Dans cette période de pandémie, les différents services qui œuvrent en première ligne (écoles, services de police, organismes, CLSC, DPJ…) ont dû s’adapter et réinventer leurs façons d’offrir des services pour répondre aux besoins des familles dans un contexte plus complexe que jamais.
Dans cette période de pandémie, les différents services qui œuvrent en première ligne (écoles, services de police, organismes, CLSC, DPJ…) ont dû s’adapter et réinventer leurs façons d’offrir des services pour répondre aux besoins des familles dans un contexte plus complexe que jamais.

Soutien aux enfants vulnérables : les services se réinventent

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Sherbrooke — Les enfants les plus vulnérables de la société sont peu nombreux à être retournés dans les écoles sherbrookoises. Pour continuer à avoir un œil sur eux, le réseau de la santé et des services sociaux, les organismes communautaires, les services de police et les commissions scolaires de la région ont dû se réinventer et adapter leurs services afin de tendre le si précieux filet social derrière les enfants les plus à risque de négligence ou de maltraitance.

« Depuis le début de la pandémie, tous les intervenants de la première ligne ont été redéployés différemment », indique Diane Patenaude, directrice adjointe du programme jeunesse 5-18 ans et mission CPEJ au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Les besoins des familles et des enfants les plus vulnérables ont changé avec l’arrivée soudaine du confinement, des pertes d’emplois par centaines et la fermeture des écoles.

« Certaines familles vivent un stress sans précédent », soutient Mme Patenaude.

Dès le départ, les différents partenaires de la première ligne ont travaillé pour adapter leurs services afin de soutenir les enfants les plus vulnérables d’entre tous. Et les besoins sont encore en mouvance en raison de la situation qui évolue sans cesse.

« On a ressenti l’essoufflement de certaines familles. Dans certains cas, on a pu envoyer de l’aide à domicile pour qu’un intervenant puisse aller faire une petite activité avec les enfants, par exemple, pour donner un coup de pouce aux parents et leur offrir un peu de répit. Ce n’est pas un service offert habituellement, mais nous nous sommes adaptés », donne en exemple Mme Patenaude.

La directrice adjointe cite ensuite un organisme comme Marraine tendresse qui, tout d’un coup, ne pouvait plus rentrer dans le domicile des nouveaux parents pour aller leur offrir un coup de main avec leur nouveau-né quand le confinement a été décrété par le gouvernement du Québec. « Là aussi, l’organisme s’est adapté et offrait d’aller faire un tour avec la poussette », illustre-t-elle.

Elle relate aussi l’histoire de l’école Le Monarque, une école de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke spécialisée pour les enfants ayant des troubles sévères du comportement. Alors qu’il n’y avait aucune directive ministérielle indiquant que les écoles secondaires devaient ouvrir leurs portes, les enseignants du Monarque ont accepté de venir en classe tous les matins pour enseigner à la vingtaine de leurs jeunes élèves hébergés à Val-du-lac, le centre de réadaptation en protection de la jeunesse de la DPJ.

« C’est important, l’école, c’est un lieu d’apprentissage mais aussi de socialisation. Les enfants ont besoin de routine, de voir leurs amis, et l’école fait partie de la routine. Après deux mois, les adolescents s’ennuyaient et ils ont pratiquement tous accepté de retourner à l’école alors que ce n’était pas obligatoire », se réjouit Mme Patenaude.

Connaître les besoins

Mais avant d’en arriver à adapter leurs services, encore la direction du programme jeunesse devait-elle connaître les besoins des familles à qui elle offre des services… et ceux des familles qui languissent sur les listes d’attente.

« Nous avons téléphoné à l’ensemble des familles qui sont sur des listes d’attente dans l’ensemble de nos programmes jeunesse pour voir comment elles allaient. Ça permet aussi de reprioriser si c’est nécessaire, s’il y a eu des changements dans le contexte de la pandémie », dit-elle.

Dans certains milieux défavorisés, jusqu’à 70 % des parents ont choisi de retourner leur enfant à l’école primaire. À Sherbrooke, les dix écoles les plus défavorisées comptent ensemble un taux de retour d’environ 40 %. « Le choix de retourner les enfants à l’école revenait aux parents, en fonction de leur situation familiale, il n’y avait pas de mauvais choix », indique Diane Patenaude.

Car pour les élèves en difficultés, l’école peut être une grande source de stress. « Dans certaines familles, le fait de ne plus envoyer les enfants à l’école a servi à diminuer les tensions chez l’enfant et dans la famille », précise-t-elle.

« C’est certain que l’école représente un beau filet social pour les enfants, c’est un filet important. Mais il faut savoir que l’école n’est pas finie. Il y a poursuite de l’apprentissage des enfants. Dans les écoles, les enseignants téléphonent chaque semaine avec leurs élèves qui sont à la maison », indique Mme Patenaude.

Et elle termine en martelant un message qui doit être entendu et répété.

 « En cette période de pandémie, nous devons tous avoir un œil bienveillant sur les uns les autres. La protection des enfants est l’affaire de tous, c’est une responsabilité collective », insiste Diane Patenaude.