C'est devant un Granada plein que les conférenciers de Sherbrooke ville nourricière ont parlé d'agriculture urbaine et autres sujets alliant principalement nourriture, développement durable et... humanité.

Sous les pavés... un jardin

Un plant de tomates cerises faisait office de centre de table, des paniers de légumes gratuits accueillaient les visiteurs et le public chantait entre les conférenciers. Décidément, ce n'était pas un événement comme les autres qui se déroulait hier au Théâtre Granada.
Avec une salle pleine, on ne peut toutefois pas prétendre que le spectacle-conférence Sherbrooke ville nourricière était l'affaire de quelques originaux.
« Bravo gang, on l'a rempli notre Granada! » a d'ailleurs lancé en souriant l'organisateur Laurence-Olivier Néron pour lancer le bal. Onze conférenciers se sont ensuite succédé pour discuter d'agriculture urbaine et autres sujets alliant principalement nourriture, développement durable... et humanité.Parmi eux, Sébastien Christ, fondateur de l'entreprise montréalaise Greenthumb. En constatant les problématiques liées à l'agriculture traditionnelle - utilisation de pesticides, transport des aliments sur plusieurs milliers de kilomètres -, celui-ci a décidé qu'il y avait moyen de faire les choses autrement. Sa cible d'action : les grands terrains gazonnés des maisons de banlieue. Il cultive maintenant ceux de ses clients, à qui il remet 50 % de la récolte; le reste est vendu en marché public. Et il ne s'agit que d'un exemple parmi tant d'autres des multiples possibilités d'agriculture urbaine.
En zone agricole, il y a également moyen de faire les choses différemment. Les énormes terrains qu'il est interdit de morceler ne conviennent pas nécessairement bien à une agriculture intensive avec une mise en marché de proximité.
Banque de terres sous-utilisées
Leslie Carbonneau chargée de projet à la Banque de terres agricoles de la MRC de Brome-Missisquoi, a présenté hier une solution pour de plus petits producteurs, qui souhaiteraient par exemple produire des paniers de légumes biologiques.
La Banque s'affaire à créer une nouvelle offre, en jumelant des propriétaires de terres sous-utilisées et des aspirants cultivateurs. « La moyenne d'âge des agriculteurs est de 55 ans. Mais ce que l'expérience de la Banque de terres nous dit, c'est que si on exploite de nouvelles façons de faire, on peut garder nos régions vivantes », dit Mme Carbonneau. Avec des terres en friche équivalant à la superficie de 3000 terrains de football seulement dans la MRC de Brome-Missisquoi, gageons que plusieurs pourraient effectivement y trouver leur compte.
Jardins de façade
La mention de l'agriculture urbaine fait souvent penser à la fameuse affaire du jardin en façade qui avait fait jaser il y a deux ans à Drummondville, alors que le luxuriant potager d'un couple avait presque poussé la municipalité à interdire la pratique. Elle s'est toutefois ravisée en la balisant tout simplement.
À Sherbrooke, aucune réglementation n'interdit les jardins de façade. Une réflexion a toutefois été faite au comité consultatif agricole afin de mettre en place certaines mesures d'encadrement, notamment concernant l'empiètement sur la voie publique, l'aspect visuel ou encore le sol à nu, indique la conseillère municipale Christine Ouellet, membre du comité, qui était d'ailleurs parmi les conférenciers hier.
L'élevage urbain, notamment de poules et d'abeilles, est actuellement interdit à Sherbrooke, mais fait aussi le fruit de réflexions. « On regarde quel est le réel besoin et les possibilités qu'on le fasse sans nuire à la collectivité », affirme Mme Ouellet.
Celle qui a elle-même un petit potager sur son terrain dans le quartier nord constate effectivement un intérêt dans la population pour l'agriculture urbaine. « Certains font d'énormes jardins, d'autres de petits potagers et certains du jardinage de balcon. Il y a un intérêt, et c'est peut-être plus répandu que ce qu'on pense », dit-elle.