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Sport, santé et rencontres
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Le déconfinement partiel de certaines activités, comme le golf, est une bouffée d’air frais pour plusieurs personnes âgées.
Le déconfinement partiel de certaines activités, comme le golf, est une bouffée d’air frais pour plusieurs personnes âgées.

Bouger peu importe l’intensité

Sébastien Lajoie
Sébastien Lajoie
La Tribune
L’importance de s’adonner à une activité physique régulière n’aura jamais trouvé son importance autant que dans le contexte actuel. Faire son ménage, prendre une marche, jouer une ronde de golf, bouger, peu importe l’intensité, est essentiel. Et ce, pour toutes les tranches d’âge, précise la Dre Émilie Breton. Et plus spécialement pour les aînés.

Les statistiques le démontrent clairement. Depuis le début de la pandémie de la COVID-19, les personnes âgées représentent le groupe d’âge le plus durement touché par la maladie.

Des mesures de confinement générales ont ainsi été imposées depuis quelques semaines, afin de non seulement limiter la contagion, mais aussi afin de protéger les groupes plus à risque. Donc, les aînés.

Des mesures qui n’ont pas toujours été bien comprises par la population, a constaté la Dre Émilie Breton, gériatre au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement de Sherbrooke. Et qui ont mené à une stigmatisation des aînés.

Certes, le déconfinement partiel de certaines activités, comme le golf, est une bouffée d’air frais pour certains d’entre eux. N’en reste pas moins que santé mentale et physique sont étroitement reliés, encore plus depuis la mi-mars.

Car ne l’oublions pas; le concept d’activité physique et de ses bienfaits n’a pas la même résonance pour tout le monde. Ce n’est qu’en 1964 que la Réforme Parent en éducation a rendu obligatoires les cours d’éducation physique du primaire au secondaire.

« Ainsi, pour certaines personnes nées avant cette période, l’activité physique ça voulait dire participer aux Jeux olympiques ou jouer avec les Canadiens de Montréal. La valeur de faire de l’activité physique n’est pas ancrée dans leurs valeurs et dans leurs mœurs et ce qui fait du sens pour eux. Pourtant, simplement être actif dans la maison, de sortir de la maison, de ne pas rester assis, ça a déjà une valeur ajoutée pour maintenir des capacités et de l’autonomie », a-t-elle précisé.

Les bienfaits de l’activité physique, et l’importance de bouger, sont documentés depuis des années

« Comme je l’ai présenté en congrès il y a deux ans, pour les adultes sous les 65 ans, cela favorise entre autres la prévention des maladies cardio-vasculaires. Pour les adultes de plus de 65 ans, que les gens soient en bonne forme, ou avec une santé plus fragile, c’est aussi le cas. D’abord, on parle de moins en moins d’allonger la vie chez les gens de 65 ans et plus, mais on parle surtout d’améliorer la qualité de vie et l’autonomie. Ce sont des éléments où on constate des améliorations notables lorsqu’on fait de l’activité physique. »

« Dans les différentes études sur le sujet, on parle de 150 minutes d’activités physiques modérées chaque semaine, pour générer un effort; on est encore capable de parler, mais on se sent essoufflé un peu », a imagé la Dre Breton, qui est également professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé.

Dre Émilie Breton

« Mais ce qu’on se rend compte, même en dessous de cette marque, plus la personne avance en âge, plus elle demeure quand même avec des bénéfices. Les Européens ont même décrit des activités d’équivalence en intensité à travers les âges. Ainsi, la personne de 20 ans qui fait son jogging de bonne intensité, c’est l’équivalent de pêcher du bout du quai pour une personne de 80 ans. »

Des petits gestes, qui rapportent énormément, et ce, sur plusieurs fronts.

« Ça ne prend pas des grands gestes ou des grosses activités physiques. Il y a même des études qui démontrent que pour des gens de plus de 75 ans, simplement de faire leur ménage, chaque semaine, va permettre d’être autonome plus longtemps. C’est ce que je recommande; plutôt que de prescrire des activités physiques pour vaincre la sédentarité, il suffit de vraiment voir les choses autrement et de faire des activités qui veulent dire quelque chose pour nous même. »

Dommages collatéraux

Rester à la maison, ne plus sortir pour faire ses courses, ou pour faire de l’activité. Certaines personnes âgées ont préféré se retirer de leur vie active plutôt que de s’exposer au virus.

La crise de la COVID-19 produira des dommages collatéraux dont on peine, pour l’instant, à mesurer les dégâts, a dit la Dre Émilie Breton.

« On est très inquiets », a-t-elle lancé, au bout d’un moment de réflexion.

« Pour cette tranche d’âge, pour toutes les tranches en fait, une bonne condition physique contribue à une bonne santé mentale. La corrélation est directe pour la santé mentale, mais aussi pour le sommeil, et pour la réduction des symptômes anxieux. Les causes du confinement actuel, le fait d’être stigmatisé, ou de s’empêcher de sortir, avoir peur, tous ces facteurs peuvent mener certains aînés à arrêter de pratiquer leurs activités. Encore pire que la sédentarité, le confinement a amené beaucoup d’augmentation de déconditionnement, c’est ça le problème. L’isolement social amène des conséquences significatives sur l’augmentation du risque de chutes, sur la perte d’autonomie, sur les capacités cognitives, et sur les risques de dépressions chez les personnes âgées, c’est connu depuis longtemps. Je n’ai pas de statistiques, ça n’a pas été mesuré avec la COVID-19, mais la clientèle qu’on est habitué de voir, subi déjà les conséquences de l’isolement, du déconditionnement. C’est une problématique. C’est une des vagues de la COVID que l’on redoute, ça va faire partie des dommages collatéraux », s’est désolée la Dre Breton.

Sonner l’alarme

Déjà, des médecins de famille et même des familles elles-mêmes ont sonné l’alarme.

« Beaucoup de gens parlent de stigmatisation. Les gens se sentent comme ça. Malheureusement, une partie de la population interprète mal les consignes; si la personne plus âgée doit se confiner, ce n’est pas qu’elle est plus dangereuse pour les autres, mais simplement qu’elle est plus à risque. Des gens interprètent mal les consignes, et ça devient un problème. On a déjà des cas, des médecins de famille, des familles, qui nous appellent pour nous dire qu’ils ne reconnaissent pas leurs proches, en nous disant qu’ils sont plus confus qu’avant, qu’ils mangent moins. Inévitablement, la malnutrition va resurgir. Certaines choses sont dans l’angle mort, des impacts qu’on n’a pas vus encore, mais ce sont des problématiques qui vont ressortir. »

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