai aussi attrapé d’autres parasites. Les mesures sanitaires et les fameux ennemis invisibles, je suis habitué. Au Congo, les mesures sanitaires étaient sévères. Les Nations Unies ne pouvaient pas se permettre de perdre du temps dans un pays en guerre. Mais jamais je n’aurais pensé que le Québec serait touché par ce genre de phénomène. La COVID-19 n’était pas nécessaire. Mais on garde la tête froide et on va travailler fort pour passer au travers.

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[AU FRONT] Patricia Rainville, journaliste: journalisme, pandémie et hypocondrie

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) poursuivent une série de portraits de ceux pour qui il n’y a pas d’isolement à la maison. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Bien qu’ils ne soient pas en première ligne, comme le personnel de la santé et les travailleurs des services d’urgence, les journalistes continuent d’effectuer leur travail afin que la population soit le mieux informée possible. Les journalistes et les photographes restent aux premières loges de cette pandémie qui frappe actuellement le Québec. Dans le cadre de la série Au front, la journaliste du Quotidien et du Progrès Patricia Rainville explique comment se déroulent ses journées et comment elle arrive à gérer la situation comme personne anxieuse et hypocondriaque.

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[AU FRONT] Patrick Kenney, policier: «C’est un privilège»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopération nationale de l’information indépendante amorcent aujourd’hui une série de portrait de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison, ni télétravail. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Patrouilleur pour le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) depuis 2012, Patrick Kenney ne le cache pas: la crise de la COVID-19 à laquelle nous sommes tous actuellement confrontés est un «événement qui met au défi les autorités policières», sachant que son travail est en constante évolution. Le père de quatre adolescents, qui doit concilier travail et famille puisqu’il est en autopatrouille autant le jour, le soir que la nuit, a également oeuvré comme policier à la Sécurité publique de la MRC des Collines-de-l’Outaouais puis comme patrouilleur en vélo à l’Université d’Ottawa. 

Q Jusqu’à quel point votre quotidien de policier a changé depuis le début de la crise?

R Oui, en ce sens où il y a un peu moins d’activité, moins de trafic sur les routes. La majorité des commerces sont fermés aussi, alors il y a évidemment une diminution du nombre de vols à l’étalage. Le nombre d’appels a beaucoup diminué également, la majorité des gens respectent les consignes d’isolement. Par contre, dans les derniers jours, il y a eu une hausse du nombre d’appels liés à des dénonciations.

Q On nous a soufflé à l’oreille que vous avez eu une initiative personnelle au tout début de la crise pour donner un coup de pouce à vos collègues. Laquelle?

R En discutant avec un collègue de travail au sujet des emplois des services essentiels, parce que dans son cas, sa conjointe est paramédic et ils ont de jeunes enfants, je lui ai dit que les miens étaient grands et qu’on pourrait aider. De là m’est venue l’idée de s’entraider pour le gardiennage, parce qu’ils n’étaient pas seuls dans ce bateau-là. Ma fille a créé une page Facebook, avant que le gouvernement n’annonce qu’il y aurait des services de garde d’urgence (NDLR: qui ne sont pas ouverts le soir et la nuit, quarts de travail possibles pour les policiers, par exemple). Ce n’est donc plus très populaire, mais ça pourrait continuer dans le futur (après la crise), ne serait-ce que quand certains veulent une gardienne, car ils veulent faire une sortie de couple.

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[AU FRONT] Émilie Jacques, préposée aux bénéficiaires en chirurgie: «On a un rôle important à jouer»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l'arrêt d'un nombre incalculable d'activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Les effectifs du réseau de la santé mènent un combat de tous les instants pour éviter la propagation du coronavirus, cet ennemi invisible et sournois qui sévit à travers le globe. La préposée aux bénéficiaires Émilie Jacques fait partie de ces professionnels de la santé qui se dévouent depuis des semaines pour le bien de la communauté. En 15 ans dans le département de chirurgie à l’Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP), jamais elle n’a affronté pareille crise sanitaire.

Actualités

La distillerie Beemer, du comédien Jeff Boudreault, se lance dans le désinfectant pour les mains

Le désinfectant pour les mains Pur Boréal fabriqué par la Distillerie Beemer de Roberval sera en vente dès la semaine prochaine. L’entreprise a reçu l’aval de Santé Canada afin de commercialiser son produit.

Au cours des dernières semaines, la Distillerie Beemer de Roberval a changé ses plans. L’équipe qui travaillait au développement d’une vodka a mis le projet de côté pour se concentrer sur la fabrication d’un désinfectant pour les mains.

COVID-19

Une équipe d’enquêteurs lutte contre la pandémie en Estrie

PRIMEUR / Le nombre de personnes infectées ne cesse d’augmenter en Estrie. Il y avait 329 personnes testées positives à la COVID-19 lundi en début d’après-midi, un bond de 33 personnes de plus par rapport à dimanche. Le nombre de cas identifiés à Sherbrooke est passé de 95 cas dimanche à 113 personnes infectées lundi.

L’Estrie demeure la deuxième région la plus touchée au Québec après la Ville de Montréal.

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Tout près d'une centaine de cas à Sherbrooke

COVID-19: trois nouveaux décès et fermeture les dimanches

Or la situation pourrait être bien plus grave encore sans l’équipe d’une centaine de personnes passionnées - médecin, infirmières et autres professionnels - travaillant à la Direction de la santé publique de l’Estrie. Depuis deux semaines, cette équipe est très fortement sollicitée.

« Je ne sais plus ce que c’est d’avoir du temps libre », clame la Dre Mélissa Généreux, médecin-conseil à la direction de santé publique de l’Estrie et professeure agrégée à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.

La Dre Généreux tient à mettre en valeur tous les membres de cette équipe tissée serrée et qui traverse en même temps une dure épreuve : celle de voir près de la moitié de ses membres frappés le coronavirus en même temps qu’ils cherchent tous et toutes à en freiner la propagation (voir l’écran suivant).

« En santé publique, nous avons un rôle ingrat dans le sens où on travaille en prévention. Les gens n’entendent pas parler de nous si on fait bien notre travail, parce qu’on prévient des situations. C’est encore le cas plus que jamais avec nos enquêtes », explique Dre Généreux.

Pour comprendre le travail de son équipe, prenons un cas concret.

« Quand on reçoit un test positif du laboratoire, nous appelons la personne testée positive. La question fondamentale, c’est : où tu l’as attrapé? Dans les premiers jours, c’était facile, les gens revenaient tous de voyage. Mais si les gens ne le savent pas, c’est là que notre enquête est la plus importante. Ont-ils été dans une fête, un rassemblement, dans une école, un hôpital, habitent-ils tous dans la même rue, vont-ils à la même pharmacie? » 

Comme les enquêtes se font encore principalement sur des dossiers papier, il fallait quelqu’un pour relire les enquêtes et tenter de faire des liens entre chacune d’entre elles. C’est ce rôle critique qu’occupent maintenant la Dre Généreux et son collègue Dr Guillaume Vandal. « On est ceux qui étudient les dossiers de tous les enquêteurs pour avoir une vision globale. Ça prend une capacité à avoir la tête pleine d’informations et à faire des liens entre toutes ces infirmations », ajoute-t-elle.

Elle donne l’exemple d’une fête de famille à Racine qui réunissait de nombreuses personnes. Un seul voyageur porteur du coronavirus a infecté plusieurs personnes de sa famille. Cette seule célébration familiale a entraîné une vingtaine de cas de coronavirus à Racine. 

Une de ces personnes nouvellement infectées a ensuite amené le virus dans une entreprise où il a infecté un travailleur qui, lui, a visité sa mère dans une résidence pour aînés. C’est ce qui a mené à l’éclosion au Manoir Sherbrooke.

Un seul voyageur infecté peut donc être à l’origine de dizaines de cas de transmissions dans la communauté d’où l’importance de rejoindre toutes les personnes qui auraient pu être en contact avec chaque personne infectée.

« Pour chaque cas positif, on peut appeler des dizaines de personnes pour les aviser de se mettre en isolement et de surveiller les symptômes », indique la Dre Généreux.

Les liens entre ces deux éclosions étaient loin d’être évidents. C’est grâce aux enquêtes menées par l’équipe de la Santé publique de l’Estrie si l’histoire a pu être écrite aussi rapidement… sauvant certainement de nombreuses vies au passage.

 « C'est moi qui ai fait le lien entre les deux éclosions. Quand on fait un lien comme ça, le cœur se met à nous débattre. On arrête tout ce qu’on fait et on avise rapidement l’équipe en charge des milieux afin qu’on protège les résidents du Manoir et qu'on y ralentisse la propagation », explique-t-elle.

« Grâce à ça, on a pu tout de suite isoler tous les résidents correctement et prendre des mesures importantes très rapidement pour limiter la propagation dans la résidence. La situation aurait pu être beaucoup plus grave », soutient la Dre Généreux.

« Sans nos enquêtes, la situation serait probablement beaucoup plus catastrophique en Estrie. Mais on ne pourra jamais avancer de chiffres parce qu’on travaille en prévention », insiste-t-elle.

Car la médecin-conseil le constate : la COVID-19 est extrêmement contagieuse. « La preuve, c’est de voir la vitesse à laquelle elle s’est propagée dans notre équipe à la Santé publique, même si c’était parfois difficile de rester à deux mètres de nos collègues parce qu’on devait notamment partager des dossiers papier », ajoute-t-elle.

AU FRONT

[AU FRONT] Jean-François Deshaies, médecin d’urgence: de la bienveillance dans la tempête

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) poursuivent aujourd’hui une série de portraits de ceux pour qui il n’y a pas d’isolement à la maison. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

 Jean-François Deshaies fait partie d’une équipe d’environ 45 médecins d’urgence travaillant au CHUS Fleurimont et à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Dr Deshaies a participé au plan de contingence mis en place pour contrer la pandémie, il a formé des professionnels de la santé à intuber des patients dans un contexte où il y a risque de contagion, il a organisé une simulation in situ visant à tester et optimiser les processus établis. Il est aussi un des médecins qui ont été assignés à la tente de dépistage de la COVID-19.

Q  Comment votre quotidien a changé depuis la pandémie?

R  Avant que le gouvernement annonce la fermeture des écoles, on était en mode plan de contingence. Le niveau de stress était déjà augmenté et plusieurs réflexions étaient faites pour voir comment on allait réagir. Par exemple, on a envisagé de réduire les heures d’enseignement des médecins pour leur donner plus de temps aux urgences.

Je me suis aussi impliqué dans la formation des équipes qui auraient à traiter des gens infectés. Par exemple, il est important de savoir intuber un patient de manière à ce que ce soit sécuritaire pour le personnel médical. Parce que si on est infecté, ça peut être dangereux pour nous, individuellement, mais surtout pour nous, collectivement, car on peut être un vecteur de transmission et, si on a la COVID-19, on sera retiré du travail.

Les horaires avaient été modifiés récemment. Avant, il y avait toujours un médecin de garde qui devrait être disponible au cas où le médecin prévu à l’horaire ne puisse pas travailler. Maintenant, au lieu d’avoir une personne en backup, il y en a cinq.

Aussi, un médecin de l’équipe est assigné à la tente de dépistage et quatre autres uniquement à des tâches administratives à cause de la pandémie. Tout le monde doit travailler davantage et, le niveau de stress étant plus élevé, les heures travaillées sont plus exigeantes. Les informations changent de façon continue, on doit rester alerte alors même quand on est en congé à la maison, on n’est pas mal moins en congé que d’habitude.

Q  Quelle est la situation dans les urgences?

R  C’est plutôt tranquille pour le moment. C’est la fin de la grippe saisonnière. Les autres virus ne se transmettent pas en période d’isolement. Et les gens ont peur de venir à l’urgence alors ça limite une portion de la population qui parfois n’aurait pas besoin de venir aux urgences, mais qui a besoin de voir un médecin de façon semi urgente. Mais évidemment tout peut changer de jour en jour.

Q  Avez-vous eu peur d’être infecté en travaillant dans la tente de dépistage?

Je me suis senti bien protégé alors je n’ai pas eu particulièrement peur d’être infecté.

La tente est davantage un lieu de dépistage populationnel qu’une clinique médicale. Les gens se présentent s’ils ont les critères pour être dépistés. Si l’infirmière est inquiète de l’état de santé d’un patient, le médecin est présent pour l’examiner et décider si ce dernier est conduit à l’intérieur de l’hôpital pour d’autres examens. Le jour où j’étais sous la tente, j’ai fait entrer deux patients.

Q  Quel est l’état d’esprit du personnel médical?

La peur, la fatigue et le stress ont un impact sur notre comportement et c’est important de se souvenir qu’il faut s’entraider plutôt que, par exemple, faire un commentaire qui pourrait être blessant. C’est vrai pour tout le monde, incluant les médecins et tout le personnel médical.

J’aime l’image du bateau, son capitaine et l’équipage dans une tempête. Pendant la tempête, il faut s’unir et travailler dans le même sens. Ce n’est pas le temps de se demander comment on s’est ramassé dans la tempête. Quand on sera arrivé à bon bord, on fera des analyses pour comprendre et éviter que la situation se reproduise. Il y aura un avant et un après, tout le monde le dit. Je ne parle pas juste du système de santé, mais aussi de l’économie, des déplacements, des voyages.

Le message présentement est de rester souder pour amener le bateau à bon bord. On ne sait pas combien de temps la crise dura et on ne peut pas se permettre de perdre des gens à cause d’épuisement professionnel. Il faut prendre soin les uns des autres.

Q  Est-ce qu’il y aura du bon qui ressortira de cette crise?

Je crois que oui. Il y a plusieurs changements qui ont été effectués en accéléré et j’espère que certaines nouvelles pratiques seront maintenues. Je pense aux dossiers médicaux électroniques qui évoluent, aux consultations à distance rémunérées qui ont été permises et aux cliniques qui ont augmenté leurs visites à domicile. Il y a plusieurs changements qui seront bénéfiques pour les patients et idéalement, on devrait continuer ainsi après pour pas revenir en arrière. Avec des 24h d’attente aux urgences et des civières qui débordent dans les corridors. Je suis très fier des gens pour l’avancement des choses.

COVID-19

[AU FRONT] Luc Raymond, dg résidence pour aînés: «Pour le moment leur famille, c’est nous»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles et économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Luc Raymond est à la tête d’ÉKLA, l’une des résidences pour aînés du Groupe Maurice. Devant la crise du coronavirus, nombre de nouvelles mesures ont été mises en place pour protéger ces personnes parmi les plus vulnérables de la société. Avec passion en compagnie de son équipe d’une soixantaine d’employés, il veille sur les quelque 568 résidents qui ont vu leur quotidien se transformer au cours des dernières semaines. Une «nouvelle famille» pour ces gens qui, confinement oblige, se retrouvent à l’abri du virus… et des liens sociaux.

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René-Charles Quirion, journaliste : allié de la bonne information

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. Les médias de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) poursuivent une série de portraits de ceux pour qui il n’y a pas d’isolement à la maison. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Le rôle des journalistes en temps de crise est crucial et les records de lectorat des médias écrits le prouvent depuis le début de la pandémie. Le collègue René-Charles Quirion, journaliste à La Tribune depuis 1999, est passé du confinement à domicile à reporter sur le terrain. L’attente du résultat de test de sa fille qui avait séjourné au Guatemala a été longue, mais dès que la COVID-19 a été exclue du scénario familial, le journaliste aux faits divers est retourné dans l’action afin de vous informer de ce qui se passe dans la région de Sherbrooke. Sans que vous ayez à mettre le nez dehors.

Q    Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans cette ère sans précédent?

R    On perd nos repères. Le monde tourne au ralenti et les réflexes qu’on avait comme journaliste et comme citoyen sont chambardés du jour au lendemain. De façon surprenante, autant on est isolé socialement, autant on se rapproche sur le plan humain, que ce soit personnellement ou professionnellement. Je ne me suis jamais autant informé de comment mon entourage se portait. Et professionnellement, le fait que le palais de justice soit en pause, par exemple, me donne le temps de faire le tour de mon carnet de contacts pour voir comment la COVID-19 influence les organismes de la région. Je sens un retour aux valeurs humaines dans un contexte où la peur et l’anxiété sont bien présentes. 

Q    Comment votre travail de tous les jours est affecté par la pandémie?

R    Il n’y a plus de palais de justice, endroit où je passe normalement 75 % de mon temps, mais il y a encore des incendies, des vols, des arrestations. La semaine passée, le texte le plus lu localement a été celui concernant l’accident mortel sur la route 108 [à Saint-Romain près de Lac-Mégantic]. Les faits divers ont toujours intéressé les gens et la COVID-19 n’a pas changé cela. 

Par ailleurs, on travaille davantage en amont. Au lieu d’écrire sur les conséquences de la criminalité comme je le fais lorsque j’assiste à des procès, j’écris sur son origine. Par exemple, j’ai écrit sur l’impact de la pandémie sur la hausse appréhendée de la violence conjugale faite aux femmes. On a parlé de la hausse du stress financier ou autre et du confinement qui feront pression sur les ménages. J’écris aussi sur l’impact de la crise sur les itinérants. J’ai fait des entrevues avec le Service de police de Sherbrooke qui parle aussi davantage de prévention et d’éducation que de mesures coercitives.

Évidemment, on choisit les endroits où on se déplace, on tient le micro à bout de bras si on a des vidéos à faire. Je prends toutes les précautions nécessaires. Mais je passe beaucoup de temps aussi au téléphone à la maison. 

Q    Qu’est-ce que serait un monde sans médias dans un contexte comme celui dans lequel la planète est plongée présentement?

R    Un monde sans médias laisserait la place à un monde de rumeurs, de fausses nouvelles et de faits non vérifiés surtout dans ce contexte où les gens ont peur et les gens ont beaucoup de temps libres. C’est primordial ces jours-ci de s’informer à des sources fiables et crédibles et je dirais aussi que c’est important de multiplier les sources, surtout quand les sources officielles, comme c’est le cas aux États-Unis, ne sont pas toujours fiables.

Une rumeur peut propager de la panique qui n’est pas nécessaire ou souhaitable.

De façon générale, on est les alliés des messages de santé publique que le gouvernement souhaite transmettre à l’ensemble de la population et en même temps, on est les porte-parole de la population qui a des craintes et des questions et qui n’a pas toujours accès aux grands décideurs. On peut relayer ces interrogations aux décideurs afin que la bonne information soit diffusée. 

Q    Sentez-vous l’importance de votre mission?

R    Oui et je le dis au nom de tous mes collègues de tous les médias. Chacun apporte son angle et c’est important. En même temps, j’aimerais répéter l’importance de tous les gens qui sont en première ligne que ce soit le personnel médical, les policiers, les ambulanciers qui sont susceptibles de travailler directement en contact avec des gens infectés. Comme journaliste, c’est un privilège de raconter leur histoire et de rapporter tous les efforts déployés par ces travailleurs qui sont des héros.

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[AU FRONT] Marie-Karlynn Laflamme, de l'UQAC: la communication, le nerf de la guerre

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles, économiques. La Coopérative nationale de l’information indépendante vous propose une série de portraits de ceux qui doivent garder le fort, malgré la crise qui chamboule tout le monde. Des héros du quotidien de plusieurs secteurs d’activités, qui demeurent en poste malgré un Québec qui est en pause.

La directrice du Service des communications et des relations publiques à l’Université du Québec à Chicoutimi, Marie-Karlynn Laflamme, n’a pas quitté son poste depuis le début de la crise, à la mi-mars. Bien que le milieu de l’éducation soit, lui aussi, sur pause, la relationniste travaille de 7h30 à 22h, histoire de répondre à toutes les demandes, autant de la part des médias que de la population universitaire. Et, selon elle, la communication reste le nerf de la guerre.

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[AU FRONT] Jean-Philippe Guyon, paramédic: «On est des acteurs de première ligne»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l'arrêt d'un nombre incalculable d'activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Paramédic depuis 17 ans et superviseur au sein de l’entreprise ambulancière Dessercom à Granby, Jean-Philippe Guyon est au cœur de l’action. En carrière, il n’a jamais vécu une crise de l’ampleur de celle de la COVID-19 qui frappe présentement le monde entier. Ses collègues de travail et lui sont sur la ligne de front. Malgré l’inquiétude et la peur, ils gardent le moral et sont prêts à intervenir auprès de la population.

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[AU FRONT] Yves Morin, camionneur: «Ça a changé la dynamique»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l'arrêt d'un nombre incalculable d'activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l’information indépendante publient une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui montent la garde dans nos vies chamboulées.

Le transport de marchandises représente un rouage majeur dans l’économie du pays et une façon éprouvée d’avoir accès à une longue liste de produits. Yves Morin, 52 ans, compte près de 20 ans d’expérience comme camionneur, dont les trois dernières à l’emploi de la compagnie drummondvilloise Bourret International. Ce résident de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, en Mauricie, est à même de constater que la COVID-19 a créé des changements importants dans son travail, du jamais-vu dans sa carrière.

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[AU FRONT] Georges Tadi, propriétaire de dépanneur: « Le quartier a besoin de nous »

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l'arrêt d'un nombre incalculable d'activités sociales, culturelles, économiques. Les journaux de la Coopérative nationale de l'information indépendante amorcent aujourd'hui une série de portrait de ceux pour qui il n'y a ni isolement à la maison, ni télétravail. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

S’il y a une entreprise qui est près de ses clients, c’est bien le dépanneur de quartier. Commerce de proximité par excellence, on y vient pour un litre de lait, un pain, quelques litres d’essence ou, parfois, juste pour une jasette avec le proprio au gré d’une marche dans les rues du quartier. Georges Tadi est ce genre de commerçant. 

Physique imposant, mais toujours le beau « bonjour » quand on entre dans son dépanneur Bonisoir du boulevard La Gappe, à Gatineau, Georges embauche huit personnes et il en a long à dire sur cette crise de la COVID-19 qui frappe la planète.

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[AU FRONT] Jennie Boutet, infirmière: «Nous avons l’impression d’aller à la guerre»

Partout, des travailleurs et travailleuses sont au front malgré l’arrêt d’un nombre incalculable d’activités sociales, culturelles et économiques. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante amorcent aujourd’hui une série de portraits de ceux pour qui il n’y a ni isolement à la maison ni télétravail. Ces héros du quotidien qui tiennent le fort dans nos vies chamboulées.

Les «anges gardiens de la société» comme les surnomme le premier ministre, François Legault, depuis le début de la crise sont à même de constater l’étendue de la situation sur le terrain. Jennie Boutet fait partie de ces nombreux professionnels de la santé qui se relaient pour le bien commun. À 44 ans et une vingtaine d’années d’expérience derrière elle, l’infirmière clinicienne aux soins intensifs pédiatriques du Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL) a été témoin de toutes sortes de situations. Or, elle qualifie la crise de la COVID-19 comme l’une des plus difficiles qu’elle aura eu à vivre dans sa carrière. 

Q  Depuis le début de la crise, à quoi ressemble votre quotidien à l’hôpital?

Pour l’instant les soins aux patients n’ont pas changé. Nous sommes tous un peu sur le qui- vive. Les inquiétudes du personnel sont palpables, l’ambiance fébrile, mais nos gestionnaires et l’équipe de prévention des infections nous gardent au courant presqu’en temps réel et assistent à plusieurs rencontres par jour. En arrière-scène par contre, une importante équipe se mobilise à une vitesse extraordinaire afin que nous soyons prêts pour l’éventuelle crise. Naturellement, ayant à être au front, il reste quand même une anxiété face à l’inconnu et nous craignons d’être contaminés ou d’être vecteurs pour nos enfants et conjoints. 

Q  Est-ce que la situation actuelle vous rappelle d’autres événements semblables à celui que nous sommes en train de vivre? 

R  Ayant vécu le SRAS et la H1N1, nous pouvons dire que la préparation était semblable, mais jamais la situation n’a été aussi inquiétante. Le SRAS ne s’est pas rendu jusqu’à nous et la H1N1 a été contrôlée par la vaccination massive de la population. Ce qui est inquiétant avec la COVID-19, c’est que la seule façon de contrôler sa propagation repose sur la bonne foi de la population et sa volonté de respecter les consignes mises en place.

Q  En tant que professionnelle de la santé, quel sentiment éprouvez-vous face au fait d’être au front pour aider les gens? Le premier ministre, François Legault, vous qualifie d’«anges gardiens de la société», comment vous qualifieriez-vous en ces temps de crise?

R  Pour la première fois de ma carrière, j’observe que mes collègues et moi sommes inquiets pour notre propre santé. Nous avons vraiment l’impression d’aller à la guerre. Les gens ne respectent pas toutes les règles. Plus il y a de malades, plus le risque est grand pour nous. Nous avons peur de tomber au combat et ne pas pouvoir donner les soins nécessaires à tous les patients pendant cette pandémie. Nous avons vraiment besoin de l’appui de la population en ce moment. Si tout le monde respecte les consignes, ça va faire une énorme différence. 

Je me qualifie comme une infirmière dévouée qui va faire son travail du mieux qu’elle peut jusqu’au bout, en espérant que nous passions tous à travers de cette crise sans trop de dommages. Je suis une humaine, une maman, une belle-maman, une conjointe, une sœur, une fille, une amie et malgré mon choix de carrière que j’adore, je n’ai jamais demandé d’aller à la guerre et ma famille non plus. C’est le respect des consignes par la population qui va me permettre de faire mon vrai travail : soigner et sauver les gens.