Christian Morin et son épouse Lucette, de Milan, gardent précieusement d’heureux souvenirs de leur fille bien-aimée Marie-France, décédée le 10 juin 2001.

Survivre à l’inimaginable... 18 ans après la noyade de cinq ados

Chaque année, le 10 juin, Lucette et Christian Morin, de Milan, revivent malgré eux les difficiles souvenirs de la noyade de cinq adolescents, le 10 juin 2001, à l’ancienne carrière de pierre inondée d’une eau cristalline, située entre Scotstown et Milan, parmi lesquels se trouvait leur fille Marie-France, alors âgée de presque 17 ans.

Les cinq jeunes avaient pris l’habitude de s’y retrouver pour y faire un feu, jaser et y prendre une bière en toute tranquillité. À la fin de la veillée, un conducteur, un peu plus âgé qu’eux, leur avait offert de les raccompagner à Milan et à Nantes.

En pleine noirceur, le jeune conducteur se croyait arrivé où il fallait tourner sur sa gauche, mais plutôt à mi-chemin, son auto a plongé dans le lac artificiel, profond d’une vingtaine de pieds à cet endroit. Seulement lui s’en est tiré, non sans peine, avec l’aide d’un ami encore sur la rive, qui avait plongé pour l’aider à s’extirper de l’auto.

Lucette Morin, soucieuse de rendre hommage à sa fille, a organisé une messe en sa mémoire, à certains intervalles, un an après le drame, puis après cinq ans, 11 ans. Mais cette année, elle s’était rendu compte que l’anniversaire de sa fille, le 22 juin, arrivait un samedi, une journée propice à tenir cette coutume qui lui est chère, comme catholique pratiquante.

Mais ce samedi-là, leur fille aînée Véronique ne pouvait pas être présente. L’esprit de famille est fort chez les Morin… La messe a été fixée ce samedi 15 juin, à 19 h, à l’église Saint-Ambroise de Milan.

La disparue a laissé un grand vide entre l’aînée, Véronique, et la cadette, Marie-Pier.

« Des clins d’œil »

« Ce fut très dur pour la plus jeune, car avec le mariage de l’aînée, un mois et demi après le drame, elle s’est retrouvée toute seule… Marie-France nous a toutefois envoyé plusieurs messages, à la suite des événements où elle est partie. Des choses qui sont arrivées et qui étaient pour moi des clins d’œil qu’elle nous faisait. Comme à la fête des Mères, 11 mois après sa noyade, j’étais très triste, ce n’était pas une bonne journée. Une petite cousine est venue me donner une fleur, en me disant : ‘‘C’est de Marie-France!’’ J’étais surprise et cela m’a ensoleillé ma journée! » raconte Lucette. « J’ai été très touchée, j’étais justement en train d’y penser. »

« On s’est accroché au fait qu’on sait qu’il y a quelque chose de l’autre côté. L’espérance est basée là-dessus, on a des signes », admet pour sa part Christian, catholique pratiquant, très croyant. « Nous savons qu’après avoir perdu un enfant, on peut s’en sortir, dans la foi et la confiance. On va les revoir nos enfants! C’est cruel sur le coup, mais il faut demander de l’aide, la prière vient nous calmer. Avec le temps, la blessure guérit chaque jour. On s’en souvient, mais ça ne guérit jamais complètement. »

« Sans la foi, je ne suis pas sûre que je m’en serais sortie! Ça faisait tellement mal, que j’aurais voulu mourir en même temps qu’elle. Il a fallu se défouler, j’ai fait beaucoup plus de bicyclette que d’habitude. Et j’ai pensé à des personnes pires que moi. Ma fille ne s’est pas suicidée, n’a pas été violée, ni martyrisée », ajoute Lucette. « Nous avons eu un bon support de nos proches et de nos amis. Et l’organisme Les Amis compatissants, de Sherbrooke, une fois par mois, nous a beaucoup aidés! »

Avec les parents des quatre autres victimes, ils ont tenu une soirée du pardon envers le jeune conducteur. « Ce fut libérateur pour tout le monde. Si on ne pardonne pas, c’est une peine de plus, un poids qu’on porte de plus », confie Christian.