Avec le printemps hâtif qu’on connaît, les motocyclistes sont de plus en plus nombreux dans les rues de Sherbrooke
Avec le printemps hâtif qu’on connaît, les motocyclistes sont de plus en plus nombreux dans les rues de Sherbrooke

Superflues ou non, les balades en moto?

Alors que l’appel de la route se fait de plus en plus insistant avec le printemps hâtif qu’on connaît, les amateurs de moto sont plongés dans la confusion quant au droit qu’ils ont de partir en balade pour le simple plaisir de rouler.

C’est qu’en auto comme à moto, la santé publique recommande encore de limiter ses déplacements pour les besoins essentiels, comme l’épicerie, la pharmacie et les rendez-vous médicaux, et pour se rendre au travail pour ceux qui y sont autorisés.

Et malgré l’annonce de la réouverture des écoles et de certains commerces de proximité et entreprises manufacturières, de même que le plan de réouverture des régions, mercredi, il n’a pas été question d’élargir la notion de déplacements essentiels par les autorités publiques.

En expliquant le plan de réouverture des régions sur les trois prochaines semaines, la ministre la Sécurité publique Geneviève Guilbault a même demandé d’ «éviter les déplacements superflus» entre les régions et a rappelé qu’il s’agissait d’un privilège qui pourrait être retiré à tout moment.

Geneviève Guilbault

À la Fédération motocycliste du Québec, qui recommande à ses 3000 membres de respecter les directives de la santé publique, «par respect pour la gravité de cette pandémie», son directeur général Jean-Pierre Fréchette nageait dans la même ambivalence après l’annonce de mercredi.

«C’est quoi un déplacement superflu? Comment les corps policiers vont interpréter cette capacité-là de se promener d’une région à l’autre, si ce n’est pas du superflu? On est un peu dans la même impasse», a-t-il réagi, en n’excluant pas de faire des représentations auprès du gouvernement pour clarifier les choses.

«Il y a matière à interprétation et notre conseil, c’est de suggérer aux motocyclistes de s’informer auprès des corps policiers des régions où ils sont et où ils veulent aller.»

À la direction de santé publique de l’Estrie, le Dr Alain Poirier croit que ces directives du gouvernement ne sont que des recommandations et qu’avec les plans de déconfinement qui se mettent en place, les autorités n’auront pas le choix de revoir l’ensemble des restrictions liées à la COVID-19, y compris celles qui concernent les déplacements non essentiels et interrégionaux.

«Au moment où il y a eu ces arrêtés ministériels, c’était du gros bon sens pour différentes raisons. Il faut continuer de faire attention, mais avec les réouvertures, il y a pas mal de ces suggestions qui doivent être repositionnées. Il va falloir qu’on révise les consignes pour voir comment les Québécois vont revivre maintenant qu’ils ont compris l’idée principale de la distanciation physique», a-t-il exprimé en entrevue avec La Tribune.

Le président de la Fédération motocycliste du Québec, Sylvain Bergeron, a adapté sa monture pour faire des livraisons pour la Mission Old Brewery à Montréal. Il a invité ses 3000 membres affiliés à travers le Québec à faire de même, histoire de joindre l’utile à l’agréable en ces temps de crise sanitaire.

Pas de chasse aux sorcières

Quoi qu’il en soit, qu’ils sortent leur moto pour le plaisir ou pour aller travailler, les Estriens se mettent peu à risque de recevoir une contravention, à moins qu’ils ne respectent pas la règle de distanciation physique de deux mètres et l’interdiction de rassemblement. Vérifications faites auprès de trois corps policiers de la région, on ne se lancera pas dans une chasse aux sorcières, pour reprendre les mots du relationniste du Service de police de Sherbrooke, Martin Carrier.

«Il n’y a pas d’interceptions ou de barrages de prévus de notre côté. On y va avec le bon sens des gens, d’utiliser leur véhicule pour les bonnes raisons.»

«Ce sont les règles du décret du ministère et on sait qu’elles peuvent changer au gré des jours et des semaines, ajoute-t-il. On espère que les gens vont comprendre le principe.»

«Dans le fond, le message général c’est de se limiter à l’essentiel, mais en même temps si au niveau humain c’est absolument nécessaire que la personne sorte faire sa ride de moto pour ne pas virer folle, on a un peu de latitude qui n’a pas été écrite noir sur blanc», décode la porte-parole de la Sûreté du Québec en Estrie, Aurélie Guindon.

«Techniquement on est en assistance à la santé publique là-dedans. Il ne s’agit pas d’une opération de la SQ dont on a le leadership. On va continuer à les assister et à suivre ce qu’ils mettent en place», précise-t-elle.

À la Régie de police Memphrémagog, on va même jusqu’à dire qu’il n’y a rien dans la loi qui interdit à une personne de prendre sa moto ou son auto pour aller faire un tour, en autant que la distanciation physique soit respectée.

«S’il n’y a pas rassemblement, s’ils ne s’arrêtent pas par exemple dans un stationnement pour discuter, s’ils circulent sur la route, au même titre qu’une balade à vélo ou qu’aller prendre une marche, ça rentre dans la même catégorie», selon l’agent et à la prévention et aux relations médias Mickaël Laroche.

«On ne peut pas remettre une contravention de 1000 $ à une personne qui se déplacerait en moto même si ce déplacement-là est jugé inutile par certains. Mais on demande la collaboration des gens. C’est un peu comme ceux qui vont à la pêche, on ne peut pas les empêcher d’aller à la pêche, mais on peut faire de la sensibilisation, leur demander d’éviter les déplacements et de ne pas se mettre dans une position où la distanciation physique ne serait pas respectée. »

Depuis le début de la crise, signale la Régie de police, ses agents ont dû remettre 7 constats d’infraction reliés à trois rassemblements. «Soit que les gens avaient déjà été avisés ou qu’ils ont tenu des rassemblements volontairement en sachant dans quoi ils s’embarquaient. En général on peut donc dire que les gens collaborent bien avec ce qui est demandé par le gouvernement», rapporte l’agent Laroche.

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Le groupe Sherbrooke Moto se croise les doigts pour que les règles soient suffisamment assouplies pour pouvoir rouler à huit ou à dix avant la fin de l’été.

Un été à oublier ?

La Fédération motocycliste du Québec a annulé ses formations et reporté ses cotisations annuelles. Le groupe Sherbrooke Moto se croise les doigts pour que les règles soient suffisamment assouplies pour pouvoir rouler à huit ou à dix avant la fin de l’été. 

C’est tout un nuage qui plane au-dessus des motocyclistes avec la COVID-19 ce printemps, et ils sont nombreux à espérer que le déconfinement graduel qui s’amorce lundi finira peut-être par leur permettre de profiter un peu de la saison.

« Ce qui est encore plus plate, c’est que cette année on a un printemps hâtif et c’est malheureux parce qu’on ne peut pas en profiter », témoigne Serge Harbour, un jeune retraité adepte de moto depuis l’âge de 16 ans.

« On paie cher nos plaques d’immatriculation et si je suis deux mois sans m’en servir, c’est plate. Et c’est pire pour les gens qui ont des motos sport [qui coûtent encore plus cher à immatriculer]. C’est frustrant, surtout quand on pense qu’il y a moyen de sortir sans que ce soit à risque de contaminer qui que ce soit. »

Administrateur du groupe Facebook Sherbrooke Moto, où on s’échange des trucs et des conseils et où on organise chaque semaine des sorties, M. Harbour estime néanmoins que les motocyclistes comprennent bien la situation et respectent les contraintes.

« Ils savent que c’est sérieux, mais ils sont aussi impatients que la saison parte. On est conscient qu’on va perdre un mois ou deux de la saison, mais on n’a pas le choix. Il faut faire avec. »

Même s’il a enfourché sa moto une seule fois à la mi-mars, avant que la santé publique y mette un frein, Serge Harbour n’a toutefois pas hésité à renouveler ses immatriculations. « La première journée que ça va être ouvert, je veux être prêt à sortir! »

À la Société de l’assurance automobile du Québec, qui a rouvert certains de ses services il y a dix jours à peine, on n’était pas en mesure de dire combien de motocyclistes ont choisi de remiser leur moto en ce début de saison hypothéquée. La SAAQ a toutefois mis en ligne un tableau détaillant les économies à faire si on remise ses immatriculations pour un, deux ou trois mois, en attendant de pouvoir circuler plus librement sur les routes de la belle province.

« Plusieurs choix s’offrent aux clients, détaille le porte-parole Mario Vaillancourt. Ils peuvent immatriculer leurs véhicules le 30 avril et les remiser ensuite. Ils peuvent aussi remiser leurs véhicules avant le 30 avril et le déremiser lorsque la situation sera rétablie. Ce qu’il faut retenir, c’est que le remisage doit être fait avant le 1er jour du mois, sinon le client devra payer pour le mois au complet. Il faut aussi garder en tête que la vérification mécanique sera requise après 12 mois de remisage. »

En date du 31 décembre 2019, il y avait 181 843 motocyclettes d’utilisation promenade en circulation au Québec, selon la SAAQ. En Estrie, on en dénombrait 10 513.  

https://saaq.gouv.qc.ca/saaq/tarifs-amendes/immatriculation/cout-remboursement-vehicules-usage-saisonnier/