Paul Gingues et Évelyne Beaudin ont voté contre le budget.

Six élus votent contre le budget 2019

Bien que contesté, le budget de fonctionnement 2019 de la Ville de Sherbrooke a été adopté sur division, lundi. Six élus ont inscrit leur dissidence, déplorant le processus budgétaire et l’optimisme dans l’évaluation des revenus anticipés.

Vincent Boutin, Paul Gingues, Évelyne Beaudin, Pierre Tremblay, Pierre Avard et Annie Godbout ont tous voté contre le budget.

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En début de journée, le maire Steve Lussier avait illustré sa déception de voir le budget coulé dans La Tribune samedi en comparant l’exercice à un film qu’on aurait raconté avant qu’il ne soit diffusé. 

La conseillère Évelyne Beaudin a dit qu’elle ne souhaitait pas jouer dans le film de M. Lussier. « C’est un film qu’on a déjà vu : un politicien qui ne tient pas parole et qui fait le contraire de ce qu’il dit. Ce n’est pas la première fois qu’une telle chose se produit.

décisions ont été prises en fonction de ce qui ferait le mieux avaler la pilule politiquement à la population plutôt que de suivre les principes de bonne gestion et de bonne gouvernance. On ne peut pas faire autrement que de trouver que la promesse du maire Lussier de procéder à un gel de taxes était irresponsable. »

Mme Beaudin propose à nouveau son idée de commission sur les finances pour traiter du budget toute l’année. 

Pierre Avard, comme Paul Gingues, a déploré que les moins bien nantis soient les plus touchés en raison des hausses de taxes touchant les propriétaires de logements. 

« Pour fermer ce budget, on a dû réduire de 1 M$ les immobilisations payées comptant, ce qui est une très mauvaise idée lorsque l’on veut limiter l’endettement. On a également dû s’approprier un autre million de Récup-Estrie sans quoi le résultat final d’augmentation aurait été de 4,25 %, soit presque deux fois le taux d’inflation », dit Pierre Avard.

Annie Godbout a déploré les hypothèses trop optimistes des revenus. « On pellette par en avant. J’ai un grand malaise qu’on demande à nos services de faire un exercice d’optimisation de 2,7 M$. Elle est où la marge de manœuvre de nos services pour qu’ils coupent? »

Pierre Tremblay a dénoncé le processus budgétaire et s’en est pris au directeur général. « « Est-ce qu’on avait une vision? Non. Est-ce qu’on avait des orientations claires? Non. Avons-nous respecté la capacité de payer des citoyens? Non. Avons-nous tenu compte de leurs besoins et de leurs intérêts? Non. 

« Je ne pense pas que les citoyens nous aient choisis pour servir de caution aux priorités et aux choix du directeur général. […] Il est temps que les membres du conseil se réapproprient le pouvoir d’orienter et de décider des grands enjeux qui concernent l’avenir de notre ville. »

Vincent Boutin a qualifié les chiffres présentés d’alarmants. « Un gel de taxes met une pression sur les finances. […] Les chiffres sont assez alarmants. De penser que le gouvernement nous viendra en aide est peut-être un peu utopique. Vous m’avez dit que le gel de taxes était la pierre d’assise de votre stratégie, mais je ne vois pas de plan. »

Paul Gingues s’est montré inquiet que la dette ait bondi de 10 % et que les dépenses grimpent de 4 %. « La grande question, c’est : sommes-nous vraiment en contrôle de la situation? »

Le maire Steve Lussier n’a pas apprécié l’opposition de ces élus. « Oui je tenais à mon gel de taxes et je ne le regrette pas. Il fallait faire une ligne avec le passé et le futur. Les gens avaient payé jusqu’à 12 % d’augmentation au cours des quatre années précédentes. Ce que je demande aux gens, c’est de me suivre et de faire un bilan dans quatre ans par rapport à ce que j’aurai fait. 

« Ceux qui trouvent que le directeur général ne fait pas un bon travail, je vous demande de regarder ailleurs, parce que chez nous, il fait un excellent travail. »

M. Lussier a invité les citoyens ayant ri à cette affirmation à « prendre une pancarte et à [s’] afficher pour devenir maire comme [il] l’a fait. On se reverra dans quatre ans ». 

Il s’est dit déçu de voir des élus voter contre le budget sans soumettre d’autres suggestions. Il a entre autres visé Paul Gingues, président du comité de la culture, et Vincent Boutin, qui avait exigé des investissements dans les bibliothèques. 

Le maire Lussier a aussi invité les entreprises qui constateraient qu’elles auraient reçu un paiement en double à se manifester en mentionnant qu’une liste serait diffusée un jour. 

Chantal L’Espérance a qualifié le budget de responsable. « Si on donnait toujours des gels, ce serait ingérable. Il faut être responsable et accepter de travailler collectivement. Une ville sans budget serait paralysée. Vous avez demandé des ajustements. Nous les avons tous faits. »

Danielle Berthold a voté pour le budget. « Une hausse de taxes n’est jamais la meilleure chose. Il était utopique de penser qu’on pouvait maintenir la hausse au niveau de l’inflation. Mais à 3,25 % en moyenne, sur deux ans, ce n’est quand même pas beaucoup. Nous avons été élus pour prendre des décisions et c’est ce que nous avons fait pour limiter le plus possible la hausse de taxes. »

Rémi Demers a qualifié la hausse de taxes d’acceptable mais se dit préoccupé de la hausse de tarifs, « qui a tendance à affecter les plus démunis ».

Enfin, Marc Denault a proposé que l’UMQ fasse des représentations pour que les villes comme Sherbrooke récupèrent une partie des sommes versées à d’autres villes pour les services de la Sûreté du Québec.