Harvey Weinstein
Harvey Weinstein

Weinstein coupable: une condamnation porteuse de joie et d’espoir

La condamnation de Harvey Weinstein a été accueillie avec joie, mais aussi beaucoup d’espoir pour la suite des choses.

Justice a été rendue, lance Isabelle Boisclair, professeure en études littéraires et culturelles à l’Université de Sherbrooke, en rappelant que les poursuites des victimes ont réussi à faire condamner un magnat riche et puissant. Isabelle Boisclair a du même coup salué le courage de ces femmes qui ont dénoncé Weinstein et qui l’ont traîné en justice.

À LIRE AUSSI: Le producteur déchu Harvey Weinstein déclaré coupable de viol

« Quand on sait ce qui s’est passé dans l’histoire du monde, que des agressions sexuelles et de viol n’ont pas été reconnues, là elles commencent à être reconnues. Aujourd’hui, j’ai le goût de dire : désormais. On a l’impression que quelque chose vient de changer. Ce n’est pas de la magie qui vient de se passer non plus, mais c’est porteur d’espoir. Même un gars comme Weinstein, ultrapuissant et ultrariche, a été reconnu coupable... Ça, additionné au fait qu’il y aura de la formation sur les violences à caractère sexuel offertes aux juges, on est en droit d’espérer qu’il y ait plus de poursuites déposées, qu’elles débouchent sur des verdicts de culpabilité, en tout cas plus que dans le cas actuel », commente-t-elle. Elle fait allusion au projet de loi du gouvernement fédéral qui prévoit que les futurs juges recevront une formation visant à mieux faire comprendre les cas d’agressions sexuelles. 

Elle souligne qu’il faudra aussi voir les suites de ce dossier. Un autre procès attend Weinstein à Los Angeles.  

« C’est extraordinaire (...) Ça amène beaucoup d’espoir. Il y a clairement un tournant qui s’est créé avec le procès et le mouvement #Moiaussi », commente Mélanie Lemay, cofondatrice du mouvement Québec contre les violences sexuelles.

Cette victoire pourrait-elle inciter d’autres femmes à dénoncer une agression? « Ne serait-ce que dans les réactions que ça soulève, ça va créer une mouvance où les gens seront de plus en plus à l’aise d’en parler », analyse-t-elle.

Mélanie Lemay et Isabelle Boisclair rappellent toutes les deux que l’homme a été disculpé du comportement de « prédateur sexuel », qualifié de « circonstance aggravante » dans différents médias, ce qui « aurait pu lui valoir la prison à vie », d’après l’AFP.

 

Mélanie Lemay

Au cours de ce procès, Mélanie Lemay s’est parfois inquiétée des questions soulevées par la défense; elle craignait qu’elles influencent le jury. Parallèlement, elle se demande pourquoi il n’y a pas eu certaines objections aux questions posées à la présumée victime de l’ex-animateur Éric Salvail, qui semblaient viser à miner la crédibilité de la présumée victime. Isabelle Boisclair abonde dans le même sens.

« C’est humiliant pour les femmes de faire une plainte, c’est humiliant de faire une plainte qui n’est pas reconnue ou qui n’aboutit à aucune accusation, c’est humiliant de se faire poser des questions intimes devant la Cour. On l’a vu la semaine dernière avec le procès Salvail. Là aussi, on tentait d’intimider la victime, même si c’est un homme. C’est l’humiliation et la honte. » 

« Ce qui me réjouissait par ailleurs, c’est de constater que c’est un jury composé de sept hommes et cinq femmes. On peut penser que c’est pas nécessaire qu’il y ait une majorité de femmes pour que tout ça soit reconnu », souligne Mme Boisclair à propos du procès de Weinstein. 

 Isabelle Boislair