Un déversement d’eaux usées estimé entre 100 000 et 500 000 gallons est survenu dans la portion américaine du lac Memphrémagog, à Newport, la semaine dernière.
Un déversement d’eaux usées estimé entre 100 000 et 500 000 gallons est survenu dans la portion américaine du lac Memphrémagog, à Newport, la semaine dernière.

Silence radio du Vermont après une fuite d’égout dans le lac Memphrémagog

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Plus d’une semaine après que la municipalité de Newport au Vermont eut détecté une importante fuite d’égout vers le lac Memphrémagog, les autorités concernées au Québec n’ont toujours pas été avisées officiellement.

Selon les médias locaux, les Travaux publics de Newport ont rapidement contenu le déversement, mais ont estimé entre 100 000 et 500 000 gallons US la quantité d’eau impropre à la consommation qui se serait infiltrée dans le lac. 

C’est un citoyen américain, Henry Coe, qui a sonné l’alarme en demandant à l’Agence des ressources naturelles du Vermont pourquoi le déversement d’eaux usées n’avait pas été signalé à ses voisins canadiens, sachant que le lac est une source d’eau potable pour plus de 150 000 [Sherbrookois].

M. Coe a fait cette intervention au nom de l’organisme DUMP (Don’t Undermine Memphremagog Purity), un groupe de défense de l’environnement qui milite contre l’agrandissement du site d’enfouissement de Coventry. Du coup il en a informé le président du Memphrémagog Conservation (MCI), un membre fondateur de DUMP, qui a avisé à son tour les maires des municipalités riveraines du lac Memphrémagog et de la ville de Sherbrooke le mercredi 23 septembre. 

« Le soir même, raconte Robert Benoit, la Ville de Magog m’appelait pour me demander si j’en savais plus long et vendredi, le maire de Sherbrooke remerciait publiquement le MCI d’avoir avisé les villes autour du lac et d’avoir pris ses responsabilités de citoyens. C’est quand même extraordinaire que moi, un simple citoyen assis dans mon salon, je sache ça et que les usines de traitement d’eau n’en sachent rien. Ça m’a complètement renversé! »

Le maire Lussier réagit

À la Ville de Sherbrooke, le maire Steve Lussier a écrit à son homologue de Newport Paul Monette lundi pour lui demander sa collaboration dans le dossier. Jeudi après-midi, c’était toujours silence radio.

La Ville a également fait parvenir une lettre à la direction régionale du ministère de l’Environnement « pour les prévenir de ce qui était arrivé », dit-il. 

« L’eau a été analysée et c’était correct. L’incident n’a pas affecté notre centrale [de traitement d’eau]. Mais il faut savoir que ça aurait pu être plus grave. Ce qu’il faut faire, c’est tout de suite alerter les gens responsables. C’est anormal ce qui est arrivé là et ça ne devrait pas se faire comme ça », souligne Steve Lussier en entrevue avec La Tribune.

Le maire entend talonner les autorités concernées au Vermont pour qu’un mécanisme soit mis en place pour être informé rapidement, si jamais un autre incident du genre survenait.  

« Il n’y a pas de chance à prendre s’il y a des risques pour la santé et la sécurité de nos citoyens. Chez nous, on aurait avisé les autres municipalités. Surtout quand tu sais que tes voisins puisent leur eau directement dans le lac Memphrémagog. »

Puisqu’il n’y a plus d’urgence environnementale dans ce dossier, la MRC de Memphrémagog rassemblait encore les informations nécessaires sur l’incident et la chaîne de communication avant de prendre position. Le dossier sera soumis au comité administratif puis éventuellement à l’appréciation du conseil des maires la semaine prochaine.

« S’il y a des maillons manquants, on va s’assurer que la situation soit corrigée pour une prochaine fois, lorsqu’il y aura une prochaine fois malheureusement », dit le directeur général Guy Jauron, en rappelant que la MRC siège aussi à un comité Québec-Vermont sur la qualité de l’eau du lac Memphrémagog.

À la direction régionale du ministère de l’Environnement, enfin, on ne pouvait pas expliquer à La Tribune, jeudi, ce qui s’est passé dans le lac Memphrémagog à Newport la semaine dernière.

Les députés interpellés 

Robert Benoit quant à lui ne blâme pas Newport pour l’incident, puisque des bris de conduite d’égout, ça arrive, constate-il. Il tient aussi à rassurer la population que le déversement n’a eu aucun effet sur l’eau potable qu’elle consomme. 

Il poursuit toutefois sa croisade en demandant aux maires et aux députés de la région d’interpeller eux aussi l’Agence des ressources naturelles du Vermont pour lui adresser la même demande que M. Coe.

« Au Québec, si vous causez un débordement d’eaux usées, vous devez en aviser immédiatement le ministère de l’Environnement, qui eux mettent la machine en marche. Toutes les villes qui ont à puiser dans le lac, dans la rivière ou dans le ruisseau en aval d’où l’eau s’est écoulé doivent en être avisées rapidement, dans les minutes qui suivent », défile Robert Benoit.

« Ici, imaginez, on parle de 175 000 buveurs d’eau qui n’en ont jamais été avisés! Il y a quelque chose qui ne marche pas là-dedans. Tous les traités internationaux disent qu’on n’a pas le droit de polluer chez notre voisin. Et la réaction normale d’un bon voisin, c’est d’aviser s’il y a eu pollution. »

Selon des médias américains, c’est l’odeur d’eaux usées qui a permis aux employés des travaux publics de détecter la fuite, le 22 septembre en après-midi, près de la rue Main et du chemin Lake. 

Citée par NBC deux jours plus tard, une responsable des eaux usées à l’Agence des ressources naturelles a dit que le déversement ne nécessitait pas une grande action de nettoyage, qu’il n’y avait eu aucun rapport de mortalité de poissons et que le système d’eau potable de la ville était intact.