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Stress et détresse chez les médecins
De plus en plus, les médecins sont placés dans un contexte où ils doivent en faire toujours plus avec des ressources limitées, dans un système où la bureaucratie leur demande beaucoup de temps.

La détresse des médecins prend de l’ampleur

Le stress s’insère dans la vie professionnelle des médecins de bien des façons. Un constat s’impose aujourd’hui : de plus en plus de médecins vivent de la détresse face à la charge de travail qui leur est imposée et aux responsabilités qui leur sont exigées. De plus, un nouveau mal de mieux en mieux reconnu fait son chemin chez les médecins : la souffrance éthique.

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« La détresse chez les médecins au Québec est un phénomène qui prend de l’ampleur, mais c’est aussi le cas dans tous les pays industrialisés », mentionne la Dre Anne Magnan, directrice du Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ) où elle œuvre depuis une vingtaine d’années.

La Tribune a rencontré quelques médecins qui souhaitaient témoigner de l’anxiété, du stress ou de la détresse qu’ils doivent gérer au quotidien dans leur univers professionnel.

La Dre Julie Patry (nom fictif car elle souhaite rester anonyme) est radiologiste à Sherbrooke au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Elle raconte l’histoire d’une patiente chez qui elle a diagnostiqué un cancer très agressif en analysant les images de l’examen qu’elle venait de subir. La patiente avait dû attendre sur une liste d’attente pendant beaucoup trop longtemps. Cette patiente était encore jeune, elle avait des enfants et une vie active pleine de promesses encore devant elle. Dre Patry a décidé que, pour cette patiente, elle allait se battre.

La radiologiste a pris le téléphone et a joué du coude avec ses confrères tout aussi débordés pour dégager du temps pour cette patiente. « Une semaine après, la patiente se faisait opérer. Je n’ai jamais su ce qui s’était passé exactement, mais la patiente est décédée des complications de sa chirurgie dans les jours suivants », raconte la médecin.

Dre Patry se met à pleurer. Elle a voulu bien faire son travail. Elle a voulu donner une chance à cette patiente, la sortir des délais d’attente, lui permettre de guérir. « Je l’ai vue, et une semaine plus tard elle était morte. Si je n’étais pas intervenue, si elle avait été opérée trois mois plus tard finalement, qu’est-ce qui se serait passé? Peut-être qu’elle ne serait pas morte, ou pas rapidement comme ça. On ne sait pas, on ne saura pas », souffle-t-elle.

« Quand je me couche le soir, je suis encore là-dedans. Je rumine tout ça. Et je ne dors pas », ajoute-t-elle.

Des patients qui la hantent, dont elle n’arrive pas à se départir, Dre Patry en porte plusieurs sur ses épaules.

« Les médecins sont souvent des personnes engagées. Ce qu’ils font, ils le font pour leurs patients. Quand il y a une catastrophe qui arrive à un de leurs patients, l’impact est souvent dévastateur pour l’équipe soignante », soutient la Dre Anne Magnan du PAMQ.

Naissance de la souffrance éthique

De plus, un nouveau mal frappe les médecins : la souffrance éthique. Cela signifie que les médecins se sentent souvent démunis pour aider leurs patients comme ils souhaiteraient le faire, ce qui donne naissance à des conflits de valeur importants. Les médecins sont en effet placés dans un contexte où ils doivent en faire toujours plus avec des ressources limitées, dans un système où la bureaucratie leur demande beaucoup de temps. Et c’est sans compter la fatigue qui s’installe et le stress imposé par le nombre de patients à voir et la peur de faire une erreur qui aurait des conséquences graves chez ceux qu’ils soignent.

« Les médecins sont aux prises avec ce questionnement : comment je peux bien traiter mon patient avec les moyens qui sont à ma disposition? » résume la Dre Magnan.

« Les médecins sont aux prises constamment avec des conflits de valeurs », ajoute-t-elle.

Les demandes d’aide au PAMQ ont augmenté de 10 % par rapport à l’année précédente. « Cette hausse est préoccupante parce qu’elle s’inscrit dans une succession d’augmentations ayant débuté il y a quelques années sans discontinuer. Si l’on compare les données d’il y a cinq ans avec celles d’aujourd’hui, le taux d’accroissement avoisine les 45 % », soutient Dre Magnan.

Les demandes proviennent tant des médecins spécialistes que des médecins de famille.

La création des CIUSSS et des CISSS en 2015 est-elle la raison de l’explosion de demandes? « On aimerait trouver un coupable, mais la réponse à cette problématique est complexe et elle n’affecte pas seulement les médecins mais bien l’ensemble du personnel soignant », soutient la Dre Magnan.