L’enseignant Yves Loiselle en compagnie de ses jeunes musiciens : Sandrine Giroux, Leah Gendy, Eliane Cabral Crête, Lya-Jade Asselin, Émilie Chouinard, Kelvyn Hitlall, Brandon St-Hilaire Labrecque, Priam Turcotte et Ethan Habimana (à la batterie).
L’enseignant Yves Loiselle en compagnie de ses jeunes musiciens : Sandrine Giroux, Leah Gendy, Eliane Cabral Crête, Lya-Jade Asselin, Émilie Chouinard, Kelvyn Hitlall, Brandon St-Hilaire Labrecque, Priam Turcotte et Ethan Habimana (à la batterie).

S’intégrer par la musique

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Jeudi après-midi à l’école Desjardins. La bibliothèque qui sert aussi de local de musique a des airs de scène. Les notes de Laissez-moi danser, Marcia Baila, Chante la la la et La danse des canards s’élèvent. Les neuf élèves du Pop band Académie en sont à leur dernière pratique avant le concert de Noël. L’initiative de l’enseignant en musique Yves Loiselle permet non seulement aux enfants de s’adonner à leur passion ou d’en découvrir une, elle offre du même un coup un bel outil d’intégration dans cette école qui représente une grande mosaïque culturelle.

Yves Loiselle dirige deux bands, qui regroupent les plus petits et les plus grands. À notre passage, on découvre le résultat de 24 pratiques : l’enseignant a à peine besoin de donner le rythme aux enfants, ils sont visiblement prêts pour leur concert de Noël prévu mardi. Derrière le drum, Ethan, six ans, impressionne. Tout petit derrière l’imposante batterie, le garçon semble en plein contrôle de ses moyens. Tout près de lui, toute timide, Leah, cinq ans, joue du clavier. C’est par un concours de circonstances que la fillette de maternelle est arrivée au pop band. Habituellement, on ne retrouve pas d’élèves de la maternelle, raconte Yves Loiselle. Or, après avoir rencontré Leah et y avoir décelé son talent, l’enseignant a décidé de l’intégrer. Une décision qui a entraîné son lot de défis, notamment pour la lecture des lettres et des chiffres. Les autres filles, elles, interprètent les chansons au micro. Visiblement, elles y prennent beaucoup de plaisir. « Je fais de la musique depuis que je suis très jeune; c’est ça qui me représente », souligne Lya-Jade Asselin, une des chanteuses du groupe qui en est à sa quatrième session. Celle de l’automne mène au spectacle de Noël, et la seconde, au spectacle de fin d’année.

Yves Loiselle avait lancé la même formule alors qu’il était enseignant à l’école Marie-Reine, un autre établissement où les enfants proviennent de plusieurs pays différents. Il a recréé la formule à Desjardins où rapidement, le nombre d’inscriptions a nécessité la présence de deux bands. « Je fais ce que les parents ont envie d’entendre », dit-il en citant notamment Phil Collins et ACDC. Il filme et rend disponible sur Facebook les performances des enfants, afin que leurs parents voient leur évolution.

À compter de février, deux autres pop bands verront le jour. Le conseil d’arrondissement de Fleurimont a financé la participation de 15 élèves, soit une somme de près de 7000 $, qui se réuniront à l’école Desjardins.

Aux yeux d’Yves Loiselle, le projet d’intégration musicale permet d’offrir aux enfants d’autres possibilités, entre autres pour ceux qui n’ont pas d’intérêt pour les sports ou chez qui sommeillent un esprit d’artiste. « Ça répond à ce besoin-là. Ce qui est agréable, c’est que je me retrouve avec la crème, des jeunes qui ont des talents incroyables. Ce sont des multi-instrumentistes », raconte-t-il en soulignant qu’il met la barre haut.

L’année dernière, grâce à la Fondation de l’école, l’enseignant a intégré au projet deux petites jumelles nigériennes. Les fillettes étaient unilingues anglophones. « Elles n’avaient jamais même entendu du français à la télé. Je suis allé les chercher pour les intégrer au pop band. »

En quelques mois, leur statut social a complètement changé, raconte M. Loiselle. Les deux fillettes sont devenues en quelque sorte des vedettes, parce qu’elles rehaussaient leur équipe. L’argent provenant du conseil d’arrondissement servira principalement à des enfants immigrants. « C’est pour aider à intégrer les jeunes qui arrivent ici. »