Les employés du département de psychiatrie de l'Hôtel-Dieu ont connu un soirée infernale, jeudi de la semaine dernière, alors qu'ils ont dû maîtriser plusieurs patients désorganisés en quelques heures à peine.

Soirée infernale en psychiatrie

Neuf « Code blanc » en moins de cinq heures: les employés du département de psychiatrie de l'Hôtel-Dieu ont connu un jeudi chaud, la semaine dernière, alors que les préposés aux bénéficiaires, agents d'intervention, surveillants et éducateurs spécialisés ont dû maîtriser plusieurs patients désorganisés en quelques heures à peine.
«Ça fait sept ans que je travaille ici et je n'avais jamais connu ça», confirme une employée qui a vécu ce jeudi endiablé et qui préfère, comme plusieurs de ses collègues, conserver l'anonymat.
Un Code blanc est lancé à l'hôpital lorsqu'un patient est en crise et doit être maîtrisé physiquement. Dans les départements où le risque de violence est accru, comme c'est le cas en psychiatrie, il y a en place des équipes formées pour répondre à ce genre d'appels. Au déclenchement d'un Code blanc, un certain nombre d'employés reçoivent une alerte sur leur téléavertisseur et doivent abandonner le travail qu'ils sont en train de faire pour courir jusqu'à la salle où le code a été lancé.
«Quelque fois, nous arrivons à calmer le patient, mais le plus souvent, nous devons le maîtriser pour être sûr qu'il ne se blesse pas ou qu'il ne blesse pas d'autres patients ou des membres du personnel», explique un autre employé de ce département.
Ni employés ni patients n'ont été blessés lors de ces nombreux Code blanc qui se sont succédé l'un après l'autre et parfois deux en même temps.
Soulignons que le département de psychiatrie de l'Hôtel-Dieu du CIUSSS de l'Estrie-CHUS compte 105 lits répartis sur quatre étages. Les employés formés pour répondre aux Codes blancs peuvent donc se trouver sur n'importe quel étage.
En danger tous les jours
Pour les employés du département de psychiatrie du pavillon Émile-Noël du CHUS, cette soirée infernale démontre bien les problèmes sous-jacents dans un département qui est réputé pour être débordé. L'urgence de la santé mentale a été construite pour accueillir neuf patients, mais certains jours, on en a déjà compté plus d'une vingtaine.
Résultat, certaines pratiques compliquent la tâche des employés. « Chacun des étages doit utiliser une de ses deux salles d'isolement pour en faire une chambre afin de désengorger l'urgence psychiatrique », soutient l'un des employés.
Résultat, lors de cette soirée difficile, une même patiente a nécessité deux Code blanc dans la soirée parce que les employés ne disposaient pas de l'espace nécessaire pour lui permettre de se calmer en toute sécurité.
« La problématique en santé mentale est beaucoup plus grande que cette soirée en particulier. Chaque jour, on se place en situation de danger alors qu'on continue d'augmenter notre charge de travail. Il faut un mental d'acier et un corps de béton pour travailler là. On se fait frapper, griffer, cracher dessus, lancer des objets (y compris des fauteuils à l'occasion), et ce, tous les jours », déplore une autre employée épuisée.
Pourtant, tout le personnel de psychiatrie a reçu une formation pour prévenir la violence à son arrivée dans le département, assure pour sa part André Jalbert, chef de service en prévention et sécurité au travail au CIUSSS de l'Estrie-CHUS.
« Le soir où il y a eu neuf Code blanc, le système que nous avons en place a très bien fonctionné, parce qu'il n'y a eu aucun accident de travail ni aucun patient blessé», souligne-t-il.
Comité sur la violence mis en place
Or la direction du CIUSSS connaît la problématique de la violence dans ce département. Un comité sur la violence a d'ailleurs été mis en place au CIUSSS de l'Estrie-CHUS dans la dernière année.
«Nous sommes en train de faire l'inventaire de ce qui existe en termes de violence dans tous nos établissements et des actions qui ont été mises en place pour la contrer. Cet automne, nous allons commencer à monter un cadre de référence sur les bonnes pratiques et les façons de les maintenir», ajoute André Jalbert.
Parmi les pratiques qui seront revues en psychiatrie notamment, il y aura la mise à jour plus fréquente de la formation Oméga, cette formation de base que reçoivent les employés du département de psychiatrie afin de s'outiller pour réduire la violence dans leur milieu de travail.
«Les employés nous disent que quand ça fait dix ans qu'ils ont reçu la formation et qu'ils n'ont jamais eu à appliquer un Code blanc, la formation ne sert plus à rien. C'est une des choses que nous voulons améliorer, notamment, qu'il y ait des rafraichissements de formation plus fréquents», assure André Jalbert.