Nathalie Viens travaille depuis plus d’un an et demi au bistro Sodexo de l’Hôtel-Dieu, et elle a réussi à rester en emploi malgré son problème de surdité grâce notamment aux mesures déployées par ses collègues dirigés par la directrice générale de Sodexo-CHUS, Colette Jubinville.
Nathalie Viens travaille depuis plus d’un an et demi au bistro Sodexo de l’Hôtel-Dieu, et elle a réussi à rester en emploi malgré son problème de surdité grâce notamment aux mesures déployées par ses collègues dirigés par la directrice générale de Sodexo-CHUS, Colette Jubinville.

Sourire dans le silence... malgré le masque

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Nathalie Viens travaille tous les jours au bistro Sodexo de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Elle cuisine, elle assure le service à la caisse et remplit les machines distributrices. Elle aime son travail, ses collègues de travail, ses clients réguliers. Pour réussir à travailler aujourd’hui en contexte de pandémie, elle doit surmonter un grand lot de difficultés. Pourquoi? Parce que Nathalie Viens est malentendante.

Une personne malentendante est par définition privée de ses oreilles, mais en période de pandémie, elle est aussi privée d’un autre outil fort précieux pour réussir à communiquer : elle ne peut plus lire sur les lèvres des personnes qui portent un masque…

« Le port du masque est quelque chose de très compliqué pour moi », mentionne Nathalie Viens, qui vit donc des moments difficiles. Mais rien ne lui fera baisser les bras, que non. « Elle sourit tout le temps; on le voit malgré son masque! » lance sa superviseure Lina Désorcy en riant.

Nathalie Viens vit avec une surdité partielle depuis près de 25 ans. Son état s’est aggravé soudainement en décembre dernier, juste avant le début de la pandémie. Aujourd’hui, elle n’entend pratiquement rien. Impossible d’entendre la minuterie du four sonner ou de parler au téléphone. Elle doit compter sur l’aide de ses proches pour certaines tâches qui demandent d’avoir des oreilles, par exemple un rendez-vous médical.

« Quand les activités ont été ralenties à l’intérieur de l’hôpital en mars, nous avons dû faire des mises à pied temporaires. Quand Nathalie est revenue travailler avec nous, non seulement sa surdité s’était aggravée, mais l’obligation de porter le masque a fait en sorte qu’elle ne pouvait plus lire sur les lèvres. Elle n’entendait plus du tout et travailler au service à la clientèle devenait insoutenable pour elle. Elle voulait continuer à faire partie de l’équipe, mais elle ne voyait pas de solution », explique la directrice générale de Sodexo-CHUS, Colette Jubinville.

« J’étais toujours au bord des larmes. C’était très stressant », se rappelle Nathalie Viens.

« Nathalie est tellement une bonne travaillante, tellement gentille et souriante, on voulait la garder. Alors nous nous sommes adaptés. Chez Sodexo, l’inclusion est une valeur importante. Alors toute l’équipe devait se mettre à contribution : créer des codes de couleurs sur les contenants à emporter pour qu’elle sache ce qu’ils contenaient sans devoir le demander, afficher son handicap avec une affiche à la caisse pour inviter tous les clients à collaborer, nouvelles tâches aux distributrices… » mentionne Mme Jubinville.

Et surtout : des équipiers attentifs à ses besoins pour travailler dans une ambiance rassurante et agréable.

« Par exemple quand la minuterie sonne pour les pizzas, je lui fais signe avec un geste de la main que c’est le moment d’aller tourner les pizzas. On se comprend facilement comme ça. Il suffit de s’adapter », relate sa souriante superviseure Lina Désorcy.

Nathalie Viens derrière sa caisse au bistro Sodexo de l'Hôtel-Dieu.

À sa caisse, la majorité des clients sont patients et compréhensifs. « Si je vois des gens trop impatients, je vais à côté de la caisse et je leur montre l’affiche où c’est indiqué que Nathalie est malentendante. Cette femme prend son courage à deux mains tous les matins pour venir travailler; le moins que l’on puisse faire en retour, c’est d’être respectueux envers elle », soutient Mme Désorcy.

Parce qu’être malentendante en période de COVID-19 est vraiment difficile. Pas seulement au boulot, mais dans toutes les sphères de sa vie en dehors de la maison.

« À la caisse d’une épicerie par exemple, la caissière porte un masque, il y a la séparation en plexiglass, il y a du bruit… Je ne peux pas comprendre ce qu’elle me dit. C’est impossible. Je dois faire répéter, essayer de deviner, de comprendre, de déduire... C’est très stressant pour moi. Parfois, c’est blessant de voir l’impatience et l’agressivité des gens envers moi. C’est certain qu’être malentendante, c’est un handicap invisible, les gens ne peuvent pas savoir en me regardant que je n’entends rien du tout », soutient-elle.

En ces temps tendus, Nathalie Viens invite donc les gens à faire preuve de patience et de tolérance quand ils rencontrent des gens qui ont visiblement des difficultés à entendre et à comprendre.

« C’est pour inviter les gens à plus de patience et de tolérance que j’ai accepté de raconter mon histoire. Si ça pouvait aussi inciter d’autres employeurs à prendre des mesures pour aider leurs employés avec des problèmes d’audition, ce serait vraiment bien aussi », indique Nathalie Viens.