Jean Gagnon, enseignant d’éducation physique et de santé globale à l’école secondaire de la Montée, a vécu sa dernière fin des classes avant de prendre le chemin de la retraite. Son dernier projet, une salle de classe en plein air, fera partie de l’important héritage qu’il laissera à l’établissement.

Sortir l’école des quatre murs

Cette semaine, Jean Gagnon donnait ses derniers cours d’éducation physique et de santé globale à l’école secondaire de la Montée. À l’aube de sa retraite, l’enseignant s’est assuré d’ajouter un ultime projet à l’important héritage qu’il laissera aux élèves de l’établissement : une salle de classe... en plein air.

C’est en écoutant sa vision particulière de l’éducation que M. Gagnon en est venu à aménager un lieu qui permettra aux élèves du programme santé globale d’apprécier l’extérieur encore plus souvent, et surtout, de mieux l’apprivoiser.

« L’école, ça ne doit pas être juste entre quatre murs de béton, je pense que ça doit aussi être dehors. Le but, c’est toujours de créer un éveil, de stimuler les jeunes dans une voie qui leur correspond », croit M. Gagnon, qui enseignait aux élèves de 2e secondaire au pavillon St-François.

« Si tu sais bien te préparer pour une sortie en plein air, tu sauras l’être ailleurs, affirme-t-il. C’est la même chose que de se préparer à un examen. »

La première phase de cette classe en plein air, soit l’installation de foyers permettant l’apprentissage de la cuisson sur feu de bois, s’est concrétisée grâce à l’important apport de la classe de soudure de l’enseignant Danny Blais au Centre 24-Juin.

« Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de ratés culinaires dans les sorties en forêt. Maintenant, on peut leur apprendre les différentes essences de bois et lesquelles d’entre elles chauffent bien. On leur enseigne les différentes habiletés nécessaires pour réussir le menu qu’ils se bâtiront lors de la sortie finale. Certains ont plus de facilité que d’autres, mais les élèves travaillent en équipe tout au long du périple, en considérant les forces et les faiblesses de chacun », partage-t-il en faisant référence à la sortie de canot-camping de trois jours au Parc national de la Mauricie avec laquelle culmine le programme en 2e secondaire.

M. Gagnon est un fervent adepte du travail d’équipe. C’est d’ailleurs pourquoi il insiste sur le soutien dont tous ses projets ont bénéficié, notamment de la part de son collègue Danny Parent, avec qui il a bâti le programme de santé globale pour les élèves de premier cycle de l’école.

La prochaine étape de la classe extérieure impliquera l’installation d’un grand toit et d’un tableau dans la zone où se trouvent les foyers. Les cours pourront s’y tenir sous tous les temps, s’emballe M. Gagnon, qui prendra soin de mener le projet à terme, même après la retraite. « Il y a des choses que je veux bien terminer. C’est difficile de sortir le prof de l’école. On a un sentiment d’appartenance très grand et on est facile à convaincre de revenir faire un tour pour aider », partage l’enseignant.

Une flotte de vélos pour les élèves

M. Gagnon a également été l’instigateur d’un partenariat avec la Ville et le Service de police de Sherbrooke dans le cadre de « Récupère-don ton vélo », qui permet à l’école de tenir une flotte de 30 vélos de montagne. Ces derniers permettent aux élèves de se déplacer vers leurs différents lieux d’activité, comme le mont Bellevue ou le parc Blanchard. L’hiver, les groupes reçoivent une formation en mécanique et apprennent à faire l’entretien du vélo qui leur est attitré, grâce à l’atelier de réparation que M. Gagnon a eu l’idée d’aménager.

« On veut que le jeune s’approprie le transport actif et qu’il développe sa responsabilité citoyenne, dit M. Gagnon. On lui prête un vélo, c’est à lui de le garder en état. Ça permet aussi de réduire les sorties en autobus, ce qui fait une énorme différence dans le budget. »

« Rendons Santé Globale accessible »

Bien qu’il tire sa révérence, M. Gagnon croit que le travail n’est pas terminé pour le programme santé globale. Alors que l’école secondaire de la Montée affiche un indice de défavorisation élevé, il s’inquiète de l’accessibilité de ce programme, qui vise à offrir un parcours scolaire qui promeut l’activité physique, le plein air, les saines habitudes de vie et l’implication citoyenne.

« Rendons santé globale accessible, demande-t-il. Il y a des parents qui se saignent pour payer les 650 $ d’inscription au programme. On a du soutien financier pour l’achat de matériel, mais on est parfaitement capables de se trouver des partenaires pour nous aider à ce sujet. Est-ce qu’on ne pourrait pas plutôt bâtir un programme de bourses qui paierait les frais d’inscription de jeunes dont la famille n’a pas les moyens? Je ne parle pas que pour une année; il faudrait que ça puisse couvrir les cinq années du secondaire. »

Jean Gagnon aura œuvré comme enseignant pendant trente ans, dont près de quinze ans à l’école secondaire de la Montée, où il a même travaillé deux ans comme adjoint à la direction.