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Télétravail: à temps plein ou en formule hybride?
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Une occasion de changer les choses durablement

Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
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Sherbrooke — S’il y a un consensus auquel la COVID-19 aura permis d’arriver, c’est que le monde du travail ne sera plus tout à fait comme avant. Et que le « grand déconfinement » qui s’amorce devrait servir à en redéfinir les contours… ne serait-ce que pour le mieux-être physique et psychologique de tous.

S’il est admis que les bouleversements des 14 derniers mois ont affecté tous les travailleurs, quels que soient leurs secteurs d’activité, certains d’entre eux s’en sont toutefois mieux tirés que d’autres. 

Pour plusieurs, le télétravail s’est avéré une véritable oasis de confort et de productivité à laquelle ils espèrent rester accrochés. Pour d’autres, au contraire, ce fut le fardeau appréhendé devant une perte de repères essentiels à un certain équilibre.

C’est ce qui fait dire à la professeure France St-Hilaire, de l’Université de Sherbrooke, spécialiste de la santé psychologique au travail, que le déconfinement qui s’amorce devrait être vue comme une occasion rêvée de « revoir comment on travaille ensemble ».

Comme tous les experts qui suivent de près les bouleversements causés par la pandémie, la professeure St-Hilaire dit craindre les effets psychologiques d’un retour au travail mal planifié. 

« Depuis 14 mois, on a dû faire face à des défis constants sans aucune période d’adaptation. Oui, certains se sont mieux adaptés que d’autres. Mais ce qu’on observe actuellement, c’est un niveau d’épuisement élevé. Et ce qu’on anticipe, c’est que le relâchement de l’été qui s’en vient va accélérer cet état. »

Une observation qui se confirme dans plusieurs catégories d’emplois, ajoute Line Lamarre, président du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) qui représente 29 000 professionnels de la fonction publique, répartis dans toutes les régions de la province.

« Nos ressources sont fatiguées, elles ne sont pas loin de l’épuisement, constate Mme Lamarre. En essayant d’adapter leur prestation de travail en mode télétravail, on a amené des gens au bord de l’épuisement », ajoute-t-elle tout en soulignant le fait qu’aucune interruption de services n’a eu lieu auprès des citoyens en dépit de la situation.

Si le télétravail à temps plein a pu littéralement sauver certaines entreprises de la faillite, il serait mal venu, croit la professeure St-Hilaire, d’y bâtir son modèle d’affaires. 

« Ce que j’aurais le goût de dire aux employeurs, c’est que la capacité d’adaptation des travailleurs est réduite actuellement (…). Ce qui s’en vient à l’automne, ça ne sera pas véritablement un retour; ça va être un autre changement, comme si on revenait dans un nouvel emploi », précise la spécialiste des comportements organisationnels.

Pour ce faire, les employeurs devront mettre en place des mesures d’accompagnement qui favorisent cette nouvelle transition. « Et tout ça se prépare maintenant », dit-elle.

D’autant plus que les études sur le télétravail recommandent le maintien d’un certain nombre de jours en milieu de travail, notamment pour maintenir les interactions entre collègues, que l’on dit bénéfiques à la fois pour l’entreprise et les employés eux-mêmes.

« Ce que les études démontrent, c’est un à trois jours de télétravail par semaine. Au-delà de trois jours, on commence à avoir des effets délétères », tels que l’ennui, un manque d’interactions, une baisse de productivité et une absence de frontières entre la vie professionnelle et personnelle. 

« Et si on choisit d’instaurer un modèle hybride (télétravail-présentiel), il faut s’assurer de créer une dynamique d’équipe » afin de maintenir les côtés positifs du travail en présentiel.

Une opportunité à saisir

Selon elle, plusieurs gestionnaires sont encore réticents face au télétravail, soit parce qu’ils se sentent démunis face à cette situation ou tout simplement par manque de formation. 

« Une fois qu’on a brisé les tabous et qu’on a discuté ouvertement des avantages et des inconvénients, il y a moyen d’en arriver à une formule qui correspond aux besoins des deux parties. » 

Line Lamarre est du même avis. À ses yeux, les 14 derniers mois auront sonné le glas d’un certain modèle d’organisation du travail relevant davantage d’une certaine tradition que de l’innovation. La « normalité » telle qu’on la connaissait avant la pandémie est maintenant chose du passé, selon elle. 

« Je pense qu’on est rendu ailleurs dans la façon de travailler. Pour le mieux-être de tout monde, pour une meilleure conciliation travail-famille, une meilleure productivité. Je pense que les méthodes de travail ont changé avec la technologie qu’on vient d’assimiler. »

Pour sa part, France St-Hilaire souhaite que la crise que l’on vient de traverser serve à revoir l’organisation du travail tout en continuant de travailler ensemble. 

« Plutôt que de voir ce qui s’en vient de façon négative, il faut le voir comme une opportunité de changer des choses à un bon moment. De revoir comment on travaille ensemble de se préoccuper à la fois de la performance de l’entreprise mais aussi du bien-être des travailleurs. On a une opportunité comme on n’a jamais eu dans l’histoire. »