Les bassins de poissons d’élevage du Québec contiennent près d’un million d’ombles de fontaine à l’heure actuelle, soit le double de la quantité habituelle à pareille date. L’entassement met ces cultures en péril, particulièrement lors de grandes chaleurs.
Les bassins de poissons d’élevage du Québec contiennent près d’un million d’ombles de fontaine à l’heure actuelle, soit le double de la quantité habituelle à pareille date. L’entassement met ces cultures en péril, particulièrement lors de grandes chaleurs.

Surplus de poissons en péril : les pisciculteurs sonnent l’alarme

Les producteurs de poissons d’élevage craignent le pire en ces chaudes journées, alors que la crise a lourdement affecté leurs ventes et que les poissons s’entassent dans les bassins. Refusant de regarder ceux-ci mourir, les pisciculteurs lancent un cri du cœur à la ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, pour que son gouvernement finance leur récupération afin d’ensemencer les plans d’eau publics du Québec.

« Avec les températures qu’on a là, je suis encore surpris qu’on n’ait pas déjà eu des appels de producteurs pour des pertes massives », avance Normand Roy, président de la Table filière en aquaculture d’eau douce du Québec (TFAEDQ). La quantité d’ombles de fontaine restants dans les élevages québécois actuellement, qui avoisine 200 tonnes, est deux fois supérieure à l’inventaire qu’enregistrent habituellement les producteurs à pareille date, note-t-il. Les acheteurs, principalement les pourvoiries, ont été nombreux à réduire ou à carrément annuler leurs commandes en raison des mesures liées à la pandémie, qui les ont privés de leur période la plus achalandée.  

« Le problème en ce moment, c’est vraiment l’entassement. Dans les bassins, lorsque l’eau monte à 20 degrés et qu’ils sont nombreux, ça devient plus difficile pour eux d’aller chercher de l’oxygène », explique celui qui est également propriétaire de la Ferme piscicole des Bobines, à East Hereford. 

Son entreprise est pour sa part à l’abri de pertes, comme elle a sa propre usine de transformation, mais ce n’est pas le cas de la grande majorité des producteurs, qui sont de petite taille, plaide-t-il. 

« Entre deux chaises » 

Voyant que l’heure tourne, les pisciculteurs se tournent vers le Programme de récupération de surplus alimentaire d’une valeur de 50 M$ dévoilé lundi par la ministre Bibeau, qui n’inclut pas pour le moment les poissons en surplus des aquacultures. 

L’Association des aquaculteurs du Québec (AAQ) et la TFAEDQ pressent donc la ministre de faire changer les paramètres de ce programme, et ainsi d’éviter une « situation catastrophique » pour le million de poissons qui n’a toujours pas été vendu. 

Ils souhaitent que ces poissons soient rapidement transportés vers les plans d’eau publics de la province, notamment grâce à des collaborations déjà acquises avec le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec. Une opération qui demanderait un investissement d’environ 2 M$, évalue M. Roy. 

« Le problème, c’est que nous, les pisciculteurs, nous sommes toujours entre deux chaises, avance M. Roy. Au provincial, nous sommes considérés comme des agriculteurs ; au fédéral, nous sommes considérés comme des pêcheurs. Lorsqu’une politique fédérale concernant l’agriculture est mise en place, nous n’y avons pas accès. » 

Si, mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le gouvernement fédéral financerait les surplus de la pêche et de l’aquaculture, l’AAQ et la TFAEDQ déplorent cependant que cette aide ne concerne que la matière transformée des produits de la pêche, et non pas la production particulière de poissons dans la province. 

« Si on voulait transformer l’omble de fontaine, il faudrait le transformer en poisson entier, et en ce moment, la seule usine au Québec qui nous serait accessible n’a pas la capacité de transformer cette truite-là », remarque M. Roy.  

Il rappelle d’ailleurs que les producteurs de poisson d’élevage sonnent l’alarme depuis avril pour demander aux différents gouvernements de trouver une solution à ce surplus prédit. Une première aide de 450 000 $ a été mise sur pied par le MAPAQ en mai, au tout début de la saison d’ensemencement, mais elle n’aurait profité qu’aux acheteurs, selon M. Roy. 

« Cette aide nous a été transmise pour nous aider à écouler nos stocks, mais nous devions réduire la facture de nos clients. Ça a été apprécié, mais au final, nous n’avons pas eu un sou du 450 000 $ et ça n’a pas réglé notre problème. »  

À la lumière des discussions qu’il a eues avec la ministre Bibeau, M. Roy avance qu’une solution devrait être apportée par le gouvernement la semaine prochaine. « J’espère, parce qu’après ça, il sera trop tard. On dit toujours que l’aquaculture, c’est la production de l’avenir. En ce moment, c’est une plutôt une production de misère », dit-il.

Le ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada n’a pas donné suite à la demande de réponse de La Tribune, vendredi. 

Habituellement, le secteur aquacole du Québec ensemence près de 650 tonnes de poissons annuellement.