Les chants et les accolades se sont multipliés et les sourires étaient sur toutes les lèvres lors de la vigile en soutien à la famille Cardona vendredi.

Sursis pour la famille Cardona

Les quatre membres de la famille Cardona menacés d’expulsion ont pu pousser un soupir de soulagement, vendredi matin, lorsqu’ils ont appris que leur renvoi du pays, prévu dans moins de 10 jours, était finalement reporté à une date indéterminée.

« Avant même de recevoir votre demande, il avait été décidé que, pour des raisons administratives, le renvoi de vos clients prévu le 4 août 2019 est annulé et qu’une nouvelle date sera fixée lorsque nous le jugerons opportun », a reçu par écrit l’avocat de la famille, Stewart Istvanffy, en réponse à sa demande de sursis administratif.

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« On est vraiment contents. On a réussi à avoir plus de temps. Au moins, ils ne partiront pas en Colombie, c’est un début. On a vraiment espoir qu’ils restent », a commenté Marcela Gomez, qui tente à tout prix de garder au pays sa mère Patricia, sa sœur Estefania et les enfants de cette dernière, Didier et Alison. Leur demande de réfugié a été refusée il y a trois mois. 

Les valises de la famille n’étaient pas faites, et elles n’étaient pas près de l’être. « Jamais on ne s’est dit qu’ils partiraient. On avait confiance envers le gouvernement et les gens qui nous supportent. Je pense que c’est grâce à beaucoup de monde : les médias, la communauté colombienne, et aussi les Sherbrookois. Ils sont ont été touchés par notre situation et on a réussi à faire beaucoup de bruit pour arrêter ça », avance Marcela, tenant particulièrement à remercier les porte-parole de Colombiestrie ainsi qu’une proche du nom d’Adriana, qui aurait été d’un dévouement inégalable. 

Prochaine étape  

« Je suis vraiment contente, j’ai déjà annoncé à mon employeur que je reste plus longtemps et il est vraiment heureux », partage Estefania, qui croit que la résidence permanente canadienne de son mari Marlon Tucker, d’origine cubaine, pourrait fortement aider sa cause.  

En ce qui concerne sa mère, Patricia, la prochaine étape sera de faire une demande de visa humanitaire, partage la famille. 

Comme le combat n’est pas terminé, la communauté latino-américaine de l’Estrie tient tout de même sa vigile devant le palais de justice de Sherbrooke, vendredi à 18 h, en guise de soutien à la famille Cardona. « On attend beaucoup de monde, dit Marcela. Et pas seulement des Colombiens. » 

Les gens désirant signer la pétition pour empêcher l’expulsion de la famille pourront le faire à la vigile ainsi qu’à la fête de l’indépendance de la Colombie qui se déroulera samedi, au parc Belvédère. 

+ Soulagement pour la communauté

Estefania Cardona n’a pu retenir ses larmes en s’adressant à la centaine de Colombiens, Québécois et membre de la communauté latino-américaine qui s’étaient rassemblés devant le palais de justice vendredi. Le report de la déportation de la famille Cardona a été comme un grand soulagement pour la communauté qui a appris une première bonne nouvelle dans ce dossier.

Les chants et les accolades se sont multipliés. Les sourires étaient sur toutes les lèvres.

Reegan Soosai, prêtre pour la communauté hispanophone de Sherbrooke, a pris la parole, en espagnol et en français, pour partager la bonne nouvelle et remercier le gouvernement d’avoir fait preuve d’humanité et « d’avoir compris la souffrance de son peuple. »

« Nous sommes tellement encouragés, c’est comme une grande respiration souligne pour sa part Jesus Mosquera, président de Colombieestrie. On va accompagner le dossier de la famille jusqu’au bout. »

Andrea Delgado, du Panama, est venue à la vigile pour appuyer Patricia Cardona. Elles sont devenues amies, car elles habitaient le même immeuble.

« Nous, les Latino-Américains, on est spontané, lance-t-elle avec le sourire. Je l’aime beaucoup et elle veut rester. Je vais toujours la supporter. »

Le Sherbrookois John Francis tenait à être présent pour donner son appui à la famille Cardona.

« On fait partie de la communauté des êtres humains, indique l’homme qui a vécu quatre ans au Honduras. On sait ce que c’est d’avoir peur. On trouve que ça n’a pas de bon sens de les faire retourner en Colombie. Si on ne respecte pas les besoins des réfugiés, on est perdant. On va devenir comme nos voisins. »

Situation explosive

Si la famille Cardona tient absolument à éviter la déportation, c’est parce qu’elle juge que la Colombie est un pays dangereux. Une opinion qui est partagée par l’ensemble des Colombiens interrogés par La Tribune.

 « Il y a eu un accord de paix entre le gouvernement et les FARC, sauf que l’accord a été signé avec l’ancien président, Juan Manuel Santos, et le nouveau président et malheureusement une marionnette de l’ancien président Álvaro Uribe Vélez, un paramilitaire, explique une personne présente à la vigile qui ne souhaitait pas être identifiée dans l’article. Le nouveau président arrive et s’en fiche de l’accord de paix et tous les membres des FARC qui se sont insérés dans la vie sociale sont en train d’être exterminés. Il y a eu des centaines d’assassinats. Les FARC ont commencé à dire que ç’a été une erreur de signer l’accord de paix et ont déjà affirmé qu’ils allaient probablement retourner à la guérilla. Depuis 2016, il y a environ 700 ou 800 leaders sociaux qui ont été assassinés. Je ne justifie personne, je fais juste expliquer. »

Des rassemblements se sont d’ailleurs tenus vendredi un peu partout dans le monde, notamment à Montréal, pour dénoncer ces assassinats. Simon Roberge