Après le plan d’aide de 753 millions $ dévoilé en juin, cette étape supplémentaire aidera à «préserver l’attractivité et la capacité d’accueil», affirme la ministre du Tourisme, Caroline Proulx.
Après le plan d’aide de 753 millions $ dévoilé en juin, cette étape supplémentaire aidera à «préserver l’attractivité et la capacité d’accueil», affirme la ministre du Tourisme, Caroline Proulx.

Tourisme: 65,5 M$ de plus, dont 38 M$ aux hôtels

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Le gouvernement Legault décaisse 65,5 millions $ de plus pour soutenir le milieu touristique. La plus grosse part revient aux hôtels, 38 millions $, tandis que le reste va à la relance. Et pas question de prêts, ici, mais bel et bien  de subventions directes.

Cette somme annoncée dans la mise à jour économique publiée jeudi dernier, par le ministre des Finances, a été détaillée par la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, mercredi.

Tout en précisant d’entrée de jeu que «la priorité collective demeure de sauver des vies» et «d’éviter une surcharge du système de santé», la ministre Proulx insiste reconnaître «l’ampleur des effets de la crise pour le secteur touristique».

Après le plan d’aide de 753 millions $ dévoilé en juin, cette étape supplémentaire aidera à «préserver l’attractivité et la capacité d’accueil», affirme Mme Proulx.

Pas les grands hôteliers

La part revenant à l’hébergement, 58 % du montant, s’adresse aux établissements comptant de 4 à 299 chambres. La ministre précise que 96 % des quelque 1400 hôtels du Québec abritent moins de 200 chambres.

Ce nouveau coup de pouce touche donc la vaste majorité des pourvoiries, gîtes, motels et hôtels. Même ceux qui appartiennent à de grandes entreprises aux intérêts diversifiés ou à des consortiums internationaux.

«Ce sont souvent des opérateurs québécois et ce sont des employés québécois qui travaillent dans ces endroits. Il est important de soutenir l’industrie touristique, ses opérateurs et l’ensemble de gens qui travaillent dans les hôtels du Québec», justifie la ministre Proulx, qui plaidait pourtant contre une aide universelle et indifférenciée, début octobre.

Elle a quand même séparé les grands hôteliers du lot, ces mégahôtels étant plus propices à appartenir à des intérêts étrangers ou à de riches fonds d’investissement. Pour les grands hôteliers, la balle est dans le camp du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, et même chose pour les restaurateurs, répète Mme Proulx.

On calculera la différence de taxe sur l’hébergement récoltée pour les deuxième et troisième trimestres de 2020 par rapport à celle versée pour ces mêmes trimestres en 2019. Si la différence est au moins de 30 %, le gouvernement remboursera l’écart jusqu’à un maximum de 200 000 $ par établissement.

Les trois «portes d’entrée»

Par ailleurs, 17 des 65 millions $, soit un quart, revient aux trois «portes d’entrée touristiques du Québec» que sont les régions de Québec, Montréal et de l’Outaouais.

Elles accaparent d’ordinaire 60 % des dépenses touristiques réalisées sur le territoire québécois, fait valoir la ministre. Elles sont plus dépendantes des touristes internationaux, d’affaires et corporatifs que les autres régions.


« Ce sont souvent des opérateurs québécois et ce sont des employés québécois qui travaillent dans ces endroits. Il est important de soutenir l’industrie touristique. »
Caroline Proulx, ministre du Tourisme

Mme Proulx parle de la nécessité de sauver ces centres-villes et de «maintenir nos actifs stratégiques». Qui sont «trop importants pour disparaître. Leur fermeture viendrait largement déstructurer le secteur du tourisme à travers des fermetures en cascades d’entreprises dépendantes».

«Un pas dans la bonne direction»

Du côté de l’Association hôtelière de la région de Québec (AHRQ), on accueille cette nouvelle injection d’argent à bras ouverts. Tout en rappelant que ce ne sera pas suffisant.

« C’est certainement un pas dans la bonne direction. Nous remercions le gouvernement d’avoir entendu notre cri à l’aide et d’y répondre avec cette nouvelle mesure. Cette fois-ci, ce sont des subventions directes et elles feront beaucoup de bien », constate la directrice générale de l’AHRQ, Marjolaine de Sa, par communiqué.

Par contre, «les membres de l’AHRQ jugent la mesure plutôt légère et espèrent que le gouvernement provincial poursuivra dans cette veine de manière plus substantielle. À titre d’exemple, un calcul rapide permet d’évaluer que le remboursement de la taxe sur l’hébergement couvrira proportionnellement les frais fixes d’un hôtel pendant 10 jours», explique l’Association hôtelière de la région de Québec.

Deuxième parti d'opposition à l'Assemblée nationale, Québec solidaire va dans le même sens. «L’aide de la ministre Proulx est bienvenue, mais elle répond à une mince fraction des besoins. L’annonce d’aujourd’hui ne stoppera pas l’hémorragie. Le gouvernement met une partie de l’argent pour la relance, mais il faudrait commencer par s’assurer que les hôtels ne ferment pas», déclare la députée solidaire responsable en matière de tourisme, Émilise Lessard-Therrien.

À la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, on se réjouit d’une telle aide directe «modulée en fonction des pertes et des périodes» et espère que le gouvernement s’en servira comme modèle pour les autres secteurs d’activités économiques.

Détails des 65,5 millions $ :

  • 38 millions $ aux établissements de pourvoirie, des gîtes et des hôtels de 4 à 299 chambres
  • 17 millions $ aux régions de Montréal, de Québec et de l’Outaouais, «portes d’entrée» touristiques du Québec
  • 5 millions $ pour la promotion touristique
  • 3 millions $ pour contrer les effets de la pandémie sur la main-d’œuvre en tourisme
  • 2,5 millions $ pour la relance du tourisme d’affaires à Montréal