Steve Lemay signale qu’il manque d’information et surtout d’argument pour expliquer la décision gouvernementale concernant la réduction du nombre de personnes admises dans les églises.
Steve Lemay signale qu’il manque d’information et surtout d’argument pour expliquer la décision gouvernementale concernant la réduction du nombre de personnes admises dans les églises.

Surprise et incompréhension dans les églises

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Sherbrooke — Surprise et incompréhension. Voilà comment réagit le vicaire général de l’archidiocèse de Sherbrooke à l’annonce du gouvernement du Québec de réduire les rassemblements de 250 à 50 personnes touchant ainsi les lieux de culte, dont les églises.

« À ce que je sache, il n’y a eu aucune éclosion tant dans les églises de l’Estrie qu’ailleurs au Québec. Nous avons mis en place un protocole strict approuvé par la Santé publique et la CNESST. Nous n’avons jamais été interpellés par qui que ce soit à ce sujet sur des améliorations à y apporter », explique le vicaire général.

Steve Lemay signale qu’il manque d’information et surtout d’argument pour expliquer cette réduction du nombre de personnes admises dans les églises.

« Je dois tenir des funérailles jeudi prochain. Comment j’explique à la famille qu’ils devront se limiter à 50 personnes, alors que 250 personnes pourront se rendre au même moment dans une salle de spectacle pour voir un humoriste ou au cinéma pour voir un film? J’avoue que je suis à court d’arguments », indique l’abbé Lemay.

Selon lui, cette absence d’explication ajoute à l’incompréhension de la population.

« C’est difficile d’obtenir l’adhésion de la population. Bien que notre mission soit différente, nous sommes bien plus proches de ce qui se déroule dans une salle de spectacle où les gens sont assis à distance de 1,5 mètre et en silence que dans les bars où les gens peuvent plus facilement se rapprocher. Nous ne comprenons pas », soulève Steve Lemay.

L’Assemblée des évêques catholique du Québec souhaite pouvoir discuter de cette décision avec le gouvernement du Québec. Dans un communiqué émis, lundi, les leaders des groupes religieux du Québec rappellent la collaboration étroite avec les autorités de la santé publique. À bien des égards, les mesures sanitaires mises en place dans les lieux de culte dépassent les exigences gouvernementales.

« Nous demandons seulement à obtenir des explications. La structure hiérarchique de l’église fait en sorte que le message peut circuler très facilement dans toutes les paroisses », indique Steve Lemay.

Il reconnait que les gens qui fréquentent les églises sont plus âgés, mais que cette situation n’a pas changé au cours des derniers jours.

« Ce sont les mêmes gens qui fréquentent les églises depuis leur réouverture et il n’y a pas eu de cas. Plusieurs fidèles trouvent dans la pratique de leur religion un réconfort », indique l’abbé Lemay.

Le vicaire général de l’archidiocèse de Sherbrooke mentionne que les églises sont limitées à environ 40 pour cent de leur capacité. Il cite notamment qu’à la cathédrale Saint-Michel, le nombre de personnes est limité à environ 170 alors qu’elle peut en accueillir près de 1000 en temps normal.

« La distanciation physique est appliquée. Même si ça ne fait pas l’affaire des gens, nous refusons des gens lorsque nous sommes près de la capacité de 50 pour cent », assure Steve Lemay.

Dans son communiqué, l’assemblée des évêques catholiques du Québec rappelle qu’ailleurs au Canada, les autorités gouvernementales sont en contact direct et constant avec les leaders religieux. Il n’y a aucune communication du même genre au Québec. 

« Cette situation est décevante et inacceptable. Le ministre de la Santé a annoncé dimanche après-midi une série de mesures plus strictes visant à protéger la population de la COVID-19. Toutefois, le manque de dialogue que nous dénonçons fait en sorte que le gouvernement place encore une fois dans la même catégorie les lieux de culte et les bars. Dans son communiqué, le ministère de la Santé parle du même souffle des “ activités dans les lieux de culte et dans les salles où est permis la vente ou le service de boissons alcooliques pour consommation sur place ”. À sa face même, cet amalgame est injustifié et faux », indique le communiqué.

La Table interreligieuse du Québec exige des autorités gouvernementales qu’elles reclassifient les lieux de culte dans la catégorie des salles de spectacles, des cinémas et des théâtres, ce qui permettrait de continuer à accueillir jusqu’à 250 personnes dans les lieux de culte au lieu d’être limité à 25 ou à 50.