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Anick Laforte est terriblement inquiète pour la santé de son père atteint d’une forme de démence.
Anick Laforte est terriblement inquiète pour la santé de son père atteint d’une forme de démence.

Son père contracte la COVID-19 durant une quarantaine obligatoire

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
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Anick Laforte est désemparée. Son père Marcel, atteint de démence à corps de Lewy, a dû entreprendre à titre préventif une quarantaine de 14 jours dans un site non traditionnel (SNT) de Sherbrooke, avant d’être admis dans une ressource intermédiaire, malgré le fait que lui et sa femme ne sortaient pas de leur domicile depuis mars. Résultat : son père de 79 ans a contracté la COVID-19 lors de son séjour au SNT. Une situation « aberrante » qui aurait pu être évitée, selon sa fille.

La femme de M. Laforte n’était plus capable de prendre soin de son mari. La famille a donc fait appel au CLSC Yvan-Duquette de Granby pour trouver une ressource d’hébergement.

Début décembre, M. Laforte apprend qu’il y a enfin une place pour lui au Pavillon Omer Deslauriers, une ressource intermédiaire (RI) de Granby. «Il était difficile pour notre famille de le voir quitter son appartement où il vivait avec maman, mais on a dû se rendre à l’évidence que la charge est trop lourde pour elle», témoigne Anick Laforte.

L’infirmière responsable du dossier au CLSC explique toutefois à la famille qu’en raison de la pandémie, M. Laforte doit se soumettre à une quarantaine au site non traditionnel de soins, situé au 605, rue Bowen, à Sherbrooke, s’il veut faire son entrée au Pavillon Omer Deslauriers. Le site sherbrookois accueille temporairement les personnes en attente d’une place d’hébergement.

L’infirmière propose alors que M. Laforte fasse son confinement à la maison ou encore isolé dans sa chambre au Pavillon Omer Deslauriers pour éviter de déraciner l’homme de son milieu deux fois plutôt qu’une. « L’infirmière savait que ma mère et lui allaient respecter une quarantaine de 14 jours. De toute façon, ils ne sortaient pas depuis mars », explique leur fille qui n’a pas manqué de saluer l’aide précieuse des infirmières du CLSC responsables du dossier.


« Mon père a peut-être des problèmes cognitifs, mais chaque petit moment passé en notre compagnie, chaque petit moment de la vie, chaque attention qu’on lui porte lui procure du bonheur. »
Anick Laforte

Cette option a toutefois été refusée catégoriquement par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). « Ils disent qu’il n’y a pas de cas par cas et que s’il n’allait pas là-bas, il perdait sa place dans la RI à Granby », rapporte Mme Laforte.

Sentiment d’injustice

« C’est aberrant !, poursuit-elle. On refuse aux aînés de faire 14 jours de confinement dans leur foyer alors que la travailleuse sociale du CLSC connaît les familles avec qui elle travaille. On envoie les voyageurs dans le Sud et on leur fait confiance qu’ils vont faire leur confinement, mais on refuse ça aux aînés. Pourquoi ? Parce qu’ils sont vieux ? C’est une injustice », fustige Mme Laforte.

Les intervenants du CIUSSS de l’Estrie-CHUS sont conscients que certaines décisions liées aux impératifs de la COVID-19 sont difficiles à prendre, mais chacune d’entre elles vise la sécurité de la population.

Marcel Laforte a contracté la COVID-19 lors de son séjour au site non traditionnel de soins de Sherbrooke.

Sans commenter cette situation particulière, Annie-Andrée Émond, responsable des communications au CIUSSS de l’Estrie rappelle les règles ministérielles en vigueur qui exigent que chaque personne qui doit emménager dans une ressource d’hébergement pour personnes âgées doive respecter une période d’isolement de 14 jours pour sa sécurité et celle des autres résidents.

« Lorsque l’environnement du lieu d’hébergement ou la condition clinique de la personne ne permettent pas le respect de la période d’isolement, par exemple la configuration des lieux ou l’incapacité de comprendre et de respecter les règles à cause d’un déficit cognitif, la personne doit être temporairement localisée dans un lieu adéquat comme le site non traditionnel de soins de Sherbrooke. » Elle ajoute que chaque décision qui oblige les personnes à faire deux déménagements plutôt qu’un seul commande une « analyse rigoureuse ». « Ce n’est qu’à la suite de celle-ci qu’une décision est prise dans le meilleur intérêt des personnes impliquées. »

De son côté, Anick Laforte déplore que les intervenants dans les CLSC n’aient aucun pouvoir décisionnel dans ce genre de situation. « L’infirmière a tout fait. Elle était aussi en colère que nous. Il faut leur faire confiance, ce sont elles qui sont près des familles, pas le ministère de la Santé », dit-elle.

Propagation

Résignée, la famille a tout de même accepté que M. Laforte soit amené au site non traditionnel de soins après qu’il se soit soumis à un test de dépistage. « Il a fallu prendre la décision rapidement. Notre inquiétude à ce moment-là était de voir papa avec ses problèmes cognitifs partir deux semaines en confinement, perdre tous ses repères, sans visite, pour être ensuite transféré dans son nouveau milieu de vie. Ça peut être très déboussolant pour une personne atteinte de démence. »

À ce moment, la famille ignorait qu’une résidente avait été infectée par la COVID-19 trois semaines plus tôt au site non traditionnel.

« C’était censé être une zone froide. Nous l’avons su après l’admission de papa. Sinon, notre décision aurait été qu’il ne soit pas admis là pour sa sécurité. Quitte à malheureusement perdre sa place au Pavillon Omer Deslauriers », explique Mme Laforte dans une missive envoyée à La Voix de l’Est.

Les jours passent et Anick Laforte apprend qu’un autre cas de COVID-19 se déclare au sein de l’établissement. « On nous dit que la patiente a été transférée en zone chaude… que c’était sûrement une patiente qui aurait eu un test faux négatif et qui finalement était positive. On nous dit que ça arrive des fois, ce qui n’est pas rassurant. »

M. Laforte aura passé 17 jours en quarantaine au site non traditionnel de soins.

Malade

La situation prend de l’ampleur à l’approche de Noël alors que la famille apprend que d’autres cas de COVID-19 se sont déclarés dans l’établissement de la rue Bowen.

Début décembre, Marcel apprend qu’il y a enfin une place pour lui au Pavillon Omer Deslauriers, une ressource intermédiaire (RI) de Granby.

« Chaque fois qu’on appelle papa, quand on réussit à se faire transférer à lui, on le trouve de plus en plus confus. Je vous passe les détails sur le moyen de lui transférer les appels... », laisse tomber sa fille.

Quelques jours plus tard, le diagnostic tombe. M. Laforte a été infecté. Bien que frustrée, Anick n’est pas surprise par cette nouvelle, alors que son père râlait et sillait depuis au moins trois jours.

En date du 23 décembre, deux éclosions étaient en cours dans deux secteurs différents du site non traditionnel de soins. Un total de 17 résidents et 9 employés étaient infectés.

À la demande de la famille, M. Laforte est transféré à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke pour qu’il puisse recevoir des traitements de physiothérapie, parce que sa mobilité s’amenuise.

« Le médecin s’est quand même pressé de nous offrir de le garder au centre et de lui donner tout doucement une médication si sa santé se dégradait pour le faire partir tout doucement, dans la dignité, vu son état cognitif. J’étais outrée ! Mon père a peut-être des problèmes cognitifs, mais chaque petit moment passé en notre compagnie, chaque petit moment de la vie, chaque attention qu’on lui porte lui procure du bonheur. »

« Ce n’est pas parce qu’il a 79 ans et qu’il a des problèmes cognitifs qu’il n’a pas droit à sa chance de passer au travers du combat qu’il mène en ce moment… C’est infiniment triste et injuste, car si on lui avait permis de rester à la maison pour y faire son confinement, actuellement il vivrait paisiblement dans son nouveau milieu de vie », lance sa fille.

Marcel a dû se soumettre à une quarantaine au site non traditionnel de soins, situé au 605, rue Bowen, à Sherbrooke, avant de faire son entrée au Pavillon Omer Deslauriers.

La famille dans l’inquiétude

Arrivé a l’hôpital, M. Laforte est transféré aux soins intensifs, parce qu’il a fait un infarctus lui occasionnant davantage de problèmes respiratoires. Son état est stable depuis deux jours.

« Nous prions de tout notre cœur pour qu’il puisse gagner son combat et avoir la chance de terminer sa vie, tout doucement, en notre compagnie, dans le beau milieu de vie qui l’attend en ce moment. »

Depuis ces événements, la famille ne dort plus et est inconsolable. Et c’est sans parler de la culpabilité qui occupe les pensées de la femme de M. Laforte.

Le 23 décembre, Anick Laforte a déposé une plainte au commissaire des plaintes du CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour dénoncer cette situation qui a pris une triste tournure. Elle espère que son histoire pourra aider d’autres familles placées dans une position similaire à la sienne.